Musicopolis
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Mercredi 26 août 2020
25 min

Ethel Smyth, derniers feux...

S'il est une musicienne exemplaire dans la détermination, la persévérance, l'ardeur, c'est bien Ethel Smyth. Compositrice britannique disparue en 1944, à 86 ans, elle compose en 1929 et 1930 sa dernière grande œuvre, une symphonie qui met en scène un prisonnier dialoguant avec son âme...

Ethel Smyth, derniers feux...
Ethel Smyth, compositrice et suffragette britannique, compose entre 1929 et 1930 sa dernière grande œuvre, The Prison, © Getty / Sasha / Hulton Archive

Ethel Smyth, une compositrice pionnière

Le 22 avril 1858, quelques mois après la naissance de la compositrice Mel Bonis à Paris, naît à Londres celle qui sera la première femme à étudier la composition à l’école de musique de Leipzig. Ethel Smyth, tout comme sa contemporaine française, aura à briser les barrières d’une époque hostile aux compositrices. C’est dans la ville - qui fût celle de Bach et Schumann - qu’elle étudie la composition auprès de Carl Reinecke et rencontre Clara Schumann, Johannes Brahms et Tchaïkovski.

En 1890, elle a 32 ans. Elle retourne sur les terres de son enfance pour assister à la création de sa Sérénade en ré majeur au cœur de l’impressionnant Crystal Palace. Peu à peu, elle se fait une place sur la scène britannique. Les critiques lui sont plutôt favorables, mais elle rencontre de nombreuses réticences. En cause : son sexe bien sûr, mais aussi son apprentissage musical à l’étranger.

Au cours de sa carrière, Ethel Smyth aura composé six opéras. Fantasio, le premier, est représenté en 1898. Son deuxième opéra, Der Wald (La Forêt), est donné au Metropolitan Opera de New York. C'est la première fois qu'un opéra composé par une femme est représenté dans cette salle prestigieuse.

The Prison, l'œuvre de la postérité ?

Pendant deux ans, elle participe au mouvement des suffragettes qui réclament le droit de vote. En 1914, la guerre interrompt sa carrière. Elle commence à écrire des livres, compose toujours, mais les salles anglaises la dédaignent : son nom est connu, mais ses œuvres ne sont pas jouées. En 1912, le chef d'orchestre Thomas Beecham rend visite à la suffragette à la prison de Holloway à Londres, où elle a passé trois semaines pour avoir jeté des pierres sur la maison d'un politicien. Il la trouve, entourée de détenues chantant l'hymne qu'elle a composé pour le mouvement : The March of the Women. 

En 1929 et 1930, alors que la compositrice fait face à une surdité grandissante, elle compose sa dernière grande œuvre : The Prison. La symphonie pour solistes, orchestre et chœur sera donnée à Édimbourg en 1931 avec succès. Le texte de l'œuvre est basé sur un dialogue entre un prisonnier détenu à tort et son âme, texte publié par son ami Henry Brewster en 1891. Elle avec vécu avec cet anglo-états-unien de culture française une communauté de pensée durable et avait toujours rêvé de mettre son texte en musique. Dans l'œuvre d'Ethel Smyth, le prisonnier est interprété par un baryton, et une voix de soprano incarne son âme.

L'œuvre vient d'être enregistrée sur disque pour la première fois sur le label Chandos ; James Blachly, à la tête de l'Experimental Orchestra and Chorus, y décèle des accents « wagnériens » : « c'est riche, il fait sombre ». Au crépuscule de sa vie, Ethel Smyth lègue une œuvre riche, à l’image d’une ténacité exemplaire et d’une personnalité engagée, encore peu connue du grand public.

Programmation musicale

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster
Dashon Burton, baryton basse, Experiential Orchestre, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

Ethel Smyth (1858-1944)
Les Naufrageurs (The Wreckers) (1902-1904), Acte I. Prélude
BBC Philharmonic, direction Odaline de la Martinez
CONIFER

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster, 1ère Partie. I. Le prisonnier communie avec son âme
Sarah Brailey, soprano, Dashon Burton, baryton basse, Experiential Orchestra, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

Ethel Smyth (1858-1944)
Messe en Ré majeur (1891), II. Gloria
Choeur et Orchestre symphonique de la BBC, direction Sakari Oramo
CHANDOS

Ethel Smyth (1858-1944)
Les Naufrageurs (The Wreckers) (1902-1904), Acte II. Sc 3. Duo Thirza et Mark "Mark not tonight"
Justin Lavender, ténor, Anne-Marie Owens, mezzo-soprano, BBC Philharmonic, direction Odaline de la Martinez
CONIFER

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster. 1ère Partie. VI. Les Voix répondent
Experiential Chorus and Orchestra, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster. 2ème Partie. Les Voix chantent (en mode grec)
Experiential Chorus and Orchestra, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster. 2ème Partie. Death calls him
Experiential Chorus and Orchestra, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

Ethel Smyth (1858-1944)
The Prison (1929-1930), Texte d'Ethel Smyth d'après Henry Brewster. 2ème Partie. "His farewell ; his triumph ; his peace."
Experiential Chorus and Orchestra, direction James Blachy
CHANDOS CHSA 5279

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