MAXXI Classique
Programmation musicale
Vendredi 8 octobre 2021
3 min

Madame Bovary, la mélomanie et l’ennui

Arte diffuse ce dimanche à 13h30 Madame Bovary, l’adaptation signée Claude Chabrol du roman de Gustave Flaubert. Un film où la musique est omniprésente et dessine un portrait en creux d’Emma Bovary.

Madame Bovary, la mélomanie et l’ennui
L'actrice Isabelle Huppert dans le film 'Madame Bovary' réalisé par Claude Chabrol le 19 septembre 1990 en France., © Jacques PRAYER/Gamma-Rapho via Getty Images

Dans sa relecture de Madame Bovary sorti en 1991, Claude Chabrol nous fait entendre les partitions fauréennes de son fils, Matthieu Chabrol mais aussi un panorama sonore de la vie provinciale au XIXe siècle. Les chansons populaires des auberges et des cabarets côtoient les chants des églises tandis que les valses et les quadrilles d’un bal aristocratique résonnent en écho avec des airs lyriques entendus à l’opéra de Rouen. Plus que la littérature ou la peinture c’est bel et bien la musique qui entoure le personnage d’Emma Bovary. L'art qui adoucit les moeurs et qui dans son cas, la mènera à sa perte.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Paramétrer les cookies

Claude Chabrol nous montre qu'Emma Bovary est peut-être le personnage le plus musical et mélomane de tous les romans de Gustave Flaubert. La musique l’accompagne dès l’enfance, lorsqu’elle bénéficie d’une éducation de fille de bonne famille donnée dans un couvent de religieuses. Là-bas, elle apprend la danse et le piano, et se rêve en grande interprète mais elle n’aime pas le solfège. Plus tard, lorsqu’elle se marie avec Charles Bovary, elle passe ses après-midi à tuer l’ennui en jouant du pianoforte. Elle remplit le silence et le vide de son quotidien avec quelques notes de Scarlatti en rêvant peut-être d’une carrière de pianiste qui lui a échappé. 

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Emma Bovary est attirée par les lieux musicaux : les valses à la mode jouées par un orchestre lors du bal de la Vaubyessard, la plus belle soirée de sa vie ! Elle se rend aussi à l’opéra. Celui de Rouen où se presse la bourgeoisie normande et où l’on joue Lucia di Lammermoor de Donizetti. Un opéra qui résonne en écho avec le destin tragique d’Emma Bovary car on peut y entendre l’air de la folie. Une rêverie délirante que chante Lucia avant de se donner la mort comme un miroir lyrique de sa propre histoire. 

Pourtant, Emma Bovary s’en va de la représentation avant le troisième acte. Elle préfère retrouver son amant. On se dit alors que ce n’est pas tant la musique mais l’image sociale qu’elle véhicule qui plait tant à Emma Bovary. Le pianoforte est un symbole de bourgeoisie. L’opéra est un lieu où l’on se montre. On pourrait croire que le goût musical du personnage est une posture, un mensonge, un symptôme de plus du bovarysme. Mais cette théorie tombe à plat à la toute fin du film. 

Quand elle agonise après s’est administrée une dose fatale d’arsenic, Emma Bovary se souvient d’une chanson mystérieuse entonnée par un mendiant aveugle. Son dernier souvenir est donc musical et il résonne comme une délivrance.  

L'équipe de l'émission :