Musicopolis
Magazine
Lundi 25 mai 2020
25 min

Balade musicale à Naples en 1550

Benvenuti a Napoli ! Musicopolis vous fait remonter le temps et vous invite à une promenade dans les rues étroites de la capitale de la Campanie. Un voyage au 16e siècle à travers les écrits de voyageurs écrivains tels que Maximilien Misson, Ferdinand Delamonce, Tommaso Costo...

Balade musicale à Naples en 1550
Naples vue depuis les pentes du Vomero - Carl Wilhelm Götzloff (1799-1866), © Getty

La vue qu'on a de cette hauteur, est une chose ravissante…

La ville de Naples est parfaitement placée. Exposée au Sud, la vue qu'elle contemple n'est arrêtée que par quelques îles dont les noms font rêver : Ischia, Nisida, Procida, Capri… "La Mer, nous dit un voyageur, fait un petit golfe qui l'arrose au Midi. Vers le Nord, elle a de riches coteaux, qui montent insensiblement à la Campagne heureuse : à l'Orient, c'est la plaine qui conduit au Vésuve ; et à l'Occident c'est la haute Naples, où sont les grands Chartreux, et le Chateau de St Erasme. La vue qu'on a de cette hauteur, est une chose ravissante…" 

Certains trouvent que la ville est "généralement toute belle", sans vilains bâtiments pour gâcher la proximité des beaux hôtels. D'autres en revanche sont frappés par la couleur foncée : "les pierres grises, dont les maisons et autres édifices sont construits et qui se noircissent beaucoup à l’air, nous présentèrent d’abord des objets d’autant plus sombres et mélancoliques que les rues sont fort étroites et les maisons à proportion fort élevées. L’on nous assura qu’on les faisoit ainsi pour y procurer de l’ombre et de la fraîcheur pendant les trois saisons chaudes de ce climat…"

L'héritage de Pierre de Tolède

Parmi tout l'entrelacs des ruelles de Naples, une artère est bien plus large et longue et droite : c'est la via Toledo. Elle porte le nom de celui qui l'a fait percer : Pierre de Tolède, général espagnol, nommé vice-roi de Naples par Charles Quint en 1532, et qui a laissé une forte empreinte sur la ville. Puisqu'en effet, au 16ème siècle, période qui nous occupe aujourd'hui, Naples est espagnole ! 

"Voici l'endroit où Naples, pendant les chaleurs de l'été, oublie tous ses autres délices. Il n'est qu'à deux milles de la ville et les Dames, dans leurs beaux atours, ainsi que les très nobles Chevaliers, viennent ici montrer leurs fastes. Les gens du cru et les étrangers y viennent pour s'amuser, car on y oublie dans la douceur tous les ennuis passés." Tommaso Costo

Après de grandes batailles entre Espagnols et Français, Ferdinand d'Aragon (vainqueur de Louis XII) a installé son administration dans la ville au tout début du siècle. Même si les guerres d'Italie se poursuivent ensuite, Naples appartient alors à la couronne de Habsbourg, et les vices-rois se succèdent. Parmi eux, Pierre de Tolède est certainement celui qui a laissé le plus de marques. Il a pavé les rues, il a prolongé la ville par des quartiers résidentiels, il a remis en service le château Sant'Elmo, bien garni de canons ; bref, il a fait de sa ville la principale place-forte espagnole en Méditerranée.

Berceau de la villanelle

Parmi les milieux cultivés de Naples au début du 16ème siècle, le grand jeu est de composer des villanelle. Le mot villanelle a beau faire référence aux villains, aux paysans, et donc évoquer une chanson plutôt rustique, en fait, elle est issue des milieux érudits aristocratiques ou intellectuels. Les nobles eux-mêmes ont souvent reçu une formation musicale qui leur permet de se prêter au jeu, et ils ont bien sûr les moyens d'engager des musiciens pour les accompagner dans leur vie de chaque jour. 

On chante les villanelle dans toutes les fêtes napolitaines, et notamment celles qui ont lieu dans les palais de Posillipo, un quartier chic sur une colline à l'Ouest de la ville : "Voici l'endroit où Naples, pendant les chaleurs de l'été, nous dit Tommaso Costo, oublie tous ses autres délices. Il n'est qu'à deux milles de la ville et les Dames, dans leurs beaux atours, ainsi que les très nobles Chevaliers, viennent ici montrer leurs fastes. Les gens du cru et les étrangers y viennent pour s'amuser, car on y oublie dans la douceur tous les ennuis passés. [Dans les palais] on organise souvent des repas somptueux et des fêtes magnifiques et la mer toute entière s'anime de bateaux plus magnifiquement ornés de drapeaux et de banderoles les us que les autres. Souvent grand nombre de ces bateaux transportent des musiciens qui, avec leurs instruments remplissent l'air de leur musique et de leurs chants, et font résonner la mer et la terre d'harmonies multiples. On croirait que les Dryades réunies aux Nymphes terrestres et marines, se sont rassemblées ici pour chanter."

Programmation musicale

Diego Ortiz (1510-1570)
Pass'e mezzo moderno (Trattado de glosas sobre clausulas y otros generos de puntos en la musica de violones, Rome, 1553)
Paolo Pandolfo, basse de viole
Glossa GCD 920403

Anonyme
In Toledo una donzella
Ensemble Daedalus
L'autre Monde LAM2

Adrian Willaert (v. 1490-1561)
Vecchie letrose (Canzone villanesche all napolitana, Venise 1548)
Doulce Mémoire, direction Denis Raisin-Dadre
Astrée E 8648

Giovanni Nasco (v.1510-1561)
Vorria che tu cantassi (Il primo libro di canzon villanesche alla napolitana, Venise, 1556)
Doulce Mémoire, direction Denis Raisin-Dadre
Astrée E 8648

Giovanni de Macque (1548/50-1614)
O gran stupore (publié à Venise en 1613)
Ensemble Weser-Renaissance de Brême, direction Manfred Cordes
CPO CPO7779772

Fabrizio Dentice (v.1539-1581)
Versetti del Miserere
I Turchini, direction Antonio Florio
Glossa GCD922611 

Roland de Lassus (v. 1530 ou 32- 1594)
Matona mia cara (Libro de villanelle, moresche, et altre canzoni, Paris, 1581)
La Caccia, direction Patrick Denecker
Ricercar 206902

Adrian Willaert (v. 1490-1561)
Madonna mia fa (Canzone villanesche alla napolitana, Venise 1548)
Doulce Mémoire, direction Denis Raisin-Dadre
Astrée E 8648

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