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Mardi 30 avril 2019
25 min

1937, Béla Bartók : Création de sa ''Musique pour cordes, percussion et célesta''

Musicopolis vous invite aujourd’hui à suivre Belà Bartók à Bâle en janvier 1937, date de la création de sa ''Musique pour cordes, percussion et célesta''. Commandée par le chef d’orchestre Paul Sacher pour les 10 ans de son orchestre de chambre, le compositeur l'écrivit en à peine trois mois !

1937, Béla Bartók : Création de sa ''Musique pour cordes, percussion et célesta''
''Une Fenêtre'', Robert Delaunay 1912 / 1937, Béla Bartók : Création de sa ''Musique pour cordes, percussion et célesta'', © Getty / DEA / G. DAGLI ORTI

''Il semble incroyable d'admettre que le petit homme malingre aux cheveux d'argent qui, en s'inclinant de façon presque timide, remerciait le public, l'orchestre et le chef pour leur enthousiasme partagé, puisse avoir à ce point le diable au corps''
Journal National de Bâle, 22 janvier 1937

Le 23 juin 1936, lorsque Paul Sacher écrit à à Bartók pour lui passer commande d'une oeuvre pour son Orchestre de Chambre de Bâle, il lui donne un certain nombre de précisions quant à ce qu'il devra livrer : "Chacun des morceaux devra durer environ 15 minutes. L'effectif envisagé trouve sa justification dans l'effectif de notre orchestre, qui consiste en un ensemble de 30 cordes environ. Nous devons louer les vents à l'orchestre municipal, ce qui se heurte souvent à des difficultés techniques, sans compter les conséquences financières. Il y a la possibilité d'ajouter un piano ou un clavecin (en quelque sorte comme continuo) ou n'importe quel instrument de percussion."

Je pense à une pièce pour cordes et instruments percussifs, je suppose que leur emploi ne se heurtera à aucune difficulté

Paul Sacher et Béla Bartók le 7 janvier 1936 / Bibliothèque Nationale d’Autriche DP
Paul Sacher et Béla Bartók le 7 janvier 1936 / Bibliothèque Nationale d’Autriche DP

Bartók répond presque instantanément, postant son accord de principe le 27 juin. "Je pense à une pièce pour cordes et instruments percussifs (c'est-à-dire, hormis les cordes : piano, célesta, harpe, xylophone et percussions) ; je suppose que leur emploi ne se heurtera à aucune difficulté. Du coup, il devient toutefois plus délicat d'exaucer votre souhait que l'oeuvre ne soit pas trop ardue. Pour ce qui est des difficultés techniques, selon toute probabilité on pourra les surmonter ; mais il est plus compliqué d'éviter les difficultés rythmiques. Lorsqu'on écrit quelque chose de nouveau, le fait même de ce caractère inhabituel est source de difficultés pour les interprètes. En tous cas, je m'efforcerai d'écrire le plus simplement possible. Je n'écris jamais délibérément dans le but d'accumuler un maximum de difficultés d'exécution."

''Cette mémorable soirée devait prendre un relief exceptionnel grâce à la première audition de la dernière œuvre de Béla Bartók''

Le concert de la création, à Bâle le 21 janvier 1937, a un énorme retentissement. Dès le lendemain le Journal National de Bâle lui consacre un article :
"Cette mémorable soirée devait prendre un relief exceptionnel grâce à la première audition de la dernière œuvre de Béla Bartók, à qui la musique contemporaine doit peut-être, en même temps qu'à Schoenberg et Stravinsky, ses idées les plus novatrices ; on a pu se rendre compte que le compositeur était au zénith de sa carrière…/...Après le dernier mouvement,un allegro à l'élan irrésistible et qui surprend par son éclat à la fois harmonique et diatonique, éclatèrent des applaudissements comme n'en recueillent d'ordinaire que les interprètes qui ont la faveur du public ; il était saisissant de les entendre s'adresser à un compositeur, et encore à un compositeur vivant qui passe pour un novateur discutable. Il semble incroyable d'admettre que le petit homme malingre aux cheveux d'argent qui, en s'inclinant de façon presque timide, remerciait le public, l'orchestre et le chef pour leur enthousiasme partagé, puisse avoir à ce point le diable au corps. C'est ainsi que se produisit quelque chose à quoi l'on assiste rarement, dans notre vie musicale si conventionnelle : le public finit par obtenir que le dernier mouvement fût répété."

Programmation musicale

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) IV. Finale. Allegro molto
Orchestre Philharmonique de Radio France, direction Bruno Maderna  
(enregistré au festival de Royan le 9 avril 1971)
Arkadia CDMAD 021.1   

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) IV. Finale. Allegro molto
Orchestre Philharmonique de Leningrad, direction Evgeny Mravinsky
(enregistré à Prague en 1967)
Praga PR 256016   

Béla Bartók (1881-1945)
Quatuor n°5 (1934) IV. Finale. Allegro vivace
Quatuor Guarneri
Newton 880211   

Béla Bartók (1881-1945)
Suite de danses (1923) II. Allegro vivace  
Philharmonia Hungarica, direction Antal Dorati
Decca 4757615   

Béla Bartók (1881-1945)
Allegro barbaro (1911)
Béla Bartók, piano  
MCPS 232598   

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) I. Andante tranquillo
Orchestre Symphonique du SWF de Baden-Baden, direction Paul Sacher
MGB CD 6240   

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) II. Allegro
Orchestre Philharmonique de Leningrad, direction Evgeny Mravinsky (enregistré à Prague en 1967)
Praga PR 256016   

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) III. Adagio
Orchestre Philharmonique National de Hongrie, direction Zoltan Kocsis
Hungaroton HSACD 32510   

Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta (1936) IV. Finale. Allegro molto
Orchestre Philharmonique National de Hongrie, direction Zoltan Kocsis
Hungaroton HSACD 32510
 

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