MAXXI Classique
Programmation musicale
Mercredi 14 octobre 2020
3 min

Le classique et les souvenirs dans Valse avec Bachir d’Ari Folman

Sorti en 2008, Valse avec Bachir d’Ari Folman est un sommet du film d’animation notamment grâce à sa bande originale qui laisse une place importante à la musique et en particulier à la musique classique : de Bach, Schubert en passant à Chopin et sa célèbre valse op.64 n°2...

Le classique et les souvenirs dans Valse avec Bachir d’Ari Folman
La musique classique dans Valse avec Bachir d'Ari Folman : de Bach, Schubert à Chopin

Ne vous fiez pas à la douceur de cette musique. Valse avec Bachir est un traumatisme, ou plutôt un film sur le traumatisme, celui du réalisateur Ari Folman lui même.
En effet, le réalisateur a été engagé à 19 ans dans une guerre qui n’est pas la sienne, celle que mène Israël au Liban face à l’OPL, l’Organisation de libération de Palestine. Cet été 1982, la violence et les morts ont été progressivement oubliés par Ari Folman. Après toutes ces années, le réalisateur cherche à reconstituer, à nommer ces événements si douloureux qui ont été lentement refoulés.
Ce film nous raconte cette recherche. Plus on avance dans la quête du réalisateur, plus les scènes atroces reviennent, mises à distance par le dessin jaune et noir du film et par la musique classique.

Un concerto de Bach et une sonate de Schubert pour accentuer la violence de la guerre

C’est peut-être pour son caractère de berceuse qu’Ari Folman a choisi un arrangement de Bach pour accompagner l’attaque d’un enfant palestinien sur le commando d’Ari Folman… Comme c’est souvent le cas au cinéma, Ari Folman a choisi une musique extrêmement douce pour renforcer et pour contraster avec la violence de ce que l’on voit à l’écran.
En effet, ce que l’on voit à l’écran, ce n’est rien d’autre que la mort d’un enfant, bazooka à la main, tombant sous les oliviers.
L’arrangement du Concerto BWV 1056 de Bach est signé Max Richter, compositeur qui a écrit toute la musique du film et qui a également réalisé les arrangements d’oeuvres de Bach et de Schubert.

L’andantino de la Sonate D.959 de Schubert résonne tandis qu’Ari Folman déambule dans l’aéroport international de Beyrouth. Il voit les magasins, les caddies, les valises et le tableau des départs et des arrivées. Il comprend bientôt qu’il nage en plein délire, que son esprit ne veut pas voir ce qu’il a devant les yeux. Les avions qu’il croit voir décoller sont des carcasses, les magasins ont été pillés, il n’y a plus de valises et les touristes ont été remplacé par des militaires et des blessés à rapatrier. Quant au tableau d’affichage, il est figé depuis longtemps.
Tout cette scène se déroule sur l’andantino de Schubert, une berceuse mélancolique et dont le caractère funèbre est adoucie par la douce sonorité du célesta.

Une valse de Chopin derrière les balles

Concluons avec la scène qui a donné son nom au film. Ari Folman et sa compagnie marchent dans Beyrouth. Ils sont retranchés derrière des voitures, bloqués et terrifiés par le feu de tirs palestiniens venant de part et d’autre des immeubles. Sous un portrait mural gigantesque de Bachir Gemayel, président catholique du Liban assassiné quelques jours plus tôt, Ari Folman se demande si sa dernière heure n’est pas venue. Tout semble perdu quand un soldat israélien se lève, une mitraillette à la main semble danser sous le portrait du président, au son d’une valse de Chopin...

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