MAXXI Classique
Programmation musicale
Jeudi 18 février 2021
3 min

La musique adoucit les meurtres

Comme nous le rappelle le vieil adage, la musique adoucit les moeurs. Mais au cinéma, il n’est pas rare qu’une douce mélodie accompagne également des scènes de crime...

La musique adoucit les meurtres
Quand la musique adoucit les meurtres au cinéma, © Getty

Une main danse au dessus d’un lecteur de mini-cassette. Elle dessine des vagues au rythme de la septième Variation Goldberg de Bach. Cette main mélomane est ensanglantée. C’est la même qui, quelques secondes auparavant, a tué de sang froid deux gardiens d’une cellule de prison. Elle appartient au terrible Hannibal Lecter, le meurtrier cannibale joué par Anthony Hopkins dans le _Silence des agneaux_de Jonathan Demme. Cette scène est un très bon exemple de dissonance entre, d’un côté, une musique calme en forme de berceuse et de l’autre, une image ou une réplique violente, difficile et repoussante.

Effet empathique et anempathique

Dans son ouvrage de référence La musique au cinéma, le compositeur et musicologue Michel Chion s’intéresse à la redondance et la dissonance entre le caractère d’une musique et le propos d’une image. Lorsque le caractère d’une musique et d’une scène sont accordées, il parle d’effet empathique. A contrario, lorsqu'à l'instar du Silence des agneaux, une scène violente est accompagnée d’une mélodie calme et qui semble contredire ce qu’on voit à l’écran, Michel Chion utilise le terme « anempathique ». Dans cette scène du Silence des agneaux, tout se passe comme si, la musique de Bach affichait son indifférence et continuait de jouer tranquillement les Variations Goldberg pendant le double meurtre des gardiens. L'effet anempathique décuple paradoxalement, la violence des images ou des paroles.

Dans Seven de David Fincher,Morgan Freeman enquête dans une bibliothèque et Brad Pitt regarde des scènes de crime sur une musique de Bach. Une scène qui nous rappelle que la musique classique est très souvent utilisée pour susciter un effet anempathique au cinéma. 

Equivalence à l'opéra ? 

On peut considérer que l'opéra proposait des effets anempathiques avant le cinéma. Prenez  Carmen. L’opéra de Georges Bizet se termine par le crime passionnel de Don José. Ce meurtre est entrecoupé par des choeurs qui chantent la liesse de la corrida qui se tient au même moment et qui contraste avec la violence de la scène. Le choeur des toréadors donne un effet anempathique à la tragédie de la scène même si les cordes, qui se joignent au choeur, assombrissent quelque peu le tableau. 

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