Les Trésors de France Musique
Entretien
Mercredi 11 mars 2020
59 min

Récital Galina Vichnevskaïa : Une archive de 1979

Le 29 mars 1979, la salle Pleyel accueillait la soprano russe Galina Vichnevskaïa. Au programme, des mélodies de Tchaïkovski, Rachmaninov, et Chostakovitch. Elle était accompagnée par Vasso Devetzi au piano, Jean-Pierre Wallez au violon et Mstislav Rostropovitch au violoncelle...

Récital Galina Vichnevskaïa : Une archive de 1979
Le violoncelliste Mstislav Rostropovitch et son épouse la soprano Galina Vichnevskaia sur scène en janvier 1976 à Paris, France. , © Getty / François Lochon /Gamma-Rapho

Galina Vichnevskaïa est apparue en reine de cet art russe du chant

Galina Vichnevskaïa proposait ce soir-là en première audition française les Sept romances sur des poèmes d'Alexandre Blok, un cycle de mélodie composé en 1967 à son intention par son ami et compatriote, Dmitri Chostakovitch.
Le 2 avril 1979, le critique musical Jacques Lonchampt publiait un compte-rendu très élogieux de ce récital dans les colonnes du journal Le Monde :

Les mains jointes portées vers l'avant, le corps cambré, le visage d'enfant qui s'empreint des émotions de la femme comblée, trahie, tragique, la crinière de lionne, les bras qui se détendent, épousent le mouvement de la musique qui se perd ou se pose : tout cela composait un spectacle splendide, déchirant et vrai.

Galina Vichnevskaïa est apparue en reine de cet art russe du chant, de cette tension vertigineuse de la voix, de son épanouissement tragique, de son legato sublime, non moins que de cette présentation théâtrale où chaque geste est minutieusement ritualisé pour traduire une attitude sculpturale, le mouvement et le sens de la musique, en donnant au corps sa plénitude physique d'accompagnement, d'incarnation du lyrisme. Un art de prime abord un peu désuet, mais auquel Vichnevskaïa rend, jusque dans la scénographie des saluts, sa profonde noblesse. Les mains jointes portées vers l'avant, le corps cambré, le visage d'enfant qui s'empreint des émotions de la femme comblée, trahie, tragique, la crinière de lionne, les bras qui se détendent, épousent le mouvement de la musique qui se perd ou se pose : tout cela composait un spectacle splendide, déchirant et vrai.

Galina Vichnevskaïa donnait la première audition en France des "Sept poèmes d'Alexandre Blok", écrits pour elle à la fin de sa vie par Chostakovitch. Le piano de Vasso Devetzi, le violon de Jean-Pierre Wallez, le violoncelle de Rostropovitch entraient tour à tour comme des voix secourables entourant cet être voué à un monde hermétique, celui de certains lieder du Voyage d'hiver ou des Kindertotenlieder, chants de pérégrination humaine dans un univers glacé où la tempête fait rage, apparemment sans espoir, et portant cependant une indéracinable espérance dans ce lyrisme qui ne se résout pas à mourir. Car la musique, " par-delà le sang, les souffrances, le tombeau ", est toujours là comme " la coupe fumante de son ultime passion ".

Programmation musicale

Piotr ilitch Tchaïkovski
Le Rossignol
Pas un mot mon ami…
Si j'avais su op 47 n°1
Pourquoi ? op 6 n°5
Sérénade
Galina Vichnevskaïa, soprano
Vasso Devetzi, piano   

Sergueï Rachmaninov
Trois chansons russes, op. 41 :
Oh, Vanka, quelle forte tête tu es ! op 41 n° 2
Blanchissez, mes joues ! op 41 n° 3
Galina Vichnevskaïa, soprano
Vasso Devetzi, piano   

Dmitri Chostakovitch
Sept romances sur des poèmes d'Alexandre Blok
(1ère audition en France)
Galina Vichnevskaïa, soprano
Vasso Devetzi, piano
Jean-Pierre Wallez, violon
Mstislav Rostropovitch, violoncelle   

Nikolaï Rimski-Korsakov
La Fiancée du Tsar : Air de Lioubacha (Acte II)
Galina Vichnevskaïa, soprano 

(Enregistré Salle Pleyel, le 29 mars 1979)

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