Musicopolis
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Mercredi 29 janvier 2020
24 min

1812, Vienne : La Symphonie n°7 de Beethoven

Quelques jours après la création, le journal Wiener Allgemeine Zeitung se félicite de ce concert qui a permis d'entendre deux nouvelles œuvres de Beethoven. Le chroniqueur vante le classicisme de la Symphonie n°7 de celui qui est le "plus grand compositeur de musique instrumentale de notre temps".

1812, Vienne : La Symphonie n°7 de Beethoven
Bal masqué à la Grosser Redoutensaal de Vienne , © Imagno/Getty Images

Un succès unanime

La salle de l'Université est pleine. Pleine d'une foule d'amateurs dans la salle, et pleine des musiciens les plus célèbres de Vienne sur la scène. Tous réunis pour un concert de charité en soutien des soldats blessés à la Bataille de Hanau fin octobre. Nous sommes en pleine guerre. La Sixième Coalition, contre la France et ses alliés. L'Empire d'Autriche s'est rallié à la Russie et à la Prusse depuis le mois d'août, et lutte contre les forces napoléoniennes avec ses différentes armées. Le sentiment patriotique est à son plus haut, et lorsqu'on annonce une oeuvre qui célèbre la victoire de Wellington à la bataille de Victoria, les esprits s'échauffent. Mais ce n'est pas cette oeuvre-là qui retient notre attention aujourd'hui, c'est une autre, donnée en création également le 8 décembre 1812.

Le public est ravi, la recette est excellente, tout le monde est content, un mouvement a même été bissé. C'est le célèbre Ludwig van Beethoven en personne qui dirigeait ses deux nouvelles oeuvres, la Victoire de Wellington, et la 7ème symphonie. Devant le succès du concert, on décide illico d'en organiser un autre quatre jours plus tard le 12 décembre. C'est le même enthousiasme qui accueille les œuvres du maestro. Le journal Wiener Allgemeine Zeitung se félicite de ce concert qui a permis d'entendre deux nouvelles œuvres de Beethoven, et le chroniqueur vante le classicisme de la symphonie de celui qui est le "plus grand compositeur de musique instrumentale de notre temps".

Éloge du rythme et "apothéose de la danse" (Wagner)

Beethoven a tout lieu d'être satisfait lui aussi par l'exécution de ses œuvres, et en particulier de sa Septième symphonie. Même si lui-même est de plus en plus sourd, il éprouve de la satisfaction à savoir que ses œuvres sont entendues et appréciées. Il a celle-ci dans ses cartons depuis un an et demi, et n'avait pas encore réussi à la faire jouer. Elle lui rappelle certainement de bons souvenirs, puisqu'il a commencé à travailler dessus au retour d'un voyage d'été à Teplitz, petite ville thermale qui se trouve aujourd'hui en République Tchèque. 

C'est le nouveau médecin de Beethoven, le Dr Malfati, qui lui a suggéré d'aller prendre les eaux à Teplitz. L'endroit est réputé pour ses sources chaudes. C'est aussi une destination mondaine, et une très jolie ville qui a reçu à la fin du 18ème siècle le surnom de "Petit Paris" et qui sera aussi pendant les derniers épisodes des guerres napoléoniennes un lieu assez neutre où se retrouveront volontiers les diplomates pour se parler à l'aise. Le séjour fait beaucoup de bien au musicien. Il reviendra encore à Teplitz l'année suivante. Et en tous cas, c'est immédiatement en rentrant à Vienne à l'automne de 1811. Il semble, d'après ses carnets d'esquisse qu'il ait commencé par s'intéresser au rythme.

C'est ce mouvement, le deuxième de la symphonie, nommé "Allegretto" par Beethoven, c'est-à-dire à peine moins vite qu'Allegro, qui a eu le plus de succès dès la création. Il a d'ailleurs été bissé immédiatement. Ce mouvement est souvent considéré comme un mouvement lent, alors qu'il est noté "allegretto". S'il est joué au bon tempo, il est vrai qu'il n'a plus ce caractère de marche funèbre qu'on lui donne souvent. Les esquisses de ce thème avec son rythme obsédant, un thème court et répété inlassablement, toujours plus aigu et toujours plus fort, datent de 1806, donc 5 ans avant que Beethoven ne commence véritablement sa symphonie. On les trouve dans ses carnets, avec les ébauches du IIIe mouvement, au milieu de ses travaux sur le Quatuor n°9 et sur la Symphonie Pastorale.

Programmation musicale

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Symphonie n°7 en la majeur op 92 (1811-1812) IV. Allegro con brio Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction John Eliot Gardiner
SDG717

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Symphonie n°7 en la majeur op 92 (1811-1812) I. Poco sostenuto. Vivace Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction John Eliot Gardiner
SDG717

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Symphonie n°7 en la majeur op 92 (1811-1812) II. Allegretto Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction John Eliot Gardiner
Archiv Produktion AP 439900-2

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Symphonie n°7 en la majeur op 92 (1811-1812) III. Presto Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction John Eliot Gardiner
SDG717

Ludwig van Beethoven (1770-1827)Symphonie n°7 en la majeur op 92 (1811-1812) IV. Allegro con brio Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction John Eliot Gardiner
SDG717

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