MAXXI Classique
Programmation musicale
Mercredi 2 juin 2021
3 min

Du ragtime dans une partition de Beethoven ?

Ravel, Debussy, Gershwin, de nombreux compositeurs se sont inspirés du ragtime pour écrire leur propre musique de piano ou d’orchestre. Mais si l’on va plus loin, on peut même dire, de manière anachronique bien sûr que Beethoven a peut-être écrit dans le style jazz avant tout le monde...

Du ragtime dans une partition de Beethoven ?
Portrait de Scott Joplin et de Beethoven , © Montage / Getty

C’est la feuille qui cache la forêt. Une feuille d’érable qui a donné son nom à l’un des plus célèbres ragtime de l’histoire et qui a éclipsé tous les autres : Maple Leaf Rag, le ragtime de la feuille d’érable. L’histoire raconte que ce nom vient du club Maple Leaf de Sedalia, une toute petite ville du Midwest dans laquelle Scott Joplin séjourna quelque temps. Mais le vent a porté cette feuille d’érable bien plus loin. La partition éditée en 1899 est vendue à plus d’un million d’exemplaires et les Etats-Unis se passionnent pour cette musique l’on nomme ragtime, littéralement, le temps irrégulier, en lambeaux.

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Pourquoi ce nom ? Car même si le ragtime a un rythme de main gauche, à deux temps, très régulier que l'on nomme la pompe, la mélodie jouée à la main droite est syncopée, c’est-à-dire qu’elle est pleine d’accents imprévisibles où l’on perd la notion de temps forts et de temps faibles ! Et l’écriture syncopée, c’est ce qui fait tout le sel du ragtime. Si on enlève les syncopes de la mélodie, celle-ci devient beaucoup plus plate, régulière et ennuyeuse. 

La syncopation est l’un des procédés favoris des musiciens classiques quand ils veulent écrire dans le style jazz. Gershwin l’utilise à outrance dans sa Rhapsody in blue, Ravel également dans le mouvement "Blues" de sa Sonate pour violon en sol majeur. Debussy aussi dans sa pièce Golliwogg’s Cake Walk extraite des Children’s Corner. Un hommage au Cake Walk, la danse américaine dont le ragtime est un dérivé et qui fait elle aussi la part belle à l’écriture en syncope.

Les musiciens n’ont pas attendu le ragtime pour écrire des syncopes. Dans son ultime sonate pour piano, la Sonate n°32 op.111, Beethoven donne à entendre un épisode étonnant, tout en notes syncopées qui pourrait faire penser, de manière anachronique bien sûr à quelques pages de boogie-woogie ! 

Une sonate qui me fait dire que finalement, il n’y a rien de bien surprenant à voir des artistes  réinterpréter aujourd'hui le répertoire de Beethoven ou Bach dans un style jazz. Le dernier exemple en date étant l’album du pianiste français David Zouzout dans lequel Satie et Chopin sont joués façon Scott Joplin.

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