Musicopolis
Magazine
Lundi 15 juin 2020
25 min

La salle Cortot : un bijou d'acoustique au coeur de Paris

S'il est une salle discrète à Paris, c'est bien la Salle Cortot. Construite en 1929 par les frères Perret sous l'impulsion du pianiste Alfred Cortot, ce bijou architectural a deux principales vocations : être l'écrin des récitals des membres de l'Ecole et le rayonnement du répertoire français.

La salle Cortot : un bijou d'acoustique au coeur de Paris
Alfred Cortot au piano sur la scène de la salle Cortot, © ATP/RDB/ullstein bild via Getty Images

Loin des grandes avenues bien larges où se pavanent les grandes salles et les grands théâtres, la Salle Cortot est nichée dans une petite rue étroite, dans un quartier résidentiel, entre deux hôtels particuliers cossus néo-Renaissance. Certes, la sobre façade de béton tranche, entre ces deux bâtisses de pierre et brique assez ouvragées. Mais justement, elle s'efface, et se cache. Et en 1929, l'année de sa construction, elle fait figure de petit bijou moderne.

Une salle indissociable de la pédagogie

Pourquoi Ecole "normale" de musique ? Les autres écoles seraient-elles "a-normales". Non point du tout ! L'idée est de faire référence aux écoles où l'on apprend à enseigner. Selon Lakanal, je cite "Normale, du latin norma, règle." A l'Ecole Normale de Musique fondée par Alfred Cortot et Auguste Mangeot, l'idée est donc de former non seulement des musiciens, mais aussi des professeurs de musique. Une idée qui s'est imposée à Alfred Cortot juste après la fin de la Première Guerre Mondiale, alors qu'il a lui-même enseigné au Conservatoire de Paris depuis 1907. 

Une étonnante salle toute en largeur ! 

A l'Ecole Normale de Musique de Paris, les élèves ont besoin d'une salle pour se faire entendre. Et leurs professeurs aussi, qui sont les grands instrumentistes et compositeurs de l'époque. Et puis Alfred Cortot a bien sûr fondé un orchestre d'élèves, qu'il dirige. Il faut le faire entendre !  Depuis 1927, l'Ecole Normale est installée dans un hôtel particulier du boulevard Malesherbes (17ème arrondissement), au coin de la rue Cardinet, et jusque là, les concerts avaient lieu salle des Agriculteurs, rue d'Athènes dans le 9ème. Mais ce serait tellement mieux d'avoir une salle dans l'Ecole. Or, les anciennes écuries, qui donnent rue Cardinet, pourraient très bien fournir le terrain. Quoique : un terrain un peu particulier, un rectangle très allongé, de 9 mètres sur 29 ! Cortot demande un projet à plusieurs architectes, sans succès, avant d'accepter celui des frères Perret, déjà les auteurs du Théâtre des Champs Elysées. 

Alfred Cortot le père fondateur

Au Service de Propagande Artistique, pendant la guerre, Alfred Cortot a travaillé avec Auguste Mangeot, lui-même pianiste et directeur de la revue Le Monde musical. Ensemble en 1919, ils décident de fonder l'Ecole Normale de Musique. Dans La Liberté, Gaston Carraud explique qu'il n'est pas question de concurrencer le Conservatoire. D'ailleurs de nombreux professeurs enseignent dans les deux maisons. Cependant, "Le plan d'études et d'organisation, si intelligent, de l'Ecole Normale la destine particulièrement à combler deux lacunes de la vieille maison. Le Conservatoire, école nationale et gratuite, ne peut accueillir d'élèves étrangers qu'en nombre extrêmement limité ; et le Conservatoire, filtrant ses élèves en travers d'un système continu d'examens et de concours, forme des virtuoses éclatants, mais n'offre aucun enseignement accommodé aux jeunes gens qui se destinent au professorat." 

Faire concurrence aux conservatoires allemands

Si je reprend les deux raisons de la création de l'Ecole Normale de Musique, ce sont donc accueillir davantage d'étrangers, et former des enseignants. Mais il y a plus. Reprenons l'article de Gaston Carraud : "Les conservatoires allemands, supérieurement organisés, soutenus par de puissantes finances, habiles à entretenir partout l'opinion qu'il ne se pouvait faire d'études musicales sérieuses qu'en Allemagne, draguaient impudemment, pour les diriger sur Berlin, Vienne, Leipzig, Francfort, les élèves du monde entier. Retournés chez eux, ceux-ci y devenaient naturellement autant d'apôtres de la musique allemande, des éditions allemandes, des instruments allemands, autant d'agents bénévoles de l'esprit et du commerce allemands. Il ne faut pas chercher ailleurs la principale cause de la fascination que la musique allemande continuait d'exercer universellement, alors même qu'elle était, en réalité, tombée au second rang. C'est cette clientèle, et c'est cet avantage qu'il s'agit de détourner de l'Allemagne sur la France."

Programmation musicale

Franz Schubert (1797-1828)Trio en Si bémol majeur op 99 D 898 (1827) I. Allegro moderato Alfred Cortot, piano, Jacques Thibaud, violon, Pablo Casals, violoncelle
EMI 50999 704937 2 6

Johann Sebastian Bach (1685-1750)Concerto brandebourgeois n°6 en Si bémol majeur BWV 1051 I. Allegro Orchestre de l'Ecole Normale de Musique de Paris, direction Alfred Cortot (enregistré le 4 décembre 1931)
EMI 50999 704943 2 7

Frédéric Chopin (1810-1849)Etude op 10 n°5 en Sol bémol majeur Alfred Cortot, piano
EMI 50999 704919 2 0

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Concerto pour piano n°1 en ut majeur op 15 (1795) III. Rondo Alfred Cortot, piano, Orchestre de chambre de Lausanne, direction Victor Desarzens (enrt en avril 1947)
Tahra TAH610

Frédéric Chopin (1810-1849)Valse brillante en Mi bémol majeur op 18 Alfred Cortot, piano et commentaires (enregistré au cours de master-classes enregistrées entre 1954 et 1960)
SONY S3K89698

François Couperin (1678-1733)Concert n°8 en Sol majeur (Dans le goût théâtral) Air animé Orchestre de l'Ecole Normale de Musique de Paris, direction Alfred Cortot
EMI 50999 704942 2 8

Igor Stravinsky (1882-1971)Pulcinella (1919-20) Vivo Orchestre de la Columbia, direction Igor Stravinsky (professeur à l'Ecole Normale en 1935)
SONY 88875026162-49

Arthur Honegger (1892-1955) (professeur à l'Ecole Normale dans les années 40)
Pacific 231 (1923) Orchestre du Capitole de Toulouse, direction Michel Plasson
DGG 435438-2

Franz Schubert (1797-1828)Trio en Si bémol majeur op 99 D 898 (1827) IV. Rondo Alfred Cortot, piano, Jacques Thibaud, violon, Pablo Casals, violoncelle
EMI 50999 704937 2 6

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