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Lundi 18 janvier 2021
3 min

Phil Spector : "Une approche wagnérienne du rock’n’roll"

Phil Spector est décédé samedi dernier à l’âge de 81 ans alors qu’il purgeait une peine de 19 ans de prison pour le meurtre en 2003 d’une jeune actrice américaine Lana Clarkson. Avant cette longue descente aux enfers, il fut l’un des producteurs de musique les plus influents de la pop des 60's.

Phil Spector : "Une approche wagnérienne du rock’n’roll"
Le producteur de légende Phil Spector vient de nous quitter le 16 janvier 2020 à l'âge de 81 ans, terminant ses jours en prison après le meurtre d'une comédienne en 2003, © Getty / Time & Life Pictures

Les compositions et les enregistrements de Phil Spector se reconnaissent en quelques secondes. Une pâte sonore compacte composée de plusieurs parties de guitares, de saxophones, de cuivres et de cordes démultipliés par plusieurs prises.
Au milieu, des choeurs et d’une voix soliste qui se fondent dans la masse. Par dessus cette bande d’enregistrement déjà chargée, des percussions lourdes et pleine de réverbération qui donnent beaucoup de puissance et de profondeur ! En 2007, le Billboard classait la chanson Be my Baby des Ronettes en tête du top 100 des meilleures titres d’un girl groups ! Les girl groups se sont ces formations de chanteuses dont Phil Spector fut l’un des grands manitou.

« Des symphonies de poche pour adolescents ». Voici comment Phil Spector présentait ses productions pour les Ronettes ou les Crystals au milieu des années soixante. Des titres courts d’environ trois minutes soit la durée d’une face de 45 tours que les jeunes américains s’arrachaient. Car ces groupes créés par Phil Spector chantaient des thèmes censés leur être chers, la plupart du temps des histoires d’amour légères. Quant au terme « symphonie », il s’explique par cette manière très originale qu’avait Phil Spector de composer et d’arranger ses musiques. Une technique de production connue sous le nom de « Wall of Sound », littéralement : Mur de son.

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Dans les studios Gold Star à Los Angeles où il enregistrait, Phil Spector avait l’habitude d’enregistrer un grand nombre d’instruments acoustiques et électroniques avec seulement quelques micros. Pour combler encore plus la bande magnétique au son compact, Phil Spector réenregistrait cette première production dans une autre pièce, une chambre d’écho, une technique appelée l’overdubbing et qui donne encore plus de puissance au mix final, comme un mur de son que l’on prend en plein visage.

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Phil Spector raconte qu’il s’est beaucoup inspiré des orchestrations de Richard Wagner. « J’ai une approche wagnérienne du rock’n’roll » disait-il ! Le producteur était fasciné par la puissance sonore du compositeur mais aussi par sa manière d’appréhender la musique. Car il y a quelque chose du Gesamkunstwerk chez Phil Spector. Les chansons des girl groups sont un peu son oeuvre d’art total à lui. Comme Wagner qui écrivait les textes de ses opéras et qui a même conçu un écrin spécifique pour jouer son oeuvre avec Bayreuth, Phil Spector choisissait les membres des girl groups, écrivait leur texte, décidait avec des ingénieurs du son des arrangements, des techniques de productions, de toute la partie business également.
Ce n’est pas anodin si Phil Spector a inspiré Swan, le producteur fou et maniaque de Phantom of the Paradise de Brian de Palma.

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