MAXXI Classique
Programmation musicale
Jeudi 9 décembre 2021
3 min

Les Eaux de mars de Tom Jobim à Moustaki

C’est un poème étrange. C’est une des chansons les plus célèbres du monde. C’est une succession de madeleine de Proust sans couplet ni refrain. Une suite d’images sans âges ou la tristesse se mêle à l’espoir. C’est un des chefs-d’œuvre d’Antonio Carlos Jobim. Ce sont les eaux de Mars…

Les Eaux de mars de Tom Jobim à Moustaki
Antonio Carlos Jobim et Georges Moustaki, © GAB Archive/Redferns / Heinz Wieseler/picture alliance via Getty Images

Antonio Carlos Jobim a un jour confié qu’il avait eu l’idée d’écrire les Eaux de Mars lors d’une promenade avec sa femme Thereza Otero Hermanny. C’était en mars 1972. C’est à dire le début de l’automne au Brésil. Lorsque les jours s’assombrissent et que le pays entier est en proie à des pluies diluviennes. Lors de cette promenade, Jobim voit les ouvriers construire sa nouvelle maison, les rigoles creusées dans le sol par l’averse. La tristesse le submerge. Il se met au sec et note quelques notes, quelques images.

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Dans cette chanson, une anaphore pleut sur nous. Le mot "E" qui signigie « c’est » en brésilien. Exemple : « C'est le souffle du vent au sommet des collines, C’est une vieille ruine, le vide, le néant. C'est la pie qui jacasse.» C’est un torrent de souvenirs qui roule sans début ni fin. La chanson commence sans début très clair, comme au milieu d’une phrase. Les accords tournent en boucle comme un  flux ininterrompu et qui pourrait bien durer une éternité…

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Un jour Jobim fait la rencontre d’un chanteur français par l’intermédiaire de la chanteuse Nara Leão. Il s’appelle Georges Moustaki. Il a appris les rythmes contrintuitifs de la Bossa Nova, joue de la guitare comme un brésilien, donne des concerts au Brésil et il est honoré de traduire la chanson Aguas de Março en français. 

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Malheureusement Moustaki avoue qu’il ne comprend pas bien le sens des paroles. Alors Jobim lui explique. Il lui dit que les Brésiliens aiment utiliser des participes présents. Un pêcheur pêchant, des charmes charmant, une pluie pleuvant. Il lui parle du Brésil, de sa mélancolie et Moustaki comprend. Il traduit les paroles de Jobim dans un sens non pas littéral mais poétiques. Les participes présents brésiliens deviennent chez lui une averse qui verse, un compte à bon compte ou des chemins qui cheminent… Moustaki est baptisé Brésilien en plongeant dans les Eaux de mars.

Avec Moustaki, les pluies diluviennes de l’automne brésilien deviennent les giboulées de notre enfance. Joseph et Jacques remplacent Joao et Oscar. Mais un oiseau reste un oiseau. Une pierre n’a pas de nationalité. La traduction des eaux de Mars par Moustaki, lui, le métèque, l’éternel nomade, nous révèle le génie poétique de Jobim. Si ce titre a un jour été élue meilleure chanson brésilienne de tous les temps et que le chanteur Chico Buarque l’a considère comme la plus belle chanson du monde, c’est peut-être parce qu’au fond, son message est universel. 

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