Musicopolis
Magazine
Jeudi 14 février 2019
25 min

1843-1850, Franz Liszt compose Liebestraum

Pour fêter la Saint Valentin, Anne-Charlotte Rémond vous invite à suivre Franz Liszt et la dame de ses pensées, Marie d'Agoult, dans les années 1840. A cette époque, il compose un lied "O Lieb, so lang du lieben kannst", qui deviendra le nocturne "Liebestraum":"Rêve d’amour".

1843-1850, Franz Liszt compose Liebestraum
« Cupidon éveille Psyché de la pointe de sa flèche » par Christian Gottlieb Kratzenstein Stub (1815) / 1843-1850, Franz Liszt compose Liebestraum / Musicopolis , © Getty / Hulton Fine Art Collection

Liebestraum est sans doute l’œuvre de Franz Liszt la plus célèbre. Elle est inspirée d'un Lied sur un poème de Ferdinand Freiligrath, "O Lieb, so lang du lieben kannst","O aime, tant que tu peux aimer". Comme il le fait très souvent, Liszt va revenir sur la partition, et la transformer en une pièce pour piano, un Nocturne qu'il va intituler Liebestraum : Rêve d'amour,  une œuvre qui chante l'amour mais qui dépasse tout ce qu'il aurait pu dire avec des mots. On peut supposer que Liszt fait ici référence à sa situation amoureuse difficile avec Marie d'Agoult, qu'il a rencontrée en 1832 .
En octobre 1839, Marie d’Agoult et le compositeur sont contraints de vivre leur amour à distance. Marie s’installe en France,  tandis que Franz se dirige vers Vienne, d'où il va commencer une carrière de virtuose qui se terminera en 1847. 

le seul foyer de chaleur et de vie, c'est votre souvenir, chère Marie

Séparés par les kilomètres, leur difficulté d'entente devient de plus en plus insurmontable. Et les succès de Liszt suscitent beaucoup de ragots, dès qu'on le voit en compagnie d'une femme ou d'une autre, sans qu'il soit possible d'affirmer qu'il ait eu plus avec elles que des relations amicales. Mais Marie en souffre, et lui reproche. En décembre 1842, alors qu'il est au Pays-Bas, Franz écrit à Marie :
"La journée est sombre et froide. Le seul rayon qui me vient, le seul foyer de chaleur et de vie, c'est votre souvenir, chère Marie. — Je songe à nos réveils de Côme, de Florence (vous aviez des fleurs, vous les rendiez belles). C'est le mois où nos deux filles sont nées. Il me semble que j'ai oublié de vivre. Mes rêves deviennent confus et les années me creusent un abîme de misère. Il ne nous faudrait que peu de choses pourtant — si vous le vouliez. Je n'ai pu me rattacher à rien ; je quitterai toutes ces besognes si factices, si inutiles, comme on quitte un manteau usé, le jour que je croirai que vous serez encore heureuse de vivre avec moi. Mais, que ce soit travers d'esprit, dureté de cœur, ou aveuglement d'esprit et de cœur à la fois, je n'ai point cru que je suffisais à votre vie, et dans l'alternative j'ai préféré cette vie de vagabondage à une stagnation maladive qui m'aurait tué sans vous faire vivre."

Programmation musicale 

Franz Liszt (1811-1886)
Liebestraum n°3 (1843-1850)  
Sviatoslav Richter, piano (enr à Budapest le 11 février 1958)
BMC CD 171   

Franz Liszt (1811-1886)
O lieb so lang du lieben kannst (texte de Ferdinand Freiligrath)
Margaret Price, soprano, Wolfgang Sawallisch, piano
EMI   

Franz Liszt (1811-1886)
Grand Galop chromatique (1838)
Georges Cziffra, piano  
EMI 213255 2   

Franz Liszt (1811-1886)
Vallée d'Obermann (1838-1848)
Mathieu Papadiamandis, piano
EMI 5742332   

Franz Liszt (1811-1886)
Sonnet 104 de Pétrarque (1838-61)
Nelson Freire, piano
Decca 478 2728   

Franz Liszt (1811-1886)
Die tote Nachtigall (1843)
Sasha Cooke, mezzo-soprano, Julius Drake, piano
Hypérion CDA68117   

Franz Liszt (1811-1886)
Liebestraum n°3 (1843-1850)  
György Cziffra, piano
EMI CDZ 7673702 

L'équipe de l'émission :