MAXXI Classique
Programmation musicale
Vendredi 14 janvier 2022
3 min

De Brel à Ravel : Le Concerto en sol et Les Désespérés

Il y a 90 ans jours pour jour, le 14 janvier 1932, était créé Salle Pleyel, le Concerto en sol de Maurice Ravel. Une œuvre qui a inspiré Jacques Brel pour écrire un poignant tombeau dédié aux naufragés de la vie : Les Désespérés.

De Brel à Ravel : Le Concerto en sol et Les Désespérés
Jacques Brel sur la scène du théâtre Bobino en janvier 1961., © Christian HIROU/Gamma-Rapho via Getty Images)

C’est une phrase longue, sans fin. Le mouvement lent du Concerto en sol de Maurice Ravel est une éternité, une page musicale qui semble plutôt simplet et qui pourtant terrifie à juste titre la virtuose Marguerite Long. Elle s’inquiète auprès du compositeur : « Maurice, comment veux tu que je retienne l’émotion aussi longtemps ? Que je donne une trajectoire cohérente à une mélodie aussi longue, lente et qui coule comme ça ? » Et le compositeur de lui répondre : « La phrase qui coule ? Mais je l’ai écrite deux mesures après deux mesures… et j’ai failli en crever ! »

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Pour écrire cette page où le piano est bien seul, Ravel prétendait s’être inspiré du "Larghetto" du Quintette pour clarinette de Mozart. De là peut-être le sentiment d’intemporalité qui se dégage de ce mouvement lent, une beauté classique, évidente, sans âge que l’on retrouve aussi dans l’une des chansons les plus poignantes de Jacques Brel.

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Les Désespérés, une chanson composée par le pianiste de Brel, Gérard Jouannest qui met ses pas dans ceux de Marguerite Long en jouant une citation à peine modifiée du Concerto de Ravel. Sur cette fausse improvisation, Jacques Brel dresse un portrait de ceux que l’on ne voit pas. Ces désespérés qui ont tellement raté et vécu qu’à la fin, ils ont décidé de disparaitre en silence. Les Désespérés est un tombeau pour tous les naufragés, ceux qui ont pris des risques qui ont cheminé contrairement aux bigotes et aux petits bourgeois, immobiles, conservateurs et héritiers, ces gens-là que Brel n’a eu de cesse de crucifier avec sa plume d’or…

Les Désespérés qui trouvent en un fleuve, « la bonne hôtesse », « la fin du monde », peuvent s’entendre comme un autoportrait en creux de Jacques Brel. Enregistré en novembre 1965 avec Gérard Jouannest au piano et les cordes de l’orchestre de François Rauber, Les Désespérés annoncent peut-être la fin d’un cycle pour Brel. Les adieux à l’Olympia quelques mois plus tard en 1966, le début d’une carrière d’acteur pour ce chanteur qui préférait au carcan des chansons composées pour la radio, les grandes phrases musicales libres de toute forme préconçue des compositeurs classiques.

Ravel le solitaire et Brel le désespéré. Une rencontre qui sonne comme une évidence tant Jacques Brel aimait la musique classique, lui qui avait écrit un poème symphonique intitulé Jean de Brugeset qui plaçait les audaces harmoniques et rythmiques de Moussorgski, Stravinsky, Bartók, Debussy, Poulenc, Satie et Ravel au firmament de l’art musical.

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