Musiciennes de légende
Programmation musicale
Dimanche 8 août 2021
1h 28mn

Poupées russes : lignées pianistiques

Nous évoquerons la personnalité fascinante de Maria Yudina, prophétesse de la musique contemporaine, qui inspirera Dimitri Chostakovitch et défiera Staline, l’occasion aussi de faire découvrir des pianistes exceptionnelles méconnues en France : Vera Lotar-Shevchenko ou Lubka Kolessa.

Poupées russes : lignées pianistiques
La pianiste Maria Yudina (1899-1970)

Telles des poupées russes, les grandes pianistes s’inscrivent dans des lignées, des successions que l’on pourrait appeler un matrimoine. Derrière chacune d’elles, se cache une autre femme et à leur tour, elles inspirent et forment les générations suivantes. Derrière Elisso Virssaladze, sa grand-mère Anastasia ou encore derrière Maria Yudina, Annette Essipova, elles-mêmes élèves du grand pédagogue du XIXe siècle, Teodor Leszetycki - une filiation qui nous amène jusqu’à Beethoven ! 

Maria Yudina (1899-1970) rentre à 13 ans au conservatoire de Saint Petersbourg. Rapidement elle étudie avec la grande professeur Anna Essipova. Camarades de classe d’un temps chez Essipova, Maria Yudina recroisera le chemin de Prokofiev lors de la création de son 2e concerto à Kiev en 1933. A la mort de sa professeur Anna Essipova en 1914, Yudina continue ses études à Saint Petersbourg. Après une interruption au moment de la révolution de 1917 où elle s’engage politiquement, elle revient au conservatoire en 1920 dans la classe de Leonid Nikolayev. Elle y fait forte impression aux côtés de son camarade Vladimir Sofronitzky - avec lequel elle partage le Prix Rubinstein. Dans la classe il y a cette fois un autre pianiste-compositeur Dimitri Schostakovitch. Yudina a déjà une manière d’appréhender la musique bien à elle. Elle pense au-delà du piano. Elle suit la classe de direction d‘orchestre de Nikolai Cherepnin, étudie l’orgue, les percussions, la théorie musicale. 

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Maria Yudina(1899 - 1970)
Maria Yudina(1899 - 1970)

Anna Yesipova avait été l'une des élèves les plus brillantes du grand pédagogue Teodor Leeeszetytscki. Une filiation qui remonte jusqu’à Beethoven puisque Leszetycki avait étudié avec Czerny, un disciple du compositeur ! Dès ses débuts dans sa ville natale à Saint-Pétersbourg en 1871, alors qu’elle a 20 ans, Anna Essipova reçoit les éloges de Tchaïkovski et Franz Liszt : on lui reconnait une virtuosité sans effort et un grand lyrisme. Anna Essipova et son professeur Lezetiscki se marièrent en 1880. Leszetycki formera par la suite de grands pianistes comme Paderewski, Arthur Schnabel, Benno Moisewitch… Le couple divorce en 1892. Dès 1893, Essipova s’installe à Saint-Pétersbourg où elle devient professeur au Conservatoire. Parmi ses étudiants figurent Isabelle Vengerova, future professeur de Leonard Bernstein Anastasia Virsaladze la grand-mère d’Elisso Virsaldze, ou encore un certain pianiste-compositeur Sergei Prokofiev. 

Anna Yesipova
Anna Yesipova

Née à Lviv en Ukraine en 1902, Lubka Kolessa grandit dans une famille d’intellectuels. En 1904, la famille déménage à Vienne, où Lubka suit les cours de Louis Thern et d’Emil von Sauer, des élèves de Franz Liszt. A 18 ans, elle obtient son diplôme à la Musikakademie viennoise et prend à nouveau des cours, cette fois-ci avec Eugen d’ Albert, brillant pédagogue, également un disciple de Franz Liszt qui formera Wilhelm Backhaus ou Edwin Fischer. Elle obtient le prix Bösendorfer et le prestigieux Staatspreis, la plus haute distinction autrichienne d’alors… La réputation de Lubka Kolessa grandit rapidement et en 1924, à 22 ans elle fait ses débuts avec le Philharmonique de Berlin. Elle sera bientôt accompagnée des meilleurs orchestres et chefs du moment (Wilhelm Furtwängler, Bruno Walter, Richard Strauss, Willem Mengelberg, Erich Kleiber ou Karl Böhm. En 1940, au sommet de sa carrière, elle déménage à Ottawa (Canada). Toujours très demandée, elle fait ses débuts à New-York en avril 1943 à Town Hall puis à Carnegie Hall avec le Philharmonique de New-York tout en enseignant dans de grandes universités canadiennes. 

