Les lundis de la contemporaine
Magazine
Lundi 17 juin 2013
2h 24mn

Gaxie/Lindberg/Maresz par musikFabrik (Festival ManiFeste)

20h00 : LE CONCERT DU SOIR, par Arnaud Merlin

21h30 : LE MAGAZINE DE LA CONTEMPORAINE, par Arnaud Merlin avec les reportages de Pierre Rigaudière et l'interview "sur le vif" de Jean-Pierre Derrien


Le concert du soir
Concert enregistré le 6 juin à la Grande Salle du Centre Pompidou à Paris, dans le cadre du festival ManiFeste 2013

Sébastien Gaxie (né en 1977)
Continuous Snapshots
David Lively, piano
Olivier Pasquet, réalisateur en informatique musicale Ircam

Magnus Lindberg (né en 1958)
Twine
David Lively, piano

Magnus Lindberg (né en 1958)
Etude I / Etude II
David Lively, piano

Magnus Lindberg (né en 1958)
Coyote Blues
MusikFabrik
Peter Rundel, direction

Yan Maresz (né en 1966)
Tutti (commande de Françoise et Jean-Philippe Billarant, Kunststiftung NEW et MusikFabrik, création)
MusikFabrik
Peter Rundel, direction
Thomas Goepfer, réalisateur en informatique musicale Ircam

C'était le 6 juin dernier : le pianiste David Lively et l'ensemble musikFabrik se succédaient pour un concert qui s'ouvrait et se refermait avec des créations attendues, celle du jeune compositeur Sébastien Gaxie en début de programme, et celle de Yan Maresz, en clôture ; entre ces deux créations figuraient plusieurs partitions du compositeur finlandais Magnus Lindberg.

Place tout d'abord à Sébastien Gaxie ; il est né en 1977, on a évoqué son nom à plusieurs reprises dans cette émission, nous l'avons d'ailleurs reçu dans ce studio, il fait partie des jeunes compositeurs dont on suit le parcours avec intérêt. Il faut dire que Sébastien Gaxie se distingue par un itinéraire original, il a commencé par le jazz, au piano mais aussi en grand orchestre, avec une grande formation, le Zhig Band, puis il a suivi la session de composition à Royaumont en l'an 2000 et la même année il est entré au Conservatoire national supérieur de Paris où il a étudié notamment avec Emmanuel Nunes, Frédéric Durieux et Marc-André Dalbavie pour l'orchestration. Plus récemment, Sébastien Gaxie a suivi le cursus de l'Ircam, et son catalogue s'est enrichi depuis quelques années avec des pièces pour ensemble et électronique, des partitions pour la danse ou pour le cinéma muet, ou encore une pièce radiophonique avec le chef Pierre Gagnaire.
Pour la pièce que nous allons découvrir ce soir, il s'agit d'une partition pour piano et électronique dans laquelle le compositeur applique un procédé qu'il a déjà expérimenté avec d'autres pièces qui associaient plusieurs disciplines : le principe de synchronicité, qu'il applique ici à l'articulation entre l'acoustique et l'électronique. Sébastien Gaxie est parti de matériaux musicaux qu'il a rassemblés, la voix de Médéric Collignon, des extraits de pièces de Nono et de Ligeti ou d'un enregistrement de Ravi Shankar ; le compositeur est parti aussi de la 22e fugue du Premier Livre du "Clavier bien tempéré" de Jean-Sébastien Bach, qu'il va étirer sur l'ensemble de la pièce en se servant de ses différentes entrées, et le résultat constitue une sorte de tissage d'histoires différentes que l'on raconte en même temps, ce sont les instantanés continus dont parle le titre de la pièce, "Continuous snapshots".
Une partition confiée ici au pianiste français d'origine américaine David Lively, qui a été l'élève de Nadia Boulanger - c'est elle qui lui a fait découvrir les univers des compositeurs américains Aaron Copland et Elliott Carter... Quant à la réalisation en informatique musicale, elle est signée Olivier Pasquet.

