Musicopolis
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Lundi 27 mai 2019
25 min

1946, Henriette Roget : Création de son « Concerto Sicilien »

Aujourd’hui dans Musicopolis, nous vous emmenons à Paris le 27 janvier 1946 pour l'audition du « Concerto Sicilien » d’Henriette Roget.

1946, Henriette Roget : Création de son « Concerto Sicilien »
1946, Henriette Roget : Création de son « Concerto Sicilien » / Musicopolis, © Getty / Matthew Fidelibus

Bonus Web

Musicopolis vous offre en exclusivité web, l'écoute intégrale duConcerto siciliend'Henriette Roget : Orchestre National de la RTF, direction Pierre Dervaux (enregistrement du 16 janvier 1956)

À ÉCOUTER

Henriette Roget, Concerto sicilien / Archive INA 1956

« Ce Concerto a été composé à Paris au moment de la conquête de la Sicile par le général Montgomery. Il n'est pas un tableau descriptif de gigantesques batailles modernes ; il n'imite pas la canonnade ni le vrombissement des avions, ni même la houle de la Méditerranée portant les vaisseaux des vainqueurs, mais il est l'expression de la joie et de l'espoir qui ont rempli le cœur d'une jeune Française lorsque les armées alliées ont fait le premier pas vers l'encerclement de l'Allemagne. Le premier mouvement comprend deux thèmes dont le premier est de style pompeux : c'est le Duce et ses grandiloquents discours sur l'invincibilité de l'Empire italien. Quant au second, il évoque la marche lointaine des hommes d'Afrique qui se préparent à répondre aux proclamations des maîtres de l'Axe. » Henriette Roget

En 1943, lors du débarquement allié en Sicile, Henriette Roget est à Paris. Au début de la guerre, elle avait suivi les services de la Radiodiffusion Nationale à Marseille, mais avec l'occupation de la zone Sud, tout le monde a été rapatrié dans la capitale. C'est donc à Paris qu'elle compose son Concerto sicilien, déclaré en septembre 43 à la Sacem. L'oeuvre est jouée en décembre, sous le titre "Concerto" : la Propaganda Staffel a interdit le mot "sicilien".

Si Henriette Roget a les honneurs de la programmation des Concerts Colonne en cet après-midi de janvier de l'immédiat après-guerre, c'est parce qu'elle est déjà connue comme compositrice. En fait, voici une quinzaine d'années qu'on a pu lire son nom dans les journaux. Dès 1931, elle a alors 21 ans, elle participe au concours du Prix de Rome, et elle obtient un Deuxième Second Grand Prix. Le journaliste du Ménestrel  écrit "Sa cantate est l'oeuvre d’une musicienne accomplie, qui n’ignore rien de son art, dont l’écriture est sûre, souple et distinguée, qui se montre experte dans le développement d’un thème et la construction d’un ensemble, aux entrées classiques, mais dont le sens dramatique se résume en une déclamation plus juste que vraiment émue." Deux ans plus tard, elle obtient le Premier Second Grand Prix. Le même journaliste écrit (toujours dans le Ménestrel) : "Sa cantate est, de toutes, la plus riche de musique, mais de musique un peu indépendante du sujet. Elle témoigne d’une sûreté, d’une distinction et d’une élégance d’écriture (assez complexe), d’une solidité de construction qui sont le signe d’un métier remarquable."

Le deuxième mouvement du Concerto sicilien d'Henriette Roget, nous dit la compositrice "est un scherzo très simple : c'est l'effarement ingénu des paysans siciliens en face de l'invasion de ces innombrables soldats surgis de l'air et de la mer… mais un  autre thème, dans le style d'une mélopée populaire de caractère souriant rappelle que cette terre est mieux faite pour la culture de l'oranger que pour l'édification d'un blockhaus en béton".

"Le troisième mouvement nous ramène à un ton grave. On ne peut oublier ceux qui payent de leur vie la victoire. Minute de recueillement et de prière."

Après le mouvement lent de son Concerto sicilien Henriette Roget annonce le finale : Toccata vivace et con moltissima velocita (avec la plus grande vélocité) "Ce n'est pas la retraite, mais la fuite éperdue : le détroit de Messine et, pour demain, le continent européen avec des bouffées de joie et des éclats de trompette qui disent la tranquille assurance des armées de la victoire".

Programmation musicale

Henriette Roget (1910-1992)
Concerto sicilien I. Grave
Orchestre National de la RTF, direction Pierre Dervaux (enregistrement du 16 janvier 1956)
Archive INA

Olivier Messiaen (1908-1992)
Préludes (1928-30) I. La Colombe
Yvonne Loriod, piano
Decca 4817083

Emmanuel Chabrier (1841-1893)
Les cigales (1889)
Jean-Christophe Benoit, baryton, Henriette Puig-Roget, piano
EMI 5651552

Henriette Roget (1910-1992)
Trois ballades françaises sur des poèmes de Paul Fort (1936 ?) II. La Chanson fatale
Edwin Fardini, baryton-basse, Adriano Spampanato, piano

Henriette Roget (1910-1992)
Concerto sicilien (1944) II. Scherzo
Orchestre National de la RTF, direction Pierre Dervaux (enregistrement du 16 janvier 1956)

Archive parlée

Entretien d'Henriette Puig-Roget avec Anne Grapotte et Gérard Streletsky en 1992 (à l'occasion de masterclasses au Conservatoire de Paris)

Entretien d'Henriette Puig-Roget ("A l'air libre", 21 mai 1992 / Archive INA)

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