MAXXI Classique
Programmation musicale
Vendredi 13 novembre 2020
3 min

La Polonaise Héroïque de Chopin dans Yoga d’Emmanuel Carrère

Max Dozolme consacre son Maxxi Classique du jour à un ouvrage dont on a beaucoup parlé depuis sa sortie à la rentrée : "Yoga" d’Emmanuel Carrère, un récit dans lequel s’invite Frédéric Chopin.

La Polonaise Héroïque de Chopin dans Yoga d’Emmanuel Carrère
Yoga, Emmanuel Carrère , © P.O.L

Yoga, le récit autobiographique d'un auteur mélomane

Emmanuel Carrère n’est pas musicien, il n’a jamais appris d’instrument pourtant c'est un véritable mélomane !

Dans Yoga, son dernier ouvrage, on trouve justement un passage dans lequel Emmanuel Carrère décrit de manière très poétique la Polonaise Héroïque d’un compositeur qu’il affectionne particulièrement : Frédéric Chopin ! Cette oeuvre, il l'a redécouverte, écrit-il, lors d’une soirée passée en compagnie d'une femme sur l’île de Léros, en Grèce.

Erica, américaine d’une soixantaine d’année organise des ateliers d’écritures dans un centre de migrants. Emmanuel Carrère travaille avec elle à ces ateliers et une amitié se crée entre eux. Un soir, Frederica organise une soirée chez elle, ils boivent beaucoup et dansent tous les deux sur une musique qu’ils écoutent en boucle :  la Polonaise Héroïque de Chopin jouée par Vladimir Horowitz.

Une interprétation dont Emmanuel Carrère dit ce qui suit : « La Polonaise héroïque, avec son incroyable puissance rythmique, ses somptueux crescendo d’octaves, les retours à chaque fois plus grandiose du thème principal, le premier intermède qui est une espèce de chevauchée fantastique et le second qui ressemble à une guirlande gracieusement déroulée, du pur Chopin, en apesanteur, magique ! »

Un chapitre nommé d'après la pianiste Martha Argerich

Un peu plus loin dans Yoga, un chapitre s'intitule Martha, Martha avec un H, comme Martha Argerich. Dans ce passage, Emmanuel Carrère raconte qu’Erica lui a envoyé par mail le lien d’une vidéo YouTube où il est écrit « 5’30 »… S’ensuit alors une description précise, minute par minute ce qu’il entend et ce qu’il voit sur cette vidéo : un film en noir et blanc où Martha Argerich joue cette même polonaise ! Dans ce passage nous sommes comme dans la tête de l’écrivain. A 4’30 par exemple Emmanuel Carrère évoque une petite note jouée « très haut dans le ciel »

Puis l'on parvient à cette cinquième minute et trente secondes à laquelle Martha Argerich réexpose le thème principal de la polonaise en esquissant un sourire ! Un sourire qu'Emmanuel Carrère décrit comme une épiphanie : « Il dure exactement cinq secondes, de 5’30 à 5’35, mais pendant ces cinq secondes on a entrevu le paradis. Elle y a été, elle, cinq secondes mais cinq secondes suffisent, en la regardant on y a accès. Par procuration mais accès. On sait qu’il existe ! » 

Emmanuel Carrère nous invite donc, grâce à ses indications temporelles précises à nous mettre dans sa peau. Il nous invite à écouter comme lui Martha Argerich et à voir comme lui son sourire tel qu'il l'a vu. Il nous invite en somme à vivre une expérience étrange entre fiction et réalité.

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