Le concert continuait avec des pièces pour piano du compositeur finlandais Magnus Lindberg, qui appartient à la génération précédente ; Lindberg est né en 1958, il a étudié à Helsinki puis à Darmstadt avec Ferneyhough et Lachenmann, à Sienne avec Donatoni, puis à Paris avec Vinko Globokar et Gérard Grisey. Magnus Lindberg a fait partie de ce petit groupe d'amis qui ont fondé plusieurs institutions de diffusion de la musique contemporaine à la fin des années 70, avec Kaija Saariaho et Esa-Pekka Salonen, entre autres, et il a su se forger un style personnel tout en faisant la synthèse de multiples influences, du free jazz à la musique spectrale... La première pièce que nous allons écouter date de sa première période de compositeur, nous sommes en 1988, Lindberg est affaibli par une maladie tropicale contractée en Indonésie et d'autre part il s'interroge beaucoup sur son langage, en confrontant la pensée sérielle à l'expérience de la musique spectrale, en particulier.
David Lively avoue un certain faible pour la musique de ce compositeur finlandais : "J'aime énormément Magnus Lindberg : c'est une personnalité joyeuse, d'une énergie folle." David Lively qui précise, dans le même entretien avec Jérémie Szpirglas, qu'il aime aussi beaucoup les deux Etudes de Magnus Lindberg que nous allons écouter maintenant, et qui sont très gratifiantes pour l'interprète : "Avec une certaine économie de moyens, continue-t-il, Magnus parvient à faire sonner le piano comme du grand piano - celui qui aime Rachmaninov aura énormément de plaisir à jouer ces Études. Son approche de l'instrument est toujours attentive à sa résonance, avec de nombreuses pédales et harmoniques".
Le première de ces Etudes a été écrite en 2001, la seconde en 2004.

Après l'entracte, on retrouvait un magnifique ensemble allemand, l'ensemble musikFabrik ; il a été fondé en 1990 et il est basé à Cologne, musikFabrik travaille beaucoup avec la Philharmonie et la Radio de Cologne, et bien sûr l'ensemble est très régulièrement invité dans les festivals un peu partout en Europe ou aux Etats-Unis. Nous l'entendrons ce soir placé sous la direction de Peter Rundel, qui est l'un des chefs les plus demandés pour la musique d'aujourd'hui ; Peter Rundel a eu une formation de violoniste, puis il s'est formé à la direction avec Michael Gielen et Peter Eötvös, il a joué longtemps comme violoniste au sein de l'ensemble Modern, et on peut aussi le voir diriger depuis sa fondation l'ensemble Remis de Porto, qui est en résidence à la Casa da Musica de Porto.
musikFabrik et Peter Rundel vont donc assurer la deuxième partie de ce concert, avec tout d'abord une pièce déjà assez ancienne de Magnus Lindberg, "Coyote Blues", qui date de 1993 ; cette pièce devait à l'origine être écrite pour voix et ensemble, mais le compositeur a choisi de retirer la voix dans un deuxième temps, même si le matériau vocal reste perceptible ici dans l'écriture proprement instrumentale, notamment dans le procédé du hoquet, dans le glissando ou dans les passages mélismatiques.

Ce concert se refermait par une création très attendue de Yan Maresz, un compositeur qui se faisait rare dans les programmations de concerts depuis quelques années ; il faut dire que cet excellent pédagogue est très demandé, il enseigne aujourd'hui au Conservatoire de Paris et à Boulogne-Billancourt après avoir été professeur au cursus de l'Ircam pendant plusieurs années. L'idée de cette nouvelle pièce est de renverser le procédé qui s'impose souvent dans la conception d'une oeuvre à l'électronique, en limitant volontairement l'écriture instrumentale, et en diffusant le son de l'ensemble sans le traