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Mardi 28 avril 2020
25 min

La Symphonie n°3 (1849) de Louise Farrenc : triomphe du "Deuxième Sexe"

Si le nom de Louise Farrenc (1804-1875) s'est fait une petite notoriété dans le paysage musical parisien, elle a néanmoins à lutter contre deux facteurs : sa réserve, et son sexe ! Créée en 1849, sa "Troisième Symphonie" fait pourtant l'unanimité et étonne les critiques par sa force expressive.

La Symphonie n°3 (1849) de Louise Farrenc : triomphe du "Deuxième Sexe"
La Symphonie n°3 de Louise Farrenc, © Getty

Une femme au Conservatoire de Paris

Louise Dumont s'est mariée à 17 ans avec Aristide Farrenc, flûtiste et éditeur de musique. Aristide est certainement très admiratif du talent de sa jeune épouse et il ne perd pas une occasion de la soutenir, de l'encourager, et bientôt d'éditer ses partitions. Elle est très timide et réservée, et elle a bien besoin que son mari la pousse lorsqu'il s'agit de se présenter sur la place publique, que ce soit comme pianiste ou comme compositrice. Cette timidité en public est contrebalancée par un goût de l'enseignement. 

"J'ai été étonné, je l'avoue, de trouver dans cet oeuvre, parfaitement conçu, une facture, un style de maître. La symphonie de Mme Farrenc peut être mise au rang des bonnes compositions instrumentales." La France Musicale, 22 avril 1849

Du moins on peut imaginer (et espérer) qu'elle en a eu le goût puisqu'elle a été nommée professeure au Conservatoire en 1842. Elle est la première femme depuis Hélène de Montgeroult à avoir un poste de "première classe". Néanmoins elle est un peu moins bien payée que ses collègues hommes, et (malgré sa réserve) elle fait une démarche (qui sera couronnée de succès) auprès de la direction : "J'ose espérer, Monsieur le Directeur, que vous voudrez bien fixer mes honoraires au même taux que ceux de ces Messieurs, car mettant à part tout profit d'intérêt, si je ne recevais pas comme eux cet encouragement, on pourrait croire que je n'ai pas mis tout le zèle et l'assiduité nécessaire pour bien remplir la tâche qui m'était imposée…"

Une musicienne "à l'antipode du sentimentalisme"

"Il est rare de trouver chez les femmes autant de vigueur et d'intelligence dans la combinaison des effets. On aurait pu, peut-être, désirer un peu moins de réminiscences Beethoviennes (sic) dans les motifs, mais ne soyons pas trop exigeants" La France Musicale, 22 avril 1849

Lorsqu'on lit les articles publiés à propos de Louise Farrenc à son époque, on est frappé des mots employés : il y est toujours question de sérieux, de respect des genres, de haute tenue. Evidemment très loin des termes employés pour décrire ses collègues pianistes-compositeurs qui en rajoutaient souvent dans le côté spectaculaire pour entraîner l'adhésion des foules. Son collègue professeur au Conservatoire, Antoine Marmontel dit d'elle que c'est "une pianiste de style, commandant l'attention par sa manière magistrale de comprendre et d'interpréter. Conviction, éducation ou tempérament, Mme Farrenc se tient obstinément à l'antipode du sentimentalisme."

La Symphonie n°3 : "un ouvrage bien pensé"

Dans la Revue et Gazette musicale du 29 avril 1949, Henri Blanchard rend compte de l'audition du 22 avril. "Lasymphonie en sol mineurde Mme Farrenc est un ouvrage bien pensé, bien écrit. Le premier morceau est d'une allure vive, animée, et travaillé avec autant de méthode que de goût. L'Adagio, du genre de ceux de Mozart, est d'un style noble, élevé, religieux et gracieux tout à la fois. Si les tournures mélodiques en sont d'une élégance un peu rétrospective, elles n'en plaisent pas moins… Nous avons écrit si souvent que le Scherzo  d'un trio, d'un quatuor, d'un quintette, d'un sextuor, etc, est pétillant de verve, d'esprit et d'originalité, que nous ne savons que dire de celui de la symphonie de Mme Farrenc, si ce n'est qu'il mérite aussi ces éloges, que le thème est franc, que les pizzicati des violons y sont d'un effet pittoresque, quoique d'une difficile exécution." 

Programmation musicale

Louise Farrenc (1804-1875)
Symphonie n°3 en sol mineur (1847) I. Adagio. Allegro
Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, direction Johannes Goritzki
CPO 999603-2   

Louise Farrenc (1804-1875)
Variations brillantes sur un thème du Colporteur de Onslow, op 10 (1828)  
Biliana Tzinlikova, piano
Paladino Music pmr 0088   

Muzio Clementi (1752-1832)
Capriccio en si bémol majeur op 17
Howard Shelley, piano
Hyperion  CDA67850   

Antoine Reicha (1770-1836)
Quintette à cordes avec violoncelle principal n°3 en Mi majeur (1805-07)
L'Archibudelli
Sony SK 53118   

Louise Farrenc (1804-1875)
Symphonie n°3 en sol mineur (1847) II. Adagio cantabile
Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, direction Johannes Goritzki
CPO 999603-2   

Louise Farrenc (1804-1875)
Symphonie n°3 en sol mineur (1847) III. Scherzo
Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, direction Johannes Goritzki
CPO 999603-2   

Louise Farrenc (1804-1875)
Symphonie n°3 en sol mineur (1847) IV. Finale
Orchestre philharmonique de la NDR de Hanovre, direction Johannes Goritzki
CPO 999603-2

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