MAXXI Classique
Programmation musicale
Jeudi 3 juin 2021
3 min

Recréer le jazz : La Création du monde de Darius Milhaud

Le 25 octobre 1923 avait lieu la création d'un ballet très attendu de Darius Milhaud. Le rendez-vous le plus important de la saison du Théâtre des Champs-Elysées se nomme "La Création du monde", une oeuvre inspirée par le jazz américain, une musique en vogue dans le Paris des "années folles".

Recréer le jazz : La Création du monde de Darius Milhaud
Projet de décor pour La Création du monde, 1923 Gouache de Fernand Léger (1881–1955) , © Bmo/BnF/ADAGP

« Quand les choses n’étaient pas encore, Mébère, le Créateur, il a fait l’homme avec les terres d’argile. Il a pris l’argile et il a façonné cela en homme. » C’est ainsi que commence les Légendes Cosmogoniques de Blaise Cendrars, un texte qui a inspiré l’argument du ballet La Création du monde créé par les Ballets suédois au Théâtre des Champs-Elysées à Paris le 25 octobre 1923. Une œuvre collective où l’on retrouve Blaise Cendras pour l’argument mais aussi les costumes et les décors de Fernand Léger et la musique de Darius Milhaud. Une partition inspirée par le jazz qui passionne Milhaud depuis sa découverte des big bands de Harlem en 1922.

Comme de nombreux membres du groupe des six dont il faisait partie mais aussi Stravinsky, Ravel, Debussy ou Jean Wiéner, Darius Milhaud a parfois cherché à mêler les langages jazz et classique. Cette hybridation s’entend tout d’abord dans l’effectif de La Création du monde. Un ensemble instrumental de 17 musiciens avec piano, contrebasse et percussions pour la cellule rythmique et des cordes qui n’occupent qu’un rôle secondaire derrière les cuivres et les bois solistes. Qui dit jazz, dit évidemment saxophone, un alto qui déploie sa ligne mélodique entre les trompettes en sourdines et des glissandis de trombone que n’auraient pas reniés Paul Whiteman et son orchestre.

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Après le prélude, le chaos inaugural du ballet, l’œuvre de Milhaud fait se succéder cinq tableaux évoquant chacun une étape de l’évolution du monde. Le premier d’entre eux a donné des fourmis dans les jambes aux spectateurs selon le critique André Coeuroy présent lors de la création. Sur un riff de piano et un rythme bondissant joué par une batterie composée d’une caisse claire, d’un tambourin et d’une grosse caisse, une contrebasse se lance dans un solo joué à l’archet. Une contrebasse rejointe par un trombone soliste, un saxophone et d'autres instruments formant un épisode fugué des plus savants !

Si la forme de cette musique rappelle quelque épisode baroque, la mélodie a plus à voir avec des gammes d’un blues et ses fameuses blue notes tandis que le rythme évoque clairement celui du ragtime. Peut-être faut-il entendre dans ce mélange des styles le fait que La Création du monde pour Milhaud, Cendrars et Léger est avant tout une histoire de métissage. 

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