MAXXI Classique
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Mercredi 13 janvier 2021
3 min

Dazed and Confused : les lamentations de Led Zeppelin

Aujourd’hui on réécoute le premier album de Led Zeppelin. Led Zeppelin I, Un album résolument hard rock où l’on peut entendre notamment le fracassant titre : Dazed and Confused. Un titre dont la basse obstinée peut rappeler celle de la passacaille ou de la chaconne baroque.

Dazed and Confused : les lamentations de Led Zeppelin
Le chanteur de Led Zeppelin, Robert Plant en 1975. , © Chris Walter/WireImage

Une basse qui n’en finit pas de descendre demi-tons par demi-tons. Et du fond de cet abîme creusé par le bassiste John Paul Jones s’échappe le hurlement strident de Robert Plant… Dazed and Confused est peut-être le titre le plus étonnant du premier disque de Led Zeppelin ! Led Zeppelin I est sorti il y a 52 ans quasiment jour pour jour, en 1969, à une époque où personne n’avait pensé que l’on pouvait jouer du blues de cette manière. Pour mieux se rendre compte de l’originalité et de la puissance sonore du style Led Zep, il faut comparer cette chanson avec sa version originale, composée par un certain Jake Holmes en 1967.

Guitare et archet de violon

Beaucoup plus folk, la version de Jake Holmes ignore la batterie lourde et imprévisible de John Bonham ainsi que les plaintes de guitare de Jimmy Page. Des lamentations jouées aux doigts mais aussi avec un archet de violon.  Dazed and Confused est un des premiers titres de Led Zeppelin dans lequel Jimmy Page joue de sa guitare avec un archet. Il fait ronronner l’instrument non plus en pizzicato mais arco comme disent les musiciens classiques.

Un passage comme un miroir aux reflets psychédéliques. Tandis que la batterie imite les riffs de la basse, les glissandis de la guitare répondent aux râles vocaux de Robert Plant. Comme pour représenter la chute du Zeppelin Hindeburg en flamme lors de son accident en 1937, photo spectaculaire et identité visuelle de l'album, l’archet de Jimmy Page imite la chute d’un objet volant et musical… 

Une basse descendante, chromatique et obstinée...

Il y a quelque chose que le Dazed and Confused de Jake Holmes et de Led Zeppelin ont en commun. Il s'agit de cette basse descendante et chromatique qui ouvre la chanson et nous plonge dans une transe hypnotique. Dans un article intitulé « Chaconne, Lamento et Walking Bass », le journaliste américain Alex Ross fait un lien entre la basse obstinée de Dazed and Confused et celui de la chaconne. Une danse baroque qui repose sur une même basse répétée obstinément.  Alex Ross prend précisément l’exemple de l’air de Didon dans l’opéra Didon et Enée de Henry Purcell. Un air où les lamentations de Didon sont construites sur une basse descendante et chromatique comme dans la chanson de Led Zeppelin. 

... comme un air de Didon et Enée de Henry Purcell

Ce chromatisme descendant est un bel exemple de figuralisme musical, une manière de symboliser musicalement le sens d’un texte. Chez Purcell cette chute musicale exprime la mort à venir et la descente au tombeau de Didon tandis que pour Robert Plant elle évoque peut-être son l’amour transi et déçu… Des conditions un peu moins extrêmes ! Quoi qu’il en soit, cette écriture sur une basse descendante et obstinée est très appréciée par Led Zeppelin ! Toujours dans l’album Led Zeppelin I, si vous écoutez la chanson Baby I’m Gonna Leave You, vous retrouverez aussi une basse structurante, très efficace et un poil dépressive... 

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