MAXXI Classique
Programmation musicale
Jeudi 7 janvier 2021
3 min

Le classique décalé de la Chronique des Bridgerton

Impossible de passer à côté. La chronique des Bridgerton est la série Netflix la plus regardée en France. Sa musique est à l'image de son propos : décalée et anachronique.

Le classique décalé de la Chronique des Bridgerton
Phoebe Dynevor (Daphne Bridgerton) et Regé-Jean Page (Simon Basset), © LIAM DANIEL/NETFLIX © 2020

La chronique des Bridgerton est censée se passer à Londres au début du XIXe siècle. L’argument, classique en apparence et que n’aurait pas renié Jane Austen, nous invite à suivre une saison de mariage et de bals dans la capitale anglaise. Tous les ans, prétendants et prétendantes de la noblesse et de la bonne société britannique se rencontrent et se courtisent à la faveur de fêtes somptueuses. Des histoires d’amours et beaucoup d’intrigues en perspective…

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Si dans le fond, la chronique des Bridgerton est très classique, c’est la forme de cette série qui fait son originalité. Des images saturées de couleur, des scènes de sexe volontairement longue et nombreuses, une cour cosmopolite à la faveur d’un mariage royal métisse. Et pour accompagner ces images, le compositeur et pianiste de jazz Kris Bowers écrit une musique décalée entre baroque, romantisme tardif et minimalisme américain…

A l’écran, la musique de la Chronique des Bridgerton est justifiée par le fait que le personnage principal, Daphné Bridgerton est une pianiste. Elle joue Beethoven au pianoforte et elle compose. On apprend dans la série que cette musique que l’on entend est une de ses compositions. Par le piano, elle exprime aussi sa tristesse et ses désirs que la société anglaise très codifiée et étouffante lui empêche de dire clairement…

Même si Kris Bowers utilise un orchestre classique et très peu d’éléments électroniques, sa musique est totalement anachronique et sonne parfois de manière très pop. C’est aussi le propos de cette série, regarder avec des yeux contemporains une histoire censée se passer au XIXe siècle ! C’est pour cette raison que l’on trouve dans la série, plusieurs musiques d’un compositeur qui aime à reprendre des grands classiques : un certain Max Richter.

Vous aurez peut-être reconnu le mouvement rapide du concerto pour violon l’été de Vivaldi ! Mais il y a ces contretemps dans les graves et cette réharmonisation de la phrase de Vivaldi qui ne sonne plus baroque mais bien de manière contemporaine ! L’anachronisme de la musique de Kris Bowers ou de Max Richter est totalement assumé. Un anachronisme que l’on retrouve aussi dans les œuvres classiques entendues dans la série. Des œuvres qui n’auraient jamais pu être entendues au début du XIXe siècle, période durant laquelle est censée se passer la Chronique des Bridgerton. 

C’est le cas de deux musiques jouées pendant un bal en 1813. Tout d’abord la barcarolle d’Offenbach que l’on entend avec un horrible vibrato alors que cette musique n’a été composée qu’en 1881 et cette valse de Chostakovitch qui date du XXe siècle ! D’ailleurs, son utilisation dans la série est probablement un clin d’œil à un film culte qui abonde en bals et en critique de la bonne société : Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick.

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