MAXXI Classique
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Jeudi 12 novembre 2020
3 min

Atom Heart Mother : la tentation classique de Pink Floyd

Aujourd’hui, Max Dozolme nous parle d'Atom Heart Mother sorti en 1970 !

Atom Heart Mother : la tentation classique de Pink Floyd
Les Pink Floyd en 1970 - Maxxi Classique du 12/11/2020, © Getty / Michael Ochs Archives

Des cuivres épiques comme un thème de film de Western sorti tout droit de l’imaginaire de David Gilmour, guitariste de Pink Floyd et surtout de Ron Geesin, musicien classique et arrangeur d'Atom Heart Mother ! Ce morceau qui occupe toute la face A d’un vinyle sorti en octobre 1970, se revêt d'une pochette symbolique de la pop culture : dans un pré verdoyant au nord de Londres, une vache noire et blanche de race Prim Holstein, nous montre son postérieur en nous observant avec curiosité. 

Une formation classique à l'ère du rock progressif

Ce disque est la première et unique incursion des Pink Floyd dans l’univers classique. Il faut dire que ces projets crossover étaient dans l’air du temps. A la fin des années soixante, de nombreux groupes de rock se lancent dans des œuvres longues qui mélangent les sonorités rock à celle d’instruments classiques, comme en témoignent ces morceaux :
1967 : Day of future passed, album pionnier de rock symphonique des Moody Blues
1969 : Concerto pour groupe et orchestre de Deep Purple
1970 : Time and a Word de Yes 

Atom Heart Mother, fait donc appel à un ensemble de cuivres, un chœur professionnel et un violoncelle. Comme pour une symphonie ou un poème symphonique, Atom Heart Mother est structuré en plusieurs groupes thématiques et plusieurs épisodes qui s’enchaînent. 

Un instrument étranger aux Pink Floyd fait également son apparition : un violoncelle, qui déploie son thème lyrique composé par Ron Geesin et qui pourrait faire penser au Cygne de Saint-Saëns. Un cygne dans lequel le piano aurait été remplacé par l’orgue de Rick Wright, le claviériste des Pink Floyd ! Un peu plus loin dans Atom Heart Mother, le chœur prend la parole sur une boucle groovy et entonne une drôle d’incantations à base d'onomatopées, ainsi qu'une langue imaginaire rappelent le kobaïen du groupe Magma.

Plus radical encore, Pink Floyd réitère quelques expériences électro-acoustiques qu’il avaient déjà proposé en 1967 avec l’album The Piper at the Gate’s of Dawn. Voici donc un épisode atonal qui propose un contrepoint de bruits de Klaxon, de téléphones, de cris fantomatiques et de sons inversés. Les recherches de Pierre Henry et Schaeffer ne sont pas loin. Dans ce magma de sons resurgissent, dans un geste classique là aussi, tous les thèmes précédemment entendus dans d’Atom Heart Mother en même temps.

Les membres du groupe ont été sévère avec Atom Heart Mother. A posteriori, Ils ont jugé cette expérience comme relativement ratée tant dans l’enregistrement que dans la composition elle-même. Comme a pu raconter le batteur Nick Mason : « Bonne idée mais peut mieux faire. Au moins nous n’avons pas fait du London Symphony Orchestra qui joue du Pink Floyd.»

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