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Mercredi 8 avril 2020
25 min

L' Amour sorcier de Manuel de Falla à Paris en 1925

Donné au Théâtre du Trianon Lyrique le 25 mai 1925, L'Amour sorcier est déjà connu des Parisiens, puisque les deux chefs Enrique Arbos et Serge Koussevitzky l'ont déjà interprété en version suite pour orchestre. Avec Antonia Mercé, la version chorégraphiée est un triomphe plus grand encore !

L' Amour sorcier de Manuel de Falla à Paris en 1925
Le Flamenco - Ricard Canals (1876-1931) - Museo Carmen Thyssen, Málaga., © Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images

Contexte

C’est avec sa version ballet créée à Paris en 1925 que L'Amour Sorcier de Manuel de Falla a atteint le succès et la célébrité. Au centre de cette création la chorégraphe et danseuse Antonia Mercé, dite « La Argentina ». La première version datée de 1915, était destinée à la danseuse de flamenco Pastora Imperio. Le livret et la musique, ont été très fortement inspirés de véritables contes et chants gitans, étaient racontés et chantés à Manuel de Falla par une chanteuse gitane, Rosario La Mejorana

La carrière du ballet de l'Amour sorcier de Manuel de Falla est lancée dès la première représentation du 25 mai 1925. Il est donné quelques jours plus tard dans le cadre de L’exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes de Paris. Le Figaro du 2 juin nous annonce que "L'amour Sorcier l'oeuvre magnifique de Manuel de Falla, révélée au public parisien par les représentations de Mme Bériza au Trianon Lyrique et et au Théâtre de l'Exposition, poursuivra sa carrière triomphale au Trianon Lyrique les mercredi 4, jeudi 5 et vendredi 6 juin, en soirée. Tout Paris voudra applaudir ce chef-d'oeuvre de la musique moderne et ses admirables interprètes : La Argentina, Vicente Escudero, Georges Wague et d'admirables artistes"

Entrée dans la danse

Si la musique n'est pas nouvelle pour le public de l'Amour sorcier le 25 mai 1925, en revanche le spectacle est tout nouveau. Au centre de cette création la chorégraphe et danseuse Antonia Mercé, dite La Argentina (parce qu'elle est née à Buenos Aires). La Argentina a un parcours tout à fait singulier au début du 20ème siècle. Elle est la seule dans le domaine de la danse à chercher à retrouver les danses authentiques des provinces espagnoles, avec un accent très net mis sur la danse andalouse, la danse flamenca. 

Critiques élogieuses

"Cette oeuvre gagne à être entendue au théâtre, surtout lorsque des danseurs aussi admirables que La Argentina et Vicente Escudero mêlent leur frénésie mimique à celle uniquement sonore de l'orchestre. Sans cesse le rythme s'étrangle, passe comme sous-entendu à travers l'immobilité du corps, pour ne rejaillir que plus tard d'un coup de talon. De toutes les danses, la danse espagnole est peut-être la plus sobre en gestes ; elle se concentre dans un piaffement rageur, dans un claquement des doigts — ces castagnettes élémentaires. 

"La pièce est éminemment gitane… Pour la composer, j'ai utilisé des idées ayant toujours un caractère populaire…   Durant les quelques 40 minutes que dure l'œuvre, j'ai essayé de la "vivre en gitan", de la sentir profondément et n'ai pas utilisé d'autres éléments que ceux qui à mon avis exprimaient l'âme de la race.Toujours le motif populaire, revêtu d'une technique adaptée à son caractère pour qu'ils constituent un "tout" homogène. Telle est ma conviction artistique." Manuel de Falla, 1915

Il y avait sur la scène tout un tapage de pieds et de mains, des cris arrachés aux danseuses qui s'ajoutaient comme une batterie naturelle à un orchestre peu chargé, tout en nerfs, d'une sécheresse inouïe. Et c'était un beau spectacle que de voir dans l'orchestre Manuel de Falla, tel un farfadet, gesticuler furieusement pour arracher à l'orchestre le plus dépouillé, le moins chargé en timbres et en harmonies, un rythme sans langueur, saccadé, tout en piétinement nerveux et en reins qui se cassent. Oeuvre admirable, d'un accent de terroir irrésistible, d'une étrange capacité d'envoûtement."
Le Ménestrel. 

Programmation musicale

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Introduction
Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris direction Manuel Rosenthal
Accord 476 1082   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Danse rituelle du feu pour chasser les mauvais esprits
Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris direction Manuel Rosenthal
Accord 476 1082   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Chanson de l'amour blessé
Teresa Berganza, mezzo-soprano, Orchestre Symphonique de Londres, direction García Navarro (enrt 1978)
DGG 00289 477 5489   

Manuel de Falla (1876-1946)
La Vida breve (1904)    
La Argentina, castagnettes
(enregistrée à Londres en 1929) 

Joaquin Nin (1879-1949)
Danse Ibérienne (1926)
Mme Argentina, solo de castagnettes et jeu de talons, Joaquín Nin, piano (enrt 1930)
Odéon 188.756    

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Pantomime
Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris direction Manuel Rosenthal
Accord 476 1082   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Danse de la frayeur
Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris, direction Manuel Rosenthal
Accord 476 1082   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Danse du jeu de l'amour
Teresa Berganza, mezzo-soprano, Orchestre Symphonique de Londres, direction García Navarro (enrt 1978)
DGG 00289 477 5489   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Chanson du feu follet
Ginesa Ortega, cantaora, Orchestre de chambre du Théâtre Llure, direction Josep Pons  
Harmonia Mundi HMC 905213   

Manuel de Falla (1876-1946)
L'Amour sorcier (1916-1926) Danse rituelle du feu pour chasser les mauvais esprits
Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris direction Manuel Rosenthal
Accord 476 1082

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