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Jeudi 7 octobre 2021
3 min

Squid Game : Musique classique et jeux de massacre

Une chronique à la découverte de Squid Game, la série coréenne qui affole Netflix et qui fait entendre un usage stupéfiant de la musique classique.

Squid Game : Musique classique et jeux de massacre
Squid Game, une série créée par Hwang Dong-hyuk et sortie le 17 septembre 2021, © NETFLIX/YOUNGKYU PARK

Dans un fauteuil en cuir, un homme masqué se sert un verre de bourbon on the rocks et écoute une ballade de jazz : Fly me to the moon. Devant lui, une série d’écrans montre plusieurs centaines d’adultes qui jouent à 1,2,3 soleil. Un jeu d’enfant anodin à ceci près que chaque erreur des joueurs est aussitôt sanctionnée par un tir fatal décoché par des snipers postés tout autour des participants. Ce jeu de massacre se déroule sous les yeux de l’homme masqué qui, on le devine, a tout organisé. A travers ses yeux et sur un air de jazz sucré, c’est aussi nous qui regardons des hommes et des femmes tomber.

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Sorti le 17 septembre dernier sur Netflix, Squid Game de Hwang Dong-hyuk est d’ores et déjà la série coréenne la plus rentable et populaire de la plateforme de streaming. Un carton que personne n’avait vu venir et qui nous fait pénétrer en plein cœur d’une dystopie. Dans un complexe situé sur une île, des centaines de coréens endettées et mis à l’écart de la société se sont portés volontaires pour s’affronter à travers des jeux d’enfants. A chaque partie, des personnes perdent la vie et seul le dernier participant encore vivant à la fin de la dernière épreuve pourra empocher la somme de 45,6 milliards de wons coréens, l’équivalent de 32 millions d’euros.

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Le succès de Squid Game repose certainement sur des choix de mise en scène de Chae Kyung-sun, la directrice artistique de la série. Chacun des jeux d’enfants se passe dans des cours de récrés et des chambres d’enfants gigantesques où les adultes semblent tout petits. Surtout, la bande originale fait entendre plusieurs extraits assez longs et lancinants d’œuvres classiques qui détonnent avec le propos violent de la série. Lorsque les participants découvrent pour la première fois l’arène et le dortoir du Squid Game, ce n’est pas au son du clairon militaire mais avec une trompette plus légère, celle du Concerto pour trompette en mi bémol majeur de Joseph Haydn.

Dans Squid Game, la musique classique est structurante. Elle marque des moments de progression pour les participants. Il en est ainsi du Beau Danube Bleu de Johann Strauss. Une valse qui ouvre chacun des jeux mortels de Squid Game

Les oeuvres de Haydn, Tchaïkovsky et Strauss entendues dans Squid Game fonctionnent comme des souvenirs d’enfance rassurants. Associées à des images d’une grande violence, ces pages classiques provoquent un effet de dissonance. C’est l’exemple parfait de ce que le théoricien de la musique au cinéma, Michel Chion nomme l’effet anempathique. Un effet qui se produit lorsque le caractère d’une musique est en inadéquation avec l’image filmée. C’est exactement cet effet recherché et plutôt réussi que l’on trouve dans Squid Game.

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