MAXXI Classique
Programmation musicale
Mercredi 16 décembre 2020
3 min

Michel Legrand et l’art de la fugue dans Peau d’Âne

A la découverte de la fugue inaugurale de Peau d'Âne (1970) de Jacques Demy. Une musique qui évoque la musique baroque mais aussi une autre musique de film de Michel Legrand : L'Affaire Thomas Crown (1968).

Michel Legrand et l’art de la fugue dans Peau d’Âne
Catherine Deneuve et Jean Marais sur le tournage de Peau d'Âne de Jacques Demy en 1970, © Michel Ginfray/Sygma/Sygma via Getty Images

Au royaume du contrepoint, la fugue est reine. Est-ce pour représenter la fugue du personnage de Peau d’Âne que Michel Legrand ouvre et ferme ce film par une fugue musicale ? Joué par un choeur et un orchestre de facture baroque, la musique de ce générique expose le même thème joué successivement par cinq voix différentes : la mi, fa mib, fa ré, fa réb, fa do, fa si.... 

Une fugue inspirée de l'Ouverture à la française ? 

Dans sa forme, cette ouverture à l’esthétique baroque peut faire penser à l'un des genres musicaux phares de la musique du XVIIe siècle. L’Ouverture à la française, une musique qui fait très souvent entendre, dans deuxième partie, une écriture fuguée avec des thèmes qui semblent se courir après. C’est le cas de l’ouverture du Bourgeois Gentilhomme (1670) de Lully et Molière. 

Fugue baroque et note pivot 

Une musique composée trois siècle exactement avant la partition de Michel Legrand ! Et il y a autre chose qui sonne très baroque dans cette fugue inaugurale de Peau d’âne, c’est l’écriture autour d’une note pivot. Le sujet de la fugue est construit sur une note repère, une note qui ne bouge pas, un fa. Un technique d'écriture que l'on retrouve, par exemple, dans la célèbre Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 de Bach.  

Un thème musical inspiré de L'Affaire Thomas Crown (1968)

D’ailleurs, au delà de la note pivot commune aux deux oeuvres, on peut entendre que Michel Legrand aime à écrire des marches harmoniques c’est à dire le même enchainement d’accord qui se décale dans le temps, un procédé d’écriture très utilisé dans le classique et que Legrand adore ! Mais a l’écoute de la fugue inaugurale de Peau d’Âne, on peut aussi penser à une autre oeuvre. Celle-ci est signée… Michel Legrand lui-même. En 1968, deux ans avant Peau d’âne, Legrand écrit la musique de L’affaire Thomas Crown de Norman Jewison.  Et l’un des passages de la bande originale est aussi une évocation de la musique baroque construite sur la même mélodie que la fugue de Peau d’Âne.

Une musique intemporelle

Pourtant malgré toutes ces références à la musique baroque, Michel Legrand a voulu composer une musique à l’image du conte de Charles  Perrault et de son adaptation anachronique de Jacques Demy. C’est à dire une musique sans temporalité qui aurait pu, selon les propres termes de Legrand, être composé aussi bien il y a trois cents ans que dans trois cents ans… Il est vrai que ce même thème chanté par Anne Germain n’a plus rien de très baroque… 

Quelques semaines après la sortie de Peau d’âne, la réalité rejoint la fiction puisque Jacques Demy et Michel Legrand semblent rejouer la scène finale de Peau d’Âne. Ils volent comme le personnage de L’Affaire Thomas Crown : « Jacques et moi empruntons mon avion Cessna pour aller voler au dessus de Chambord, où il a tourné les séquences du château rouge. Pour s’amuser nous faisons des piqués sur les touts et la cour d’honneur, en chantant à tue-tête les fugues de Peau d’âne. C’est un moment grisant, vertigineux; nous hurlons en essayant de couvrir le bruit du moteur.

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