MAXXI Classique
Programmation musicale
Mercredi 29 décembre 2021
3 min

L’accord parfait de Jeanne Leleu et Maurice Ravel

Découvrons une belle histoire, le lien très particulier qui unissait Jeanne Leleu et Maurice Ravel. Pour cela, il faut remonter le temps et partir au Conservatoire de Paris, le samedi 28 juin 1913...

L’accord parfait de Jeanne Leleu et Maurice Ravel
A gauche, Jeanne Leleu à 13 ans (Photographie d'Henri Manuel parue dans Comoedia en 1913) / A droite Maurice Ravel., © Gallica / The Print Collector/Getty Images

Elles sont 31 à se succéder autour du grand piano à queue de l’Auditorium. Elles ont entre 13 et 21 ans et passent, ce matin, le prix de piano du Conservatoire de Paris. Gabriel Fauré, le directeur est présent dans la salle mais aussi Alfred Cortot, le professeur d’une jeune fille de 14 ans nommée Jeanne Leleu. Elle est la dernière à passer devant le jury et à affronter le terrible Concerto pour piano n°3 de Camille Saint-Saëns.

Les lauréates du Premier prix du concours de piano femmes 1913 du Conservatoire (Jeanne Leleu, la future dédicataire, est numéro 4 en photographie).
Les lauréates du Premier prix du concours de piano femmes 1913 du Conservatoire (Jeanne Leleu, la future dédicataire, est numéro 4 en photographie)., © Photographie d'Henri Manuel parue dans Comoedia (1913)

L’interprétation de Jeanne Leleu lui vaut une ovation nous dit un journaliste du Ménestrel présent lors de cette audition où l’on peut aussi entendre la jeune Marcelle Meye**r**. Pour départager les étudiantes, une dernière épreuve est annoncée. Celle très redoutée de la lecture à vue. Il est 16h30 et les pianistes découvrent deux pages de musique qu’elles vont devoir déchiffrer. Il s’agit d'un prélude écrit pour l’occasion par Maurice Ravel.

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Ne vous fiez pas à son rythme lent, ce Prélude en la mineur, un concentré du style de Maurice Ravel comporte des pièges à chaque mesure, tout est contre-intuitif, rien ne tombe facilement sous les doigts, comme dans ce passage, où la main gauche et la main droite des pianistes se chevauchent… Evidemment, l’interprétation de cette partition est laborieuse nous dit le journaliste du Ménestrel. « Aussi » poursuit-il « quel succès pour la petite Leleu qui déchiffre si bien que la page ingrate devient, sous ses menus doigts lumineux, moins amorphe : on croit la comprendre, et l’interprète y met du sien, dirait-on… »

Contrairement à ses camarades, Jeanne Leleu, prend son temps, elle ne se fait pas avoir par les fausses répétitions de la mélodie, toujours changeante. L’écriture et les harmonies originales de Ravel lui semblent naturelles. Il faut dire qu’elle connait ses bien sa musique car trois ans plus tôt, c’est elle, Jeanne Leleu qui avait participé à la création de la suite pour piano Ma mère L’Oye

Trois ans plus tard, son interprétation du Prélude de Ravel finit de convaincre le jury. Jeanne Leleu obtient le Premier Prix du Conservatoire. Les prix de Rome et une carrière de compositrice et de pédagogue au Conservatoire de Paris suivront. La dédicace éternelle du Prélude par Ravel également : « Ce n’est que bien peu de chose » écrit le compositeur, « seulement le souvenir d'un artiste que vos qualités musicales ont sincèrement touché. »

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