MAXXI Classique
Programmation musicale
Jeudi 24 septembre 2020
4 min

Le visage classique de Juliette Gréco

Un hommage à Juliette Gréco et à ses interprétations de mélodies, au début de sa carrière discographique, des compositeurs les moins classiques du classique : Kurt Weill et Erik Satie.

Le visage classique de Juliette Gréco
Portrait de Juliette Gréco en 1954, © Ullstein Bild / Getty

La Fiancée du pirate - Kurt Weill 

La Fiancée du pirate de Kurt Weill semble avoir été écrite pour Juliette Gréco. Elle en saisit  avec force, comme sa famille qui, quelques années avant cet enregistrement, était libérée du camp de concentration de Ravensbrück. Les paroles acerbes de Bertolt Brecht tombent si bien dans sa voix, tantôt gouailleuse tantôt furieuse quand elle raconte le quotidien misérable de cette prostituée de Soho, un quartier crasseux de Londres.
Si on y réfléchit, finalement rien d’étonnant à ce qu'elle se frotte à cet extrait de l’Opéra des quat’sous (1928). Elle montera ensuite sur la scène de la Philharmonie de Berlin et interprétera, au début de sa carrière, ce symbole du théâtre musical dont l’esthétique n’est pas si éloignée des chansons des cafés-concerts parisiens dont elle est pour toujours le symbole. 

Il existe plusieurs versions de cette Fiancée du pirate mais celle ci-dessous, la première, enregistrée en 1952 et arrangée par André Grassi, est peut-être la plus saisissante.

Daphénéo - Erik Satie 

Les affinités pour le classique de Juliette Gréco ne se cantonnent pas à la Fiancée du pirate ou à Barbara Song de Kurt Weill puisque l’on retrouve dans la discographie de Juliette Gréco plusieurs versions d’une mélodie d’Erik Satie.
Daphénéo une courte pièce proche de l’esprit cabaret également et que Satie compose en 1916 sur un texte de Mimi Godebska, une adolescente de 17 ans qui était la fille d’une mécène d’Erik Satie.

Le texte humoristique présente deux faux personnages antiques : Daphénéo, peut-être en référence au berger Daphnis et Chrysaline qui est peut-être une bergère ou une nymphe. Dans cette mélodie les deux personnages sont en grande discussion pour différencier le noisetier qui fait des noisettes et l'oisetier qui donne naissance à des oiseaux… Et l’interprétation anti-lyrique, très libre et pleine de glissandis de Juliette Gréco colle très bien à la mélodie sinueuse de Satie.

Dans cette version de Daphénéo d’Erik Satie, qui date de 1954 Juliette Gréco est accompagnée par l’orchestre de Michel Legrand, qui rejoint Juliette Gréco en duo, 15 ans plus tard en 1969 à la radio, dans une nouvelle version de cette mélodie. Juliette interprète Chrysaline tandis que Michel Legrand lui donne la réplique, en se mettant dans la peau du loufoque Daphénéo. 

L'équipe de l'émission :