Musicopolis
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Vendredi 31 mai 2019
24 min

1707-1708, Jean Sébastien Bach : Création de sa Cantate Actus tragicus

Musicopolis vous emmène aujourd’hui à Mühlhausen vers 1707-1708, pour la création de la Cantate Actus tragicus de Jean Sébastien Bach.

1707-1708, Jean Sébastien Bach : Création de sa Cantate Actus tragicus
Eglise de Mühlhausen au 18e siècle, © Getty / Heritage Images

C'est probablement pendant son séjour à Mühlhausen, entre septembre 1707 et juillet 1708, que Bach a composé la cantate que nous connaissons aujourd'hui sous le titre de Actus tragicus. 

On ne sait pas grand chose de la composition de cette cantate ! Ni quand elle a été écrite, ni même si elle a été jouée. En fait, nous ne la connaissons que par une copie réalisée après la mort de Bach, et sur laquelle on lit ce sous-titre de Actus tragicus qui semble indiquer une destination funèbre. La cantate aurait donc été écrite pour des funérailles, ou pour une messe de souvenir.

Parmi les personnes en mémoire de qui cette musique funèbre aurait pu être commandée, se trouvent un oncle maternel de Bach, mort en août 1707, et l'épouse d'un conseiller municipal, dont les funérailles ont eu lieu le 3 juin 1708. 

Les instruments employés ici, deux violes de gambe et deux flûtes à bec, avec l'orgue, donnent une atmosphère très douce et paisible à la musique, et le texte chanté correspond bien à une situation funèbre. C'est un arrangement de textes et de vers pris dans divers livres de la Bible, Ancien et Nouveau Testament. Et relié par quelques mots de liaison d'un auteur anonyme. Ici la mort n'est pas considérée comme une punition, puisque Dieu a décidé de son moment : "Le temps de Dieu est le meilleur temps. En Lui nous vivons, nous agissons et nous sommes, aussi longtemps qu’Il le veut"

Le jeune homme de 22 ou 23 ans qui compose cette musique funèbre a déjà toute la profondeur de sentiments nécessaires pour mettre en musique les mots de désespoir et de consolation. Il a déjà une longue expérience de la mort. Ces temps sont durs, et on meurt jeune ! Jean Sébastien a perdu sa mère à 9 ans, son père à 10 ans. Elevé alors par son frère aîné, à 15 ans il s'est retrouvé dans la situation de devoir prendre soin de lui-même. Boursier pour achever ses études, il a eu son premier poste d'organiste à 18 ans, à Arnstadt. Et pourtant, ce n'est pas un jeune homme triste et compassé, non, il est dynamique, il n'hésite pas à faire des kilomètres et des kilomètres à pied pour aller écouter un maître dont il veut connaître la musique, il n'hésite pas à tirer l'épée si on l'insulte, ni à faire venir une jeune fille à la tribune de l'orgue…

Lorsque Bach est engagé à Mühlhausen, son contrat stipule un certain nombre de points qu'il devra respecter. "Nous l'avons accepté, écrit le conseil municipal, à la condition qu'il se montre dévot et bien disposé à l'égard des magistrats locaux, ne cause aucun préjudice à notre ville, mais au contraire veille pour le mieux à ses intérêts, que dans l'accomplissement du service qui lui est confié, il se montre empressé et disponible en toutes circonstances, que son service soit consciencieux et orthodoxe, particulièrement le dimanche et les autres jours de fête, qu'il veille à maintenir au moins en bon état l'orgue qui lui est confié, qu'il signale au fur et à mesure les défauts qu'il peut être amené à y déceler, qu'il s'occupe des réparations et soigne diligemment la Musica, qu'il se montre zélé à pratiquer de bonnes et décentes mœurs comme à éviter les personnes malhonnêtes et les compagnies douteuses." On voit que les qualités musicales de Bach importaient presque moins à la municipalité que la haute moralité qu'il devait montrer en toutes circonstances !

La musique que fait Bach à Mühlhausen est trop riche et trop savante pour ses paroissiens. Et après moins d'un an passé là, il va quitter la ville, avec sa jeune épouse Maria Barbara, qui attend leur premier enfant. Nul doute que le jeune homme de 23 ans, en pleine possession de ses moyens, plein d'ambition musicale, a la joie et l'espoir au cœur pour cette nouvelle étape de sa vie…

Programmation musicale

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) I. Sonatina
Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) IIa. Choeur "Gottes
Katharine Fuge, soprano, Carlos Mena, contreténor, Jan Kobow, ténor, Stephan MacLeod, basse, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) IIb. Arioso "Ach Herr, lehre uns bedenken"
Jan Kobow, ténor, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) IIc. Air de basse "Bestelle dein Haus"
Stephan MacLeod, basse,, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) IId. Choeur et arioso "Es ist der alte Bund"
Katharine Fuge, soprano, Carlos Mena, contreténor, Jan Kobow, ténor, Stephan MacLeod, basse, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare

Dietrich Buxtehude (1637-1707)
Cantate "Herzlich lieb hab ich dich, o Herr" (BuxWV 41) "Ô Seigneur, je t'aime de tout mon cœur"
Vox Luminis, direction Lionel Meunier, Ensemble Masques, direction Olivier Fortin
ALPHA 287

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) III. Duetto "In deine Hände"
Carlos Mena, contreténor, Stephan MacLeod, basse, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare 

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Cantate "Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit" BWV 106 "Actus tragicus" (1708) IV. Choeur "Glorie, Lob, Ehr und Herrlichkeit"
Katharine Fuge, soprano, Carlos Mena, contreténor, Jan Kobow, ténor, Stephan MacLeod, basse, Ricercar Consort, direction Philippe Pierlot
Mirare 

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