Lubka Kolessa
Lubka Kolessa

La pianiste Vera Lotar-Shevchenko est née en 1901 à Turin. Ses parents étaient professeurs de lycée, puis conférenciers à la Sorbonne. À douze ans, Vera avait déjà rejoint l’orchestre d’Arturo Toscanini. Elle devient l’élève d’Alfred Cortot à Paris et partage l’affection de son professeur pour la musique de Chopin et Debussy. Diplômée de la classe de Cortot, elle entre à l’Académie de musique de Vienne et élargie son répertoire toujours croissant. À Paris, elle épouse un fonctionnaire de la mission commerciale soviétique et en 1938, le couple immigre en Union soviétique. Grâce à sa célèbre amie la pianiste soviétique Maria Veniaminovna Yudina, elle confirme son statut d’interprète et commence à travailler dans le Philarmonia d'Etat de Leningrad. Cependant, en raison des pouvoirs en place, son mari a été arrêté. Peu de temps après, elle est à son tour arrêtée pendant 13 ans dans un goulag. Innocente, elle passa son mandat à Sahalinlag et Severurallag. Pendant toutes ces longues années, un clavier découpé dans une planche de son lit avec un couteau de cuisine était son seul instrument de musique. Vera jouait de ce piano silencieux pendant ses rares moments libres. Après sa libération du camp, elle travaille comme pianiste de premier plan dans le théâtre musical Nizhnii. Plus tard, elle vécu à Barnaoul. Au milieu des années soixante-dix, à l’invitation du président de la branche sibérienne de l’Académie soviétique des sciences, elle s’installe à Novossibirsk et devient soliste de la société philharmonique d’État de Novossibirsk. 

Vera Lotar-Shevchenko
Vera Lotar-Shevchenko

Références bibliographiques : 

Programmation musicale

YouTube / Bach-Liszt Prélude BWV 543
La pianiste soviétique Maria Yudina dans le prélude pour orgue BWV 543 de Jean Sébastien Bach transcrit pour le piano par Franz Liszt

YouTube / Bellini Thalberg
La pianiste Anna Yessipova dans la très virtuose Fantaisie de Thalberg sur un thème de la Somnambule de Bellini

Serge Prokofiev
20 visions fugitives op 22 : pour piano : 3. allegretto
Maria Yudina (piano)
BRILLIANT CLASSICS

Serge Prokofiev
20 visions fugitives op 22 : pour piano : 10. ridicolosamente
Maria Yudina (piano)
BRILLIANT CLASSICS

Serge Prokofiev
20 visions fugitives op 22 : pour piano : 11. Con vivacita
Maria Yudina (piano)  
BRILLIANT CLASSICS

Serge Prokofiev
20 visions fugitives op 22 : pour piano : 12. Assai moderato
Maria Yudina (piano)   
BRILLIANT CLASSICS

Jean Sebastien Bach
Le clavier bien tempéré livre I BWV 846 à 869 - pour piano : 5. Prélude et fugue en Si bémol Maj BWV 866
Maria Yudina (piano)   
BRILLIANT CLASSICS

Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano n°23 en La Maj K 488 : 2. Adagio
Orchestre Symphonique de la Radio de Moscou - Alexandre Gaouk
Maria Yudina (piano)
HISTORICAL PIANO COLLECTION

André Jolivet
The fifth day of the fifth moon H 318 - pour piano
Maria Yudina (piano)
BRILLIANT CLASSICS

Igor Stravinsky
Circus polka - pour piano
Maria Yudina (piano)
BRILLIANT CLASSICS

Ludwig van Beethoven
Sonate n°32 en ut min op 111 : Arietta - pour piano
Maria Yudina (piano)
BRILLIANT CLASSICS

Johann Strauss Fils
Arabesques sur le Beau Danube bleu op 314 de Johann Strauss fils - pour piano
Lubka Kolessa (piano)
DOREMI

Ludwig van Beethoven
Concerto nº3 pour piano en ut min op 37 : Allegro con brio
Staatskapelle de Dresde - Karl Boehm
Lubka Kolessa (piano)
DOREMI

Johannes Brahms
3 intermezzi pour piano : Intermezzo en Mi bémol Maj op 117 n°1
Lubka Kolessa (piano)
DOREMI

YouTube / Vera Lautard-Shevchenko  
Chopin - 2 études

Dimitri Chostakovitch
Symphonie n°7 en Ut Maj op 60 (Leningrad) : 1. Allegretto
Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise - Mariss Jansons
BR KLASSIK

Franz Schubert
Quintette en La Maj op posth 114 D 667 (La truite) : 4. Thème et variations - pour violon alto violoncelle contrebasse et piano
Quatuor Beethoven
Maria Yudina (piano) - Vladimir Khomenko (contrebasse)
SCRIBENDUM

Franz Schubert
Quintette en La Maj op posth 114 D 667 (La truite) : 1. Allegro vivace - pour violon alto violoncelle contrebasse et piano
Quatuor Beethoven
Maria Yudina (piano) - Vladimir Khomenko (contrebasse)
SCRIBENDUM

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