Entretien
Vendredi 26 octobre 2012
51 min

Yoann Bourgeois, acrobate, acteur, jongleur, danseur mais avant tout joueur

© Cie Yoann Bourgeois
© Cie Yoann Bourgeois

«Nous n'accédons à l'infini que par un escalier»

Arpenteur du vertige et du temps suspendu, Yoann Bourgeois le sait, lui qui n'a de cesse d'interroger tout ce qui de près ou de loin a trait à la pesanteur.
La gravité qui nous plombe, il sait magnifiquement s'en défaire sans jamais se départir de son humaine condition, ce qui le rend d'autant plus attachant aux yeux des tristes bipèdes que nous sommes, bien incapables de tutoyer cimes et sommets avec l'insoutenable légèreté qui est la sienne.

Invités

Yoann Bourgeois

Ancien élève du Centre National des arts du cirque et du Centre National de la Danse Contemporaine d'Angers, il choisit Maguy Marin comme premier capitaine d'aventures, avec laquelle il travaille quatre années autour de l'incessante question de « l'être ensemble ».
Se définissant avant tout comme « joueur » plutôt que prisonnier d'une discipline, il se revendique avant tout comme un circassien, mais libéré de la performance et de la virtuosité, dont il se fait un cache col et dont il se soucie comme de son premier trampoline.
Revenu à Grenoble, sa ville natale, pour y implanter travail et compagnie, il se verra confier par la MC2 le soin d'investir la Bastille et d'affronter, du haut du Belvédère Vauban un panorama fait des trois massifs de sommets qui encerclent la ville. « Cavale », créé pour l'occasion, deviendra immédiatement, par le vertige qu'il suscite, à tous les sens du terme, un objet de référence. L'appréhension du concept de « vitalité désespérée », chère à Barthes et à Pasolini, et la déclinaison subtile qu'il en fait, garde Yoann Bourgeois de la performance gratuite et encombrante.
En cheminant à travers les fugues de Bach pour les rapprocher des figures de cirque et envisager une nouvelle version du traditionnel « numéro », il conçoit de petits intermèdes comme autant de motifs musicaux. Les petites fugues, qu'il crée ainsi lui ouvre la perspective d'un spectacle basé sur la relation entre le corps et la force comme la source inépuisable du drame qui préside à l'écriture de sa nouvelle pièce, l'Art de la Fugue, Yoann Bourgeois dans le même mouvement a transporté en Chine ses rêves à venir, autour des Quatre Saisons de Vivaldi et de l'école de l'Opéra de Dahlian, celui-là même qui permit à Aurélien Bory de produire les « sept planches de la ruse », pour créer ici en Octobre prochain son nouvel opus Wu wei.

.....La Compagnie de Yoann Bourgeois

La spécificité de notre processus est une déconstruction des matières circassiennes où "la figure" accède au statut de "motif".

Cela signifie entre autre que nous déjouons le sens traditionnel de la surenchère au profit d'une réflexion horizontale sur le temps. J'appelle "matières circassiennes" cet ensemble de jeux qui mettent en relation un corps et une force physique. Mon écriture vise avant tout à rendre perceptible ces forces car elles sont pour moi une source intarissable de "drame"; un théâtre au potentiel imaginaire puissant où l'élément dramaturgique n'est plus conduit par la seule psychologie de l'acteur. Dans ce jeu des forces qui traversent les acteurs, nous cherchons à atteindre "un point de suspension" (endroit idéal lorsque l'envol d'un corps atteint son apogée et lorsque la chute n'a pas encore débuté). Passer par ce point, trouble le présent et lui confère un "temps hors-durée". C'est un point bouleversant, pour l'homme qui subit chaque seconde le travail du temps. Par la quête de ce point (recherche obstinée d'un lieu "neutre" qui ne subirait plus les contraintes d'aucunes forces), nous pensons que notre cirque est peut-être avant tout, un cirque éthique. Notre cirque "Cette capacité peu commune... De muer en terrain de jeu le pire désert" Michel Leiris.
Le cirque que nous défendons se trouve à l'extrémité-limite des jeux de vertiges et des jeux de masques. Notre démarche aborde les questions de présence par certaines notions d'équilibre, de limite ou de risque. Nous cherchons par nos jeux cette limite ténue où la fiction (ce décollement du réel) devient possible et découvre une "dimension". Débarrassé de ses codes traditionnels, c'est donc d'un cirque dépouillé qu'il s'agit dont la propension à de nouvelles formes de théâtralité est immense.
Les matières circassiennes mettent en relation le corps avec des forces physiques (la gravité, la force centrifuge...) et recèle un potentiel suggestif, imaginaire, infini lorsqu'on "les laisse parler".
Notre cirque veut expérimenter tous les espaces de jeux, pour revivifier ce qu'on nomme communément : "représentation".

