Musicopolis
Magazine
Lundi 8 juin 2020
25 min

L'essor musical de Moscou au tournant du XXe siècle

A la fin du 19e siècle, Moscou est en ébullition. On y entend la musique occidentale de la première moitié du siècle, Beethoven, Mendelssohn, Schumann, et de plus en plus, grâce à Nikolai Rubinstein, celle de la Nouvelle Ecole Russe avec Taneiev, Arensky, ou… Rachmaninov !

L'essor musical de Moscou au tournant du XXe siècle
Vu du quartier du Kremlin à Moscou autour de 1890, © Getty

Le réveil de Moscou

Depuis que Pierre Le Grand a décidé d'installer sa capitale à Saint Petersbourg au début du 18ème siècle, et qu'il a transféré dans la ville du Nord toute son administration et les fonctionnaires y afférents, Moscou s'est trouvée ravalée au statut de deuxième ville, où la nouveauté est plus lente à arriver, notamment dans le domaine de la culture. Néanmoins au cours du 19ème siècle, elle s'est peu à peu réveillée. Pour ce qui est de la musique en particulier avec d'abord la création du Bolchoï en 1824, et puis en 1860 avec l'établissement de la branche moscovite de la Société Musicale Russe.  

"C'est un éblouissement ; à mes pieds s'étale Moscou, adorable de formes, étincelante de lumière et de couleur. Comment dire l'enchantement de ce spectacle, le chatoiement dans ce fouillis de nuances, l'harmonie des fonds et des lointains ?"  Jules Legras, Au pays russe

Depuis toujours, les moscovites écoutent de la musique. Mais longtemps la pratique a été surtout domestique, réservée aux intérieurs privés et aux cercles cultivés. C'est seulement vers le milieu du 19ème siècle que les Sociétés musicales se sont multipliées et ont commencé à offrir des exécutions de concerts, en dehors de l'opéra. Le très actif Nikolay Rubinstein y a été pour beaucoup. C'est lui qui défend le plus la musique contemporaine en Russie. On l'entend à Moscou comme chef et comme pianiste. Il a une personnalité extravertie, il est très sociable, plein de charme, généreux et bon vivant. Son énergie infatigable lui permet d'être présent sur tous les fronts. Après avoir établi la branche locale de la Société Musicale Russe, c'est lui qui a créé le Conservatoire de Moscou, faisant venir un certain nombre de musiciens comme professeurs, au premier rang desquels Tchaikovsky. Tchaikovsky, (formé à Saint-Petersbourg), va pourtant être par sa musique à l'origine de ce qu'on appellera l'école de Moscou, avec des musiciens comme Taneiev, Arensky, ou… Rachmaninov ! 

Programmation musicale

Modest Moussorgski (1839-1881)
Boris Godounov (1874) Prologue. Scène du Couronnement (Boris dirigé par Rachmaninov au Bolchoï avec Chaliapine en janvier 1905)
Choeur et Orchestre du Bolchoï de Moscou, direction Mark Ermler
Le Chant du Monde LDC 278853/55

Nikolai Rimsky-Korsakov (1844-1908)
Shéhérazade op 35 (1888) III. Le jeune prince et la princesse (dirigée par Rachmaninov au Bolchoi en nov 18905)
Orchestre Tchaikovsky, direction Vladimir Fedosseiev
Vista Vera VVCD-00061

Piotr Illitch Tchaikovski (1840-1893)
Symphonie n°2 op 17 "Petite Russie" (1872) IV. Finale (créée à Moscou le 26 janvier 1873)
Orchestre Symphonique d'URSS, direction Evgeny Svetlanov
Melodiya 74321 17093 2

Serge Rachmaninov (1873-1943)
Trio Elégiaque n°2 en ré mineur op 9 (1894) III. Allegro risoluto (créé à Moscou le 31 janvier 1894)
Evgeny Svetlanov, piano, Leonid Kogan, violon, Fedor Luzanov
Russian Disc RDCD 10046

Alexandre Borodine (1833-1887)
Dans les steppes d'Asie centrale (1880)
Orchestre symphonique de l'Oural, direction Dimitri Liss
Mirare MIR305/1

Serge Rachmaninov (1873-1943)
Suite pour 2 pianos n°1 Fantaisie-Tableaux op 5 (1893) I. Barcarolle
Guillaume Bellom, Ismaël Margain, pianos
B Records LBM010

Nikolai Rimsky-Korsakov (1844-1908)
La nuit de mai (1880) Romance de Levko (dirigé par Rachmaninov en janvier et février 1898 avec Chaliapine dans le rôle du maire)
Daniil Shtoda, ténor, Orchestre Philharmonique de Russie, direction Constantin Orbelian
Delos DE 3348

Traditionnel russe     Les Yeux noirs                                Fedor Chaliapine, basse, Orchestre de balalaïkas (enregistrement Paris 1927)  Classical Collector 150092/1

Alexandre Borodine (1833-1887)
Prince Igor Acte I. Air de Galitski "Je ne peux dissimuler que je déteste l'ennui"
Fedor Chaliapine, basse, direction Rosario Bourdon (Rachmaninov dirige pour la dernière fois Prince Igor au Bolchoï avec Chaliapine en Galitski, en janvier 1906, il cessera sa collaboration avec le Bolchoï deux semaines plus tard)  Classical Collector 150092/

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