MAXXI Classique
Programmation musicale
Vendredi 26 mars 2021
3 min

Bertrand Tavernier : un portrait musical

Bertrand Tavernier nous faisait voir mais aussi écouter le monde autrement. Portrait d'un réalisateur mélomane à travers trois de ses films et leurs bandes originales signées Antoine Duhamel et Philippe Sarde.

Bertrand Tavernier : un portrait musical
Portrait de Bertrand Tavernier lors du tournage du film L.627 en septembre 1991., © Jacques Prayer/Gamma-Rapho via Getty Images

Bertrand Tavernier accordait une place primordiale à la musique de ses films. Une musique avec une forte identité et qui dialogue à jeu égal avec l’image. Le réalisateur admirait et écoutait attentivement les partitions et les conseils des compositeurs avec qui il a travaillé. Parmi-ceux ci, on retrouve à ses débuts, Antoine Duhamel, qui signe la bande originale mémorable de "Que la Fête commence". Un film historique de 1975 qui nous plonge dans la France du XVIIIe siècle secouée par la Régence de Philippe D’Orléans, neveu de Louis XIV. Comme on peut s’y attendre, le Régent incarné par Philippe Noiret occupe une place de choix dans ce film. Un rôle visible et invisible à la fois...

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Paramétrer les cookies

Devant des cavaliers masqués, les lettres fluos du générique nous donnent cette indication : « Musique : Philippe d’Orléans Régent de France » et un peu plus loin : « réalisée d’après manuscrit par Antoine Duhamel ». Pour Que la Fête Commence, Bertrand Tavernier et le compositeur Antoine Duhamel ont en effet ressuscité une partition oubliée de Philippe d’Orléans, un opéra composé au début du XVIIIe siècle par le régent, intitulé Penthée. Comme de véritables musicologues, ils se sont rendus aux archives, ont photocopié et étudié cette partition oubliée depuis des siècles. Sur l’invitation de Bertrand Tavernier, Antoine Duhamel a ensuite totalement réorchestré et réarrangé cette partition de Philippe d’Orléans. Tavernier racontait qu’à l’époque aucun critique de cinéma n’avait souligné l’originalité de cette démarche ni le fait qu'Antoine Duhamel avait dirigé pour ce film un ensemble baroque de premier plan : La Grande écurie et la Chambre du Roy.

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Des enfants gâtés, Marin Marais et le jazz 

Deux ans plus tard, en 1977, Bertrand Tavernier et un autre grand complice musical, Philippe Sarde nous replongeait dans la musique baroque française. Bien avant Alain Corneau et le succès de Tous les Matins du Monde (1993), le film Des enfants gâtés nous faisait entendre quelques notes d’un musicien de la cour de Louis XIV. Un maître de la viole de gambe qui répondait au nom aquatique de Marin Marais. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Paramétrer les cookies

Comme vous pouvez vous en douter, Marin Marais n’a pas écrit cette musique pour saxophone puisque cet instrument n’apparaît qu’au milieu du XIXe siècle ! En fait, comme il en avait l’habitude, Bertrand Tavernier a suggéré à Philippe Sarde l’emploi de musiciens précis à savoir quatre jazzmen de premier plan : les saxophonistes John Surman et Johnny Griffin et les contrebassistes Barry Guy et François Rabbath. Un quatuor qui revisite de façon originale la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris. Bertrand Tavernier a pu dire que c’est grâce au jazz et notamment à Duke Ellington qu’il a commencé à aimer la musique de Debussy et de Ravel. Comme Claude Sautet son ami et ancien employeur grâce à qui il a rencontré Philippe Sarde, Bertrand Tavernier a lui aussi écrit une déclaration d’amour à un autre grand compositeur français. 

Un dimanche à la campagne au rythme de Gabriel Fauré 

En 1984, soit une dizaine d’année avant que Claude Sautet n'écrive Un Coeur en hiver en écoutant la musique de Ravel, Bertrand Tavernier élaborait Un Dimanche à la campagne en se plongeant dans l’oeuvre de Gabriel Fauré. Un tableau pastoral de la Belle Epoque où les quatuor, trio et quintette du compositeur dialoguent avec les canotiers, les danses et les accordéons des guinguettes. Dans Un dimanche à la campagne la musique de Fauré apparaît sous un nouveau jour. Elle quitte les salons parisiens et les salles de concerts pour prendre l’air. Pour quelques secondes on croit voir Gabriel Fauré à l’écran. Est-ce lui qui compose son quintette au bord du flot qui passe ? Une chose est sûre, dans ce film comme tant d’autres, Bertrand Tavernier nous invite à imaginer mais aussi à écouter le monde autrement. 

L'équipe de l'émission :