La Compagnie de Yoann Bourgeois

Wu-Wei

Hommes et femmes de tous âges, ils viennent de Chine, de la ville de Dalian. Yoann Bourgeois a été invité à rencontrer ces artistes dans leur pays. Il a voyagé vers eux avec le désir d'approcher l'art ancestral de l'acrobatie chinoise.
Sur scène, huit musiciens du Balkan Baroque Band entament Les Quatre Saisons de Vivaldi.
Véritable ligne temporelle du spectacle, l'œuvre musicale apporte à chaque geste une teinte, l'impression d'une coloration.
Printemps, Été, Automne, Hiver, les quatre concertos dessinent les transformations d'un paysage soumis au temps. Qu'en est-il des variations de l'âge chez l'homme? Acteurs de différentes générations, comment vieillesse ou jeunesse traversent-elles les corps?

En savoir plus sur le spectacle Wu-Wei

l'Art de la Fugue

écrite à partir de la partition du cantor de Leipzig.

Comme la musique interprétée sur scène par Célimène Daudet, il s'agit là de deux parcours connexes, d'un homme et d'une femme, doucement saisis par l'amour, qui vont entreprendre, par une sorte de danse sur deux chants distincts, la déconstruction d'un immense cube de bois qui se révélera être un fabuleux terrain de jeux, prétexte au déploiement du talent des interprètes.
Crée à l'automne dernier, l'Art de la Fugue a été l'un des spectacles de référence de cette saison.

En savoir plus sur le spectacle l'Art de la Fugue

L'Art e la Fugue à la Maison des Cultures d'Amiens

Cavale

Par une composition simple et réglée comme du papier à musique, il reviendrons aux sources de l'acrobatie avec des motifs d'élans, de déséquilibres ou d'envols.

vidaru.com : Arts de la rue - Yoann Bo : Final Fantasy XIII - TraiAuteur : Yoann Bourgeois
Interprètes : Mathurin Bolze, Yoann Bourgeois
Regard extérieur : Marie Fonte

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Programmation musicale

GENERIQUE de L'EMISSION : Suite Panaméenne de Kurt Weil
utilisé comme thème de la célèbre chanson Youkali
Rosemary Hardy, soprano
Ensemble Modern
B K Gruber
Album : Berlin im Licht réf : LARGO 5114

J S Bach
L'Art de la Fugue, Fugue N°1
Tatiana Nikolayeva, piano
Melodia MEL CD 10 020061967

Schubert
Auf dem Wasser zu singen
Barbara Bonney, soprano; Geoffrey Parsons, piano
TELDEC TELD 4509-90873-2

J S Bach
L'Art de la Fugue, Canon alla duduodecima-Contrapunto alla Quinta
Tatiana Nikolayeva, piano
Melodia MEL CD 10 02006

Traditionnel Joseph-Marie Amiot, Pékin, 1779
La feuille de Saule Shengmu jing (Ave Maria)
Choeur de l'Eglise de Beitang de Pékin
Ensemble Musique des Lumières
Jean-Christophe Frisch et percussion
K 617 K 617155

Gaston Bachelard, interview

Godspeed you black emperor
Yanqui U.x.o. Rockets fall on Rockets Falls
Godspeed you black emperor
Constellation KCONS CST 024

Leo Ferré
Words...Words...Words
Léo Ferré
Orchestre Philhamonique de Milan
LAMEMO 10006

Leo Ferré
Opus X
Léo Ferré, piano
La Mémoire et la La Mer 10015

Purcell
Didon et Enée
Lorraine Hunt (1954-2006)
Philharmonia Baroque Orchestra
Nicholas Mac Gegan
HARMONIA MUNDI HMU 907471.72

J S Bach
L'Art de la Fugue, Canon à l'octave
Tatiana Nikolayeva, piano
Melodia MEL CD 10 02006

Joseph-Marie Amiot, Pékin, 1779
L'Aloès et le Santal Brûlant
Choeur de l'Eglise de Beitang de Pékin
Ensemble Musique des Lumières
Jean-Christophe Frisch et percussion
K 617 K 617155

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