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Programmation musicale
Mardi 5 janvier 2021
3 min

Starmania de Berger et Plamondon : plutôt opéra ou rock ?

Max Dozolme se penche sur Starmania de Michel Berger et de Luc Plamondon. Une fresque qui appartient au genre de l’opéra rock ! Mais au fait pourquoi ce nom ? Qu’est-ce que Starmania partage avec l’opéra classique ?

Starmania de Berger et Plamondon : plutôt opéra ou rock ?
Représentation de Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon en 1996. , © Eric CATARINA/STILLS/Gamma-Rapho via Getty Images

Bienvenue à Monopolis, la capitale futuriste d’un monde dystopique où les inégalités sociales sont exacerbées. C’est le cadre de Starmania, un spectacle écrit par Luc Plamondon et Michel Berger. En avril 1979, les spectateurs du Palais des Congrès de Paris découvrent une oeuvre cyberpunk mise en scène par Tom O’Horgan, le metteur en scène de Hair et de Jésus-Christ Superstar ! Mais pour Michel Berger, Starmania n’est pas une comédie musicale, il s’agit d’un opéra rock.

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La distinction entre comédie musicale et opéra rock est assez floue. Mais Michel Berger a raison d’insister sur le fait que Starmania n’a rien de très classique. Mis à part quelques passages où l’on entend des cordes, l’essentiel de Starmania est très pop, que ce soit du côté des instruments que de la vocalité des chanteurs. Une fois passée l’introduction du Monde est stone, qui pourrait faire penser, pourquoi pas à l’Adagio de Samuel Barber, la voix de Fabienne Thibeault, n’a, en effet, plus rien de très classique… 

En creusant un peu, on peut quand même entendre quelques liens de parentés entre Starmania et un opéra traditionnel. Comme dans un opéra classique, Starmania commence par une ouverture instrumentale qui fait notamment entendre un thème que l’on retrouvera plusieurs fois au cours de l’oeuvre. Ce thème, qui donne de l’unité au spectacle, se nomme « La petite musique terrienne ». Comme César Franck ou Debussy, Michel Berger utilise un même thème qui revient de manière cyclique dans son oeuvre. On peut l'entendre chanté par Fabienne Thibeault et un peu plus tard par Daniel Balavoine. 

Si Starmania est une oeuvre résolument pop dans son esthétique, on trouve aussi des airs de bravoure que n’aurait pas reniés Mozart dans sa Flûte enchantée. On peut tout à fait comparer la virtuosité vocale et spectaculaire de la Reine de la nuit avec celle de Daniel Balavoine dans Sos d’un terrien en détresse. Voici Johnny Rockfort qui s’élance dans une phrase musicale couvrant trois octaves. Pour montrer qu’il n’a jamais eu les pieds sur terre et qu’il aimerait bien être un oiseau, sa voix s’envole dans les aigus. 

Cette manière d’écrire une musique qui colle de très près au sens d’un texte s’appelle le figuralisme. Il s'agit d'une technique d’écriture que l’on retrouve dans l’un des premiers opéras de l’histoire l’Orfeo de Claudio Monteverdi ! Ecoutez comment la voix d’Orphée plonge dans le grave lorsque’il annonce sa descente aux Enfers, dans les abîmes de la Terre. Plus de trois siècles séparent Starmania de l’Orfeo et l’on retrouve le même geste musical.

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