Musicopolis
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Lundi 24 juin 2019
25 min

1841, Hector Berlioz publie ses ''Nuits d'été''

Dans quelles circonstances Hector Berlioz a t-il composé ses célèbres ''Nuits d'été'', sur les vers de Théophile Gautier ? C'est l'enquête que mène aujourd'hui Anne-Charlotte Rémond dans Musicopolis !

1841, Hector Berlioz publie ses ''Nuits d'été''
1841, Hector Berlioz publie ses ''Nuits d'été'' / Musicopolis, © Getty

''Berlioz ne travaille pas d'après un système ; ce n'est ni un démolisseur, ni un esclave aveugle des vieilles théories ; ce qui préside à ses œuvres, c'est l'inspiration : il s'écoute penser, et il peint ce qu'il sent." 

Le 4 juillet 1841, paraît un article dans la Revue et Gazette musicale de Paris dans la rubrique Revue critique. Signé du compositeur allemand Stephen Heller, il est titré tout simplement "Les Nuits d'été, Six mélodies pour mezzo-soprano ou ténor, avec accompagnement de piano, par Hector Berlioz". Heller y affirme que dans ces "nouvelles mélodies", "offrande modeste mais pure", "on retrouve sous une forme pleine d'originalité et de grâce toutes les riches qualités de ses grandes œuvres instrumentales.  Berlioz se révèle à chaque page, chaque mesure porte son cachet, et reflète pour ainsi dire quelque chose de sa physionomie."

L'article de Stephen Heller commence par une remise en place de quelques idées : si certains musiciens pensent que "Berlioz fait de la musique avec la préméditation de dénaturer les éléments primitifs qui la constituent", et bien ils se trompent. Berlioz selon lui, "ne travaille pas d'après un système ; ce n'est ni un démolisseur, ni un esclave aveugle des vieilles théories ; ce qui préside à ses œuvres, c'est l'inspiration : il s'écoute penser, et il peint ce qu'il sent."

"Mais je renvoie le lecteur à l'œuvre même, conclut Stephen Heller, car mes oreilles bourdonnent encore de ces sons ou joyeux ou plaintifs, et je ne puis me décider à analyser par de froides paroles ce que la musique seule peut faire apprécier."

Grâce à la date de l'article de la Revue et Gazette musicale, 4 juillet 1841, nous apprenons l'époque de publication des Nuits d'été de Berlioz : été 1841. C'est à peu près tout ce que l'on a comme éléments pour situer ces mélodies dans le catalogue de Berlioz. Lui-même n'a rien écrit à leur propos, ni dans sa correspondance, ni dans ses articles de critique musicale, ni dans ses Mémoires.

Berlioz ne sait pas encore qu'il a signé là "l'invention de la mélodie française"

En 1829, Berlioz réunit 9 poèmes de Thomas Moore qu'il a mis en musique, et les publie en un recueil qu'il intitule d'abord, traduisant le titre anglais de Irish Melodies en Mélodies irlandaises. C'est à partir de ce moment qu'on parle de "mélodie" pour désigner, comme le définit le Larousse "un poème chanté avec accompagnement, dans la musique française". Berlioz ne sait pas encore qu'il a signé là "l'invention de la mélodie française" et il continue à appeler "romance" ou à ne pas appeler du tout, plusieurs pièces que nous nommons aujourd'hui "mélodie". Jusqu'au jour où il découvre le recueil de Théophile Gautier La Comédie de la Mort, publié en 1838.

Berlioz choisit d'abord 4 poèmes qui l'inspirent particulièrement, deux assez souriants Villanelle  et Barcarolle dont il va changer le nom en L'île inconnue. Ce seront les deux mélodies extrêmes. Au centre, il place Le Spectre de la rose et avant Absence.

Programmation musicale 

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) I. Villanelle
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) II. Le Spectre de la rose
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie funèbre et triomphale op 15 (1840) I. Marche funèbre
Orchestre Symphonique de Londres, direction Sir Colin David
Philips 416283-2   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nocturne à 2 voix (1818?-30)
Françoise Pollet, soprano, Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano, Göran Söllscher, guitare
DGG 435860-2   

Hector Berlioz (1803-1869)
Le maure jaloux (1819?-22) (poème de Florian)
John Aler, ténor, Cord Garben, piano
DGG 435860-2   

Hector Berlioz (1803-1869)
Irlande op 2 (1829 - poèmes de Thomas Moore) N°4 La belle voyageuse
Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano, Cord Garben, piano
DGG 435860-2   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) II. Le Spectre de la rose
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) IV. Absence
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) V. Au cimetière
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) III. Sur les lagunes
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) VI. L'île inconnue
Marie-Nicole Lemieux, contralto, Daniel Blumenthal, piano
Cypres CYP8605   

Hector Berlioz (1803-1869)
Nuits d'été (1840-41) VI. L'île inconnue (orchestrée en 1856)
Véronique Gens, soprano, Orchestre de l'Opéra National de Lyon, direction Louise Langrée
Virgin 5454222
 

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