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Lundi 17 mai 2021
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A Royaumont, des chercheurs font sonner les ruines d’une église du XIIIe siècle

Au cœur du Val d’Oise, à Royaumont, une équipe de chercheurs du CNRS a entrepris de reconstituer l’acoustique médiévale de l’abbatiale détruite en 1792. Un défi sonore de taille, qui nécessitait une multiplicité de disciplines.

A Royaumont, des chercheurs font sonner les ruines d’une église du XIIIe siècle
La Fondation Royaumont va reconstituer l’acoustique médiévale de l’abbatiale, © Jérôme Johnson

Son:s : tel est le nom du réseau de recherche et de création pluridisciplinaire lancé par le CNRS en 2019. Il s’agit d’une alliance assez inédite entre des chercheurs en sciences humaines – des historiens, historiens de l’art, musicologues – des spécialistes de l’acoustique et des artistes, une alliance qui s’est formée pour faire sonner l’ancienne église de l’abbaye de Royaumont, dans le Val d’Oise.
Cette abbatiale a été construite entre 1228 et 1235 sous l’égide de Saint-Louis, mais elle a été entièrement détruite cinq siècles plus tard, en 1792, en pleine Révolution française. Il n’en reste aujourd’hui qu’un pan de mur, un vestige de croisillon et, à ras de l’herbe, les bases éparses de quelques piliers mêlés aux branches de lierre, des piliers qui soutenaient autrefois les voûtes de l’une des plus grandes abbatiales cisterciennes d’Europe. Un paysage de ruines, romantique à souhait, qui a stimulé l’imaginaire des chercheurs : qui a dit que les scientifiques n’étaient pas aussi un peu poètes ?

Retrouver les matériaux et leur assemblage

Pour faire sonner l’abbatiale disparue l’équipe de recherche a commencé par reconstruire, pierre après pierre, l’acoustique de l’église. Un sacré défi sonore ! Une reconstruction virtuelle évidemment, mais qui nécessite de déterminer avec précision la nature des matériaux employés au Moyen-âge : pierres, vitraux, bois…. Les chercheurs disposaient dans leur quête de plans établis au 19e siècle en vue d’une reconstruction qui n’a jamais eu lieu ; ils ont pu s’appuyer sur des modèles comme l’abbaye de Longpont, sœur jumelle de Royaumont, ou d’autres édifices cisterciens qui ont été mieux conservés, comme la cathédrale d’Altenberg en Allemagne. Cette phase de reconstitution était indispensable pour comprendre comment le son se propageait sous les voûtes.

Acoustique 3D

Des incertitudes demeurent sur l’abbatiale : par exemple, la composition de son sol – dalles ou terre battue ? Les chercheurs restent donc modestes, ils ne prétendent pas à l’authenticité absolue, mais souhaitent se rapprocher le plus possible de ce que pouvait ressentir un moine lorsqu’il chantait dans cette église il y a sept cents ans. Et cette enquête minutieuse a permis de reconstituer un modèle acoustique 3D… Pour le moment, les chercheurs ont donc décidé de déployer leur dispositif grâce à un système de hauts parleurs sur les stalles du chœur liturgique, là où les moines chantaient chaque jour.

L’Abbaye de Royaumont, centre de création

Chanteurs et spectateurs pourront bientôt être plongés dans l’univers acoustique de l’époque médiévale. L’Abbaye de Royaumont étant un centre artistique de premier plan, tout l’enjeu sera bientôt de permettre aux chanteurs, aux instrumentistes, aux chorégraphes aussi et compositeurs en résidence à l’abbaye de s’approprier ce nouvel instrument et de le transformer en outil de création. Un beau dialogue entre l’art et la science qui ne fait que commencer…

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