Musicopolis
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Jeudi 28 février 2019
25 min

1740-1773, Johann Joachim Quantz compose son Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196

Musicopolis s'arrête aujourd'hui à Berlin, entre 1740 et 1773, où Johann Joachim Quantz a composé l'un de ses 16 concertos pour flûte en sol mineur, parmi les 300 concertos qu'il a consacré à son instrument de prédilection...

1740-1773, Johann Joachim Quantz compose son Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196
Statue de Johann Joachim Quantz à Scheden © jjquantz.org / 1740-1773, Johann Joachim Quantz compose son Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196 / Musicopolis

"Pour exceller dans la Musique, il faut avoir une envie, un amour et un désir infatigable"

A partir de 1740, le destin de Johann Joachim Quantz va être indissociablement lié à celui du roi Frédéric II de Prusse, dont il est le professeur de flûte. Si le monarque est un vrai roi, dans le sens de despote, même éclairé, et qu'il se comporte comme tel avec ses sujets en général, avec Quantz, il est dans un rapport d'élève à maître. Quantz est d'ailleurs le seul à avoir l'autorisation d'évoquer le jeu royal, et de faire un compliment ou éventuellement une critique. Mais en contrepartie, il doit l'exclusivité à Frédéric : il ne peut pas faire publier ses œuvres, ni même en faire des copies. Les seules copies autorisées sont destinées aux trois châteaux du roi : Sans-souci, Le Nouveau Palais, Charlottenbourg.

A partir du moment où Quantz appartient corps et âme à Frédéric II de Prusse, il va pratiquement se consacrer à la flûte. Il compose plus de 300 concertos (pour 1 flûte ou 2 flûtes), plus de 235 sonates (pour flûte), une cinquantaine de sonates en trio (pour 2 flûtes) et quelques autres pièces, la plupart avec au moins une flûte ! L'élève royal travaille sous la férule de son maître Quantz, qui parfois joue avec lui. Le roi se produit tous les soirs en concert, mais sans public ! En présence des seuls  musiciens : Les frères Benda, les frères Graun, Emmanuel Bach et les autres. Les concerts durent de 7h à 9h du soir. Dans sa jeunesse, le roi joue 6 concertos et une sonate. Il diminuera progressivement le nombre de concertos, mais on comprend tout de même pourquoi il avait besoin d'en avoir sans cesse de nouveaux. Raison pour laquelle Quantz en a autant composé. Et d'autant plus qu'il recevait une petite gratification supplémentaire pour chacun…

« Le concert de flûte de Frédéric le Grand à Sans-Souci », par Adolph von Menzel (cc) / A droite Johann Joachim Quantz en costume sombre debout avec un violon / Musicopolis
« Le concert de flûte de Frédéric le Grand à Sans-Souci », par Adolph von Menzel (cc) / A droite Johann Joachim Quantz en costume sombre debout avec un violon / Musicopolis

Pendant les concerts du roi, à moins que Quantz ne joue en duo avec son élève, son rôle se borne à donner la mesure au début de chaque mouvement, et parfois crier un "bravo" à la fin des solos. C'est du moins ce que raconte l'historien anglais Charles Burney, qui a pu "assister" à une soirée. Enfin assister, c'est un bien grand mot, puisqu'il entendait la musique de derrière une porte fermée ! 

Parmi les devoirs qui lui incombent, outre les concerts, Quantz doit bien sûr composer pour le roi, et dernière tâche, il lui construit des flûtes. Notre musicien s'est mis à la confection des instruments déjà avant de s'installer à Berlin, dans le but d'en améliorer la justesse et le son. 

Dans son "Essai d'une méthode pour apprendre à jouer de la flûte traversière" (1725), Quantz livre des conseils pour qui veut se lancer dans la profession :

"Celui qui veut être Compositeur, écrit-il, doit avoir un génie vif et plein de feu, une âme susceptible de tendres sentiments ; un heureux mélange de ce que les Savans appellent Temperamens, dans lequel il ne se trouve pas trop de mélancolie ; beaucoup d'imagination, d'invention, de jugement et de discernement ; une bonne mémoire ; une oreille délicate et fine ; une vue bonne et pénétrante et beaucoup de docilité.""Pour exceller dans la Musique, poursuit-il, il faut avoir une envie, un amour et un désir infatigable, n'épargner aucune peine et aucun travail, et avoir assez de courage pour supporter toutes les incommodités qui se rencontrent dans ce genre de vie."

Programmation musicale 

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196 (s.d.) I. Allegro di molto ma con brio
Frank Theuns, flûte traversière Andreas Glatt, d'après Quantz (Berlin v. 1750), Les Buffardins
Accent ACC 24258   

Heinrich Ignaz Franz von Biber (1644-1704)
Passacaille en sol mineur (? 1674)
Reinhard Goebel, violon  
Archiv Produktion 431656-2   

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto en sol mineur RV 325 III. Presto
Giuliano Carmignola, violon, Orchestre baroque de Venise, direction Andrea Marcon
Archiv Produktion 00289 477 6005   

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Sonate en sol majeur QV 1 : 109 I. Presto ma fiero
Verena Fischer, flûte traversière, Klaus Dieter Brandt, violoncelle, Leon Berben, clavecin
Naxos 8.557805   

Frédéric II Le Grand, roi de Prusse
Sonate pour flûte traversière et basse continue en mi mineur I. Grave
Barthold Kuijken, flûte, Bob van Asperen, clavecin
Sony SK 66267   

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Concerto pour 2 flûtes traversières en sol mineur QV 6:8a III. Presto
Claire Guimond, Alexa Raine-Wright, flûtes traversières, Orchestre baroque Arion, direction Alexander Weimann
Early Music EMCCD7777   

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196 (s.d.) II. Larghetto
Frank Theuns, flûte traversière Andreas Glatt, d'après Quantz (Berlin v. 1750), Les Buffardins
Accent ACC 24258   

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196 (s.d.) III. Presto
Frank Theuns, flûte traversière Andreas Glatt, d'après Quantz (Berlin v. 1750), Les Buffardins
Accent ACC 24258 

Johann Joachim Quantz (1697-1773)
Concerto pour flûte en sol mineur QV 5:196 (s.d.) III. Presto
Frank Theuns, flûte traversière Andreas Glatt, d'après Quantz (Berlin v. 1750), Les Buffardins
Accent ACC 24258
 

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