MAXXI Classique
Programmation musicale
Mardi 8 septembre 2020
3 min

Le concerto le plus jazzy de l’Histoire

Quand le Jazz s'invite dans un concerto pour trompette...Cela sonnerait presque comme du Miles Davis !

Le concerto le plus jazzy de l’Histoire
Maxxi Classique du 8 septembre 2020 , © Getty / suteishi

Nous voici dans un club de jazz enfumé, à côté du contrebassiste, face à vous, un trompettiste relève la tête et joue… Est-ce une piste caché de Kind Of Blue de Miles Davis ? Un bootleg d’un live de Dizzy Gillespie ou de Stéphane Belmondo ?

Les apparences sont parfois trompeuses !  Ni club de jazz, ni Miles Davis dans ce concerto !  Le second concerto pour trompette d’André Jolivet ! Une oeuvre composée en 1954 et créée en 1956 à l’Opéra de Vichy, c’est à dire trois ans avant la sortie de l’album Kind Of Blue de Miles Davis.

Sur scène, un orchestre de jazz. Aucun instrument à cordes frottées. Seulement une contrebasse qui joue exclusivement au doigt, en pizzicato ! Aux côtés du trompettiste soliste, un piano, une harpe et deux percussionnistes. Et pour lier le tout, un pupitre de vents avec un saxophone ténor et alto.

Dans sa monographie consacrée à André Jolivet, la musicologue Lucie Kayas fait un rapprochement entre la composition de ce concerto pour trompette en 1954 le retour d'un voyage aux Etats-Unis de l'un des fils d'André Jolivet, les bras chargés de disques de Louis Armstrong et de blues . A ce propos, lorsque le créateur du concerto, Roger Delmotte évoque la difficulté de cette partition, André Jolivet lui rétorque : « Mais mon vieux, Louis Armstrong fait des prouesses dans le registre aigu ! Pourquoi serait-ce impossible pour un classique ? »

C’est d’ailleurs en travaillant avec Roger Delmotte qu’André Jolivet a l’idée de faire jouer certains passages du concerto avec une sourdine Robinson. La présence du jazz n’en est alors que renforcée ! 

« On a la droit de piocher n’importe où pourvu que l’on fasse oeuvre originale » disait André Jolivet à un journaliste du magazine Jazz Hot en 1952. Et c’est justement parce qu’il s’inspire aussi ouvertement du jazz que ce concerto d’André Jolivet est aussi original. D’ailleurs le jazz n’hante pas seulement le mouvement lent du concerto. En témoigne ce break de percussion très jazzy au milieu du dernier mouvement.. 

Une contrebasse et une trompette solistes qui s’emballent au rythme saccadé et bluesy du piano tandis que la batterie out of tempo s’en donne elle aussi à cœur joie.

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