MAXXI Classique
Programmation musicale
Vendredi 2 avril 2021
3 min

Claude Chabrol : Liszt, Mozart et la bourgeoisie

Avez-vous déjà entendu Chabrol jouer du piano et chanter de l'opéra ? Le réalisateur avait un don pour faire rimer Brahms, Wagner et Mozart avec faits divers et portraits de la bourgeoisie.

Claude Chabrol : Liszt, Mozart et la bourgeoisie
Le metteur en scène Claude Chabrol pendant le tournage du film 'Une Affaire de femmes' en mai 1988 en France. , © Photo by Jacques PRAYER/Gamma-Rapho via Getty Images
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Dans son autobiographie Pensées réplique et anecdotes, Claude Chabrol racontait qu’il aimait organiser des gueuletons pendant les tournages de ses films et qu’à la fin de ces repas d’équipe, il adorait chanter un air  de Lakmé de Léo Delibes.Dans l’intimité, Chabrol aimait aussi jouer du piano à ses heures perdues. 

Le piano est l’instrument favoris de Chabrol. Un instrument qu’il apprend dès l’enfance en suivant des cours auprès de la même professeure que sa mère. Mais contrairement à son fils Matthieu Chabrol, qui devient le compositeur de ses films à partir des années 80, Claude Chabrol n’est pas un étudiant très assidu, il préfère improviser plutôt qu’apprendre les oeuvres du répertoire.

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Le réalisateur s’est-il souvenu de ses leçons de piano et de sa professeure russe de son enfance lorsqu’il filma celle que donne Jacques Dutronc à Anna Mouglalis dans Merci pour le chocolat ? Un film dans lequel la musique de Liszt est associée à la bourgeoisie. Comme pour montrer la superposition de deux mondes, Chabrol fait jouer Funérailles de Liszt à Jacques Dutronc pendant que son fils joue à un jeu vidéo. Notes et bip bip se superposent comme deux univers, deux sonorités que l’on opposait encore volontiers au début des années 2000. Le jeu vidéo n'était pas encore considéré comme un art. 

La musique classique est aussi associée à la bourgeoisie dans La Cérémonie, une adaptation du roman l’Analphabète de l’écrivaine anglaise Ruth Rendell dans lequel une famille est assassinés par ses deux domestiques sur un extrait de l’opéra Don Juan de Mozart. A propos de cette scène, écoutons Claude Chabrol raconter une anecdote étonnante à Jean-Michel Damian en 1999 sur France Musique. 

Dans la Cérémonie et juste avant la scène de meurtre, Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire observent leur futures victimes depuis une mezzanine. Elles surplombent la famille bourgeoise qui regarde, habillée comme pour aller à l'opéra, le Don Juan à la télévision. Cette disposition des personnages, renforcée par un mouvement de caméra, rappelle celle d’une vraie salle de concert où les places les plus chères sont près de la scène et celles en hauteur et moins confortables sont beaucoup moins onéreuses et nommées le poulailler ou le paradis. Ça pour le coup, c’est une idée purement cinématographique et assez géniale. 

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