Musicopolis
Magazine
Vendredi 5 juin 2020
25 min

Une promenade à Mannheim en 1770

Connaissez-vous Mannheim ? Mannheim a perdu aujourd'hui le prestige qu'elle avait au milieu du 18ème siècle, pendant le règne du prince électeur Carl Theodor. Le prince électeur palatin voulait en faire une capitale musicale. Pari réussi.

Une promenade à Mannheim en 1770
Gravure de Mannheim par J. Rieger (1788), © Getty

Une ville nouvelle et en damier

Connaissez-vous Mannheim ? Ville industrielle du Bade-Wurtemberg, à 80 km au Sud de Francfort, à 130 km au Nord Est de Strasbourg, on lui attribue l'invention de la bicyclette, de l'automobile et du tracteur. Et aujourd'hui celle de la glace aux spaghetti ! Et malgré tout cela, Mannheim a perdu aujourd'hui le prestige qu'elle avait au milieu du 18ème siècle, pendant le règne du prince électeur Carl Theodor. La ville est alors toute récente, elle a été dessinée au siècle précédent par un architecte hollandais qui a voulu l'organiser en un réseau de rues parallèles et perpendiculaires. D'où son surnom de "Quadratestadt" (« la ville quadrillée »).

Victor Hugo, voyageant sur le Rhin dans les années 1840, fait la description de Mannheim. Il n'a visiblement pas apprécié son côté "ville nouvelle", ce que Goethe appelle une « construction belle et régulière ». Je cite Hugo : "Il y a trente rues, et il n’y a qu’une rue ; il y a mille maisons, et il n’y a qu’une maison. Toutes les façades sont identiquement pareilles, toutes les rues se coupent à angle droit. Du reste, propreté, simplicité, blancheur, alignement au cordeau ; c’est cette beauté du damier dont j’ai parlé quelque part."

Le "style Mannheim"

C'est à Johann Stamitz qu'on doit l'établissement du fameux "style de Mannheim", qui s'exerce à la fois dans la composition des symphonies, et dans leur exécution. C'est du moins ce qu'affirme le musicologue britannique Charles Burney, voyageant en Allemagne en 1772 et qui s'arrête bien sûr dans la ville de Carl Theodor. Selon Burney, le style actuel, plein d'effets considérables, de lumière et d'ombre, est dérivé dans une grande mesure du feu et du génie de Stamitz. Et depuis les découvertes opérées par Stamitz, écrit Burney "chaque effet qui peut être produit par tous les instruments réunis a été essayé ; c'est ici que le Crescendo et le Diminuendo sont nés ; et la nuance Piano, qui était auparavant surtout utilisée comme un écho, tout comme la nuance Forte, sont devenues des couleurs musicales, avec leurs dégradés, tout aussi bien que le rouge ou le bleu en peinture.

Programmation musicale

Christian Cannabich (1731-1798)Symphonie en Mi bémol majeur I. Allegro  Concerto Köln
Teldec 3984-28366-2

Ignaz Holzbauer (1711-1783)Günther von Schwarzburg (1777) Air de Günther "Schönster Sohn des Himmels !"  Fritz Wunderlich, ténor, Orchestre du SWF de Kaiserslautern, direction Emmerich Smol

Johann Stamitz (1717-1757)Sinfonia a 4 en Ré majeur I. Presto  Academy of Ancient Music, direction Richard Eggar
AAM001

Johann Stamitz (1717-1757)Symphonie en Sol majeur I. Allegro  Concerto Köln
Teldec 3984-28366-2

Christian Cannabich (1731-1798)Symphonie en Mi bémol majeur III. Allegro  Concerto Köln
Teldec 3984-28366-2

Christian Cannabich (1731-1798)Symphonie n°63 en ré majeur I. Grave. Allegro  Lukas Consort, direction Viktor Lukas
Naxos 8.553960

Christian Cannabich (1731-1798)Symphonie n°67 en sol majeur III. Presto  Lukas Consort, direction Viktor Lukas
Naxos 8.55396

L'équipe de l'émission :