MAXXI Classique
Programmation musicale
Mardi 8 décembre 2020
3 min

L’Opéra d’Aran - un drame lyrique de Gilbert Bécaud

Retournons sur les pas d'un opéra composé par le chanteur Gilbert Bécaud. Cet opéra en deux actes, fut créé le 25 octobre 1962 au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de Georges Prêtre.

L’Opéra d’Aran - un drame lyrique de Gilbert Bécaud
L'Opéra d'Aran, créé par Gilbert Bécaud le 25 octobre 1962, au Théâtre des Champs-Elysées, © AFP / © AFP / JEAN CLAUDE MALLINJOD / INA / INA VIA AFP

Paris, 1957. Au moment où Gilbert Bécaud enflamme l’Olympia de Bruno Coquatrix, le chanteur et pianiste, symbole de la jeunesse des années 50 travaille à une oeuvre de grande envergure qui sera l’incarnation de l’amour que nourrit Gilbert Bécaud pour le classique qu’il a étudié au conservatoire de Nice depuis son enfance. Sur le piano, il imagine des personnages, une histoire médiévale qui se passerait en Irlande, un pays qu’il adore. Il s'agit de l’Opéra d’Aran, un drame lyrique en deux actes avec décors, costumes, orchestre et chanteurs lyriques. Pendant cinq ans, Gilbert Bécaud rature, réécrit, demande des conseils à ses amis paroliers Pierre Delanoë, Pierre Almade et Jacques Emmanuel. En 1962, l’ouvrage est terminé. « Je ne croyais pas que ce serait aussi long ni aussi difficile ». Ce 25 octobre 1962, le tout Paris attend la création de cet opéra, maudit d’avance par certains critiques.

Après avoir écrit L’Enfant à l’étoile, une véritable cantate de Noël retransmise à la télé en 1960, Gilbert Bécaud renoue avec l’écriture choral et symphonique. L’Opéra d’Aran nous plonge dans une Irlande imaginaire et une histoire d’amour tragique entre un italien et une irlandaise. Comme le montre l’ouverture de l’opéra, cette partition de Gilbert Bécaud va puiser dans la musique française de la seconde moitié du XIXe siècle mais aussi chez les italiens comme Gian Carlo Menotti ou Puccini.

Un ouvrage prêt à affronter la critique

Dès le soir de sa création le 25 octobre 1962 au Théâtre des Champs Elysées avec George Prêtre à la direction, l’Opéra d’Aran déclenche une véritable bataille esthétique. Les défenseurs d’une musique d’avant-garde tirent à boulet rouge sur cette oeuvre jugée rétrograde et le critique Claude Samuel ne mâche pas ses mots : « Il parait que c’est un opéra. Ce n’est pas de la « mauvaise musique » ni de la musique ennuyeuse mais un ouvrage d’un déconcertante naïveté, englobant tous les poncifs… Que des artistes de talents se soient  laissés embarquer dans cette entreprise, aient cru à la valeur musicale de l’ouvrage, relève pour ma part de l’hallucination collective… »

L'Opéra d’Aran sera un très grand succès sur scène et en disque. Il a aussi ses défenseurs. Gilbert Bécaud disait lui-même de cette entreprise expérimentale : «Je veux faire un grand trou par où passeront deux, trois ou dix opéras de jeunes auteurs français que les directeurs des théâtres lyriques monteront enfin et que le public français prendra au sérieux. Alors j’aurai gagné… »

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