MAXXI Classique
Programmation musicale
Mercredi 8 septembre 2021
3 min

Quand Leonard Bernstein défiait Richard Nixon : Mass (1971)

Le Kennedy Center de Washington a ouvert ses portes il y a 50 ans, le 8 septembre 1971. A cette occasion, Leonard Bernstein offrait au public l'une de ses oeuvres les plus ambitieuses : "Mass", un patchwork musical qui a provoqué une véritable guerre froide entre Richard Nixon et le compositeur.

Quand Leonard Bernstein défiait Richard Nixon : Mass (1971)
Leonard Bernstein dirige l'orchestre symphonique de Cincinnati lors d'une répétition au Carnegie Hall de New York. , © James Garrett/NY Daily News Archive

Il y a du beau monde ce soir du 8 septembre 1971 pour assister à l’inauguration en grande pompe du John Kennedy Center For The Performing Arts, la toute nouvelle salle de spectacle de Washington, nichée sur les bords du Potomac. Tout le gratin est là, à commencer par Jackie Kennedy Onassis, l’ex Première Dame des Etats-Unis. Grande mélomane, c’est elle qui a commandé à Leonard Bernstein une oeuvre aux dimensions gigantesques et qui lui a demandé des années de travail : Mass

Seulement, un invité manque à l’appel. Un voisin dont on se dit dans la salle qu’il aurait au moins pu écouter quelques minutes du concert. Il habite à 10 minutes du nouveau centre, dans une grande Maison Blanche, il se nomme Richard Nixon et c’est le Président des Etats-Unis. Officiellement il n’a pas voulu voler la vedette à Jackie. Officieusement, des agents du FBI lui auraient déconseillé de venir applaudir la nouvelle oeuvre de Bernstein. Il parait queMassest une critique à peine dissimulée de la guerre du Vietnam.

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Le FBI, qui surveillait Leonard Bernstein depuis des années, n’avait pas tort. Son oeuvre est aussi ambivalente que le laisse supposer son titre. En anglais, "mass" peut se traduire comme "messe" mais aussi comme "foule". Cette foule bien présente dans Mass chante des textes issus de la messe catholique mais elle scande aussi des paroles qui n’auraient probablement pas plu à Nixon. Elles sont signées Paul Simon, un chanteur engagé contre la guerre du Vietnam et disent ceci : « La moitié du peuple est défoncée et l'autre moitié attend les prochaines élections. La moitié du peuple est noyée et l'autre moitié nage dans la mauvaise direction ».

Mass n’est pas une messe au sens propre du terme. Il s’agit plutôt d’un théâtre musical avec un argument, de la danse et une mise en scène. Pendant plus de deux heures, nous suivons une foule et même un prêtre qui se mettent à douter de leur foi et à remettre en cause l’autorité. Ils finissent par briser les codes et l’ordre établi comme Bernstein le fait dans sa partition lorsqu’il demande au curé de chanter comme une vedette de Broadway. 

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Avec Mass, Berstein fait un trait d’union entre la musique profane et sacrée. Sur scène, une formation de jazz dialogue avec l’orchestre tandis que l’orgue hammond des groupes de rock remplace celui des églises. L’"Alleluia" est même accompagnée par le rythme très swing d'une batterie dans ce patchwork inclassable où le chaos laisse finalement place à l’harmonie. 

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