MAXXI Classique
Programmation musicale
Mardi 15 décembre 2020
3 min

Initials B.B : amour monstre et nouveau monde

Il y a 127 ans, jour pour jour, la Symphonie du Nouveau Monde d’Antonin Dvorak était créée au Carnegie Hall de New York. Une symphonie reprise en 1968 par Serge Gainsbourg et l'arrangeur Arthur Greenslade dans la chanson Initials B.B. Un monument dédié à Brigitte Bardot et à l'amour qui a fui.

Initials B.B : amour monstre et nouveau monde
Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg , © Henri Bureau/Sygma/Corbis/VCG via Getty Images

Janvier 1968 à Paris. Devant la caméra d’Yves Lefèbvre, sur son Pleyel encombré d’une télévision et d'un verre à whisky, Gainsbourg habillé d’un costume et d’une cigarette française égrène quelques notes… Un arpège mineur qui monte et redescend. Qui finit comme il a commencé sur un sol grave et sombre. Puis Gainsbourg joue ce même arpège mais cette fois, la mélodie débouche sur un accord plus rassurant de si bémol majeur… 

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Ce balancement harmonique où l’obscurité laisse finalement place à la clarté peut-il s’entendre comme la fin du renoncement et l’espoir de jours meilleurs ? En janvier 1968, Gainsbourg vit mal la fin de sa relation fulgurante avec Brigitte Bardot. Pour transcender son mal-être, il lui écrit une déclaration d’amour démesurée ! Si le texte peut faire penser à quelques vers d’Edgar Allan Poe et de Baudelaire, les deux accords du refrain viennent quand à eux tout droit d’une oeuvre qui évoque justement un nouveau départ : La Symphonie du Nouveau Monde d’Antonin Dvořák

Un faussaire de génie

En avril 1967, dans son émission Discorama, la grande intervieweuse Denise Glaser a bien défini le style de Gainsbourg ! Un faussaire de génie qui enregistre donc en avril 1968 Initials B.B l’une des premières chansons françaises construite sur le sample d’une oeuvre classique. Le sample, échantillon en anglais, c’est cette technique musicale que l’on retrouve beaucoup dans la musique électronique et le rap et qui consiste à utiliser l’enregistrement d’une oeuvre préexistante pour composer une nouvelle oeuvre. Mais ici, Gainsbourg ne chante pas sur un enregistrement de la symphonie de Dvořák. Cet extrait qui ne dure que quelques secondes dans la symphonie est réinterprétée par des musiciens dans le studios Chapell de Londres. Le passage original est réorchestré par un arrangeur anglais avec lequel Gainsbourg avait collaboré en 1965 pour l’album Docteur Jekyll et Master Hyde : Arthur Greenslade… 

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Arthur Greenslade réorchestre Dvořák

Arthur Greenslade transforme la symphonie de Dvořák. Sur une rythmique rock qui évoque la chanson Ford Mustang, Greenslade confie le thème principal de la symphonie à une trompette soliste tandis que les cordes déploient un contrechant original, sec et plein d’ivresse. Représentation d’un amour monstre, d’une course mentale vers l’être cher et disparu… Par dessus les accords lancinants du piano et la batterie qui devient au fur et à mesure de la chanson de plus en plus incontrôlable il y a aussi un étrange choeur qui met des paroles sur la musique de Dvořák

Des voix d’hommes transformées par l’accélération de l’enregistrement original et qui sonne de manière hybride, ni homme ni femme. L’inflexion des voix chères qui se sont tues comme dirait Verlaine.  Aux côté de la voix parlé-chanté de Gainsbourg justement, le choeur martèlent les initiales de Brigitte Bardot. Initials B.B : Symbole d’un amour perdu qui occupe des pensées que le poète n’arrive pas à chasser.

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