Musicopolis
Magazine
Vendredi 10 avril 2020
25 min

Le Concerto "L'Hiver" de Vivaldi (Spécial Bac Musique 2020)

Aussi célèbre que soit ce concerto de Vivaldi - oeuvre au programme du Bac Musique 2020 - nous ne savons que peu de choses du contexte de sa composition et de sa création. D'Amsterdam où la pièce est publiée en 1725 à sa composition à Venise, Musicopolis mène l'enquête !

Le Concerto "L'Hiver" de Vivaldi (Spécial Bac Musique 2020)
Portrait d'Antonio Vivaldi (1678-1741), © Stefano Bianchetti/Corbis via Getty Images

Un concerto aussi mystérieux que célèbre

1725, Amsterdam, c'est l'année et le lieu de publication de notre partition du jour. Amsterdam est à cette époque un grand centre d'édition de musique, mais voilà qui ne rend absolument pas compte de la naissance de l'oeuvre qui a vu le jour bien plus au Sud et à l'Est de l'Europe, dans la Sérénissime République de Venise.

Malgré sa célébrité et ses nombreux enregistrements nous ne savons que peu de choses sur les circonstances de composition de ce concert. Et nous devrons nous livrer à une enquête minutieuse pour nous faire une idée de son contexte. D'abord, de quand datent les Quatre Saisons ? Mystère et boule de gomme. Mais nous allons cependant trouver un indice dans la dédicace que Vivaldi écrit au Comte Wenzel von Morzin. "Ne soyez pas surpris, je vous prie, si, parmi ces quelques faibles concertos, Votre Illustre Seigneurie retrouve lesQuatre Saisonsqu'elle a accueillies autrefois avec une très généreuse bonté." Donc en 1725, le groupe de concertos date déjà "d'autrefois" ! On sait en outre que le 19 avril 1719, le compositeur a signé un reçu pour une somme versée par le Comte Morzin, pour un paquet de partitions dans lesquelles sans doute, nos quatre concertos.

Raconter une petite histoire

La particularité des Quatre Saisons par rapport aux huit autres concertos de Vivaldi publiés à Amsterdam en 1725, ce n'est pas tant les titres, puisque bien d'autres concertos en portent. Non c'est surtout que notre compositeur a joint au texte musical des petits textes en italien, des sonnets, anonymes (peut-être dus à sa propre plume) et c'est aussi qu'il ajoute sur la partition, comme il le dit dans la dédicace "un commentaire très précis sur tout ce qui y est exprimé". Ainsi on ne peut ignorer ce qui se passe au fur et à mesure du déroulement de la musique. A la fin du deuxième mouvement il est indiqué : "On marche à pas lents sur la glace De peur de tomber" Puis pour le finale : "Car en allant trop vite, on perd l'équilibre et l'on tombe à terre. On se remet sur ses pieds et, sur la glace, l'on court vite Avant que celle-ci ne se brise, et fonde. Derrière les portes closes on entend Sirocco et Borée, et tous les vents se faire la guerre. C'est cela l'hiver, mais qui apporte aussi ses joies."

Un homme bien occupé

A l'époque où il envoie un paquet de concertos au Comte Morzin, en avril 1719, Vivaldi travaille beaucoup pour Mantoue, où il fait représenter des opéras, Armide, Teuzzone, Tito Manlio. C'est que notre homme est très renommé pour ses opéras. C'est un infatigable impresario, il recherche les livrets, il compose les ouvrages, il les fait copier, il recrute les chanteuses et les chanteurs, il passe contrat avec les salles, il s'occupe de la mise en scène, bref il se donne sur tous les fronts !

Même dans les périodes où il travaille beaucoup pour l'opéra, où il se déplace de ville en ville pour faire représenter ses ouvrages, Vivaldi ne cesse pas pour autant de composer des concertos. C'est qu'il a été très entraîné : en 1703, à l'âge de 25 ans, alors qu'il vient d'être ordonné prêtre, il est engagé à Venise à l'Ospedale de la Pietà, l'un de ces fameux orphelinats qui recueillent des enfants abandonnés et éduquent en musique les jeunes filles les plus douées. Les services religieux avec musique et les concerts (au cours desquels les jeunes filles chantent derrière des grilles à l'abri des regards) attirent les nobles vénitiens et les visiteurs étrangers : pour toutes ces occasions, il faut fournir sans relâche aux musiciennes de la musique toute fraîche, vocale ou instrumentale

  • Première diffusion le 29 janvier 2019

Programmation musicale

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en fa mineur RV 297 "L'hiver" op 8 n°4 (publié en 1725) I. Allegro non molto
Fabio Biondi, violon et direction, L'Europa Galante
Opus 111 OPS 56-9120   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en fa mineur RV 297 "L'hiver" op 8 n°4 (publié en 1725) I. Allegro non molto
Daniele Orlando, violon et direction, I Solisti Aquilani
Muso MU028D   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en fa mineur RV 297 "L'hiver" op 8 n°4 (publié en 1725) II. Largo
Daniele Orlando, violon et direction, I Solisti Aquilani
Muso MU028D   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Armida (1718) Acte III. Sc 8. Air d'Armida "Tender lacci tu volesti"
Sara Mingardo, contralto, Armida
Concerto Italiano, direction Rinaldo Alessandrini
Naïve OP 30492   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Tito Manlio (1719) Acte III. Sc 9. Air de Manlio "Ti lascere"
Karina Gauvin, soprano
Accademia Bizantina, direction Ottavio Dantone
Naïve OP 30413   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en ré mineur RV 566 pour 2 violons, 2 hautbois, 2 flûtes à bec, basson et orchestre (manuscrit, s.d.) I. Allegro Assai
Fabio Biondi, violon et direction, L'Europa Galante
Virgin 5457232   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en fa mineur RV 297 "L'hiver" op 8 n°4 (publié en 1725) II. Largo
Daniele Orlando, violon et direction, I Solisti Aquilani
Muso MU028D   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en mi bémol majeur op 8 n°5 "La Tempesta di mare" (publié en 1725) I. Presto
Giuliano Carmignola, violon
Sonatori della Gioiosa Marca
Erato 8573-80225-2   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en fa mineur RV 297 "L'hiver" op 8 n°4 (publié en 1725) III. Allegro
Daniele Orlando, violon et direction, I Solisti Aquilani
Muso MU028D

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