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Mercredi 8 janvier 2020
25 min

Paris, 1912 : Création de la Symphonie n°2 de Théodore Dubois

Le 10 novembre 1912, Théodore Dubois écrit : "Le premier morceau est fortement applaudi, probablement trop au gré de certains énergumènes des galeries supérieures, car ils ont commencé à faire du boucan, et ils ont continué jusqu'à la fin, à siffler, à chanter (...) C'était honteux".

Paris, 1912 : Création de la Symphonie n°2 de Théodore Dubois
"Boulevard Saint-Michel" à Paris, par Jean-François Raffaëlli (1850-1924), © Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images

Le 10 novembre 1912, Théodore Dubois, 75 ans, compositeur, ancien directeur du Conservatoire de Paris, écrit dans son journal : "Première audition de la Symphonie. Le premier morceau est fortement applaudi, probablement trop au gré de certains énergumènes des galeries supérieures, car ils ont commencé à faire du boucan, et ils ont continué jusqu'à la fin, à siffler, à chanter, à faire des lazzis même pendant l'exécution, de façon à empêcher d'entendre et à faire de l'obstruction ! C'était honteux ! Cette bande de cannibales, ne veut rien en dehors de ce qui sort de leur boutique, et je crois bien que la boutique, c'est la Schola cantorum. On me le dit de tous côtés. Mon nom sur une affiche suffit à les mettre en fureur ! Un vieux qui produit encore ! Ça les gêne ! Enfin, j'ai passé un assez mauvais après-midi, d'autant plus que je savais ma pauvre femme dans la salle ! Elle a été très courageuse, et a bien supporté l'algarade !"

Cette bande de cannibales, ne veut rien en dehors de ce qui sort de leur boutique, et je crois bien que la boutique, c'est la Schola cantorum" Théodore Dubois

Le 12 novembre 1912, lendemain de la création houleuse de sa Deuxième Symphonie, nouvelle note de Théodore Dubois dans son journal : "La presse n'est pas trop mauvaise. Je dois dire que toute la critique blâme énergiquement l'attitude de cette bande d'apaches qui pratiquent si bien et si honteusement le sabotage artistique." En effet, dans le Figaro, par exemple, on peut lire : "On excuserait à la rigueur les quelques jeunes gens qui troublèrent l'audition s'ils avaient réservé pour la fin des morceaux l'expression, même excessive, de leur improbation. Personne n'acceptera qu'ils n'aient même pas eu la patience d'attendre ce moment pour manifester la révolte d'une sensibilité invraisemblablement intransigeante." Quant au chroniqueur du journal Comoedia, il remarque avec ironie : "D'aucuns ont cru à une symphonie avec choeurs. Les choeurs étaient dans la salle."

"D'aucuns ont cru à une symphonie avec choeurs. Les choeurs étaient dans la salle." Comœdia

Programmation musicale

Théodore Dubois (1837-1824)
Symphonie n°2 en si mineur (1912) I. Allegro con moto
Orchestre Philharmonique de Bruxelles, direction Hervé Niquet
Ediciones Singulares ES1018

Théodore Dubois (1837-1824)
Symphonie n°2 en si mineur (1912) II. Andante grave, quasi adagio
Orchestre Philharmonique de Bruxelles, direction Hervé Niquet
Ediciones Singulares ES1018

Théodore Dubois (1837-1824)
Symphonie n°2 en si mineur (1912) III. Allegretto
Orchestre Philharmonique de Bruxelles, direction Hervé Niquet
Ediciones Singulares ES1018

Théodore Dubois (1837-1824)
Symphonie n°2 en si mineur (1912) IV. Allegro con moto
Orchestre Philharmonique de Bruxelles, direction Hervé Nique
Ediciones Singulares ES1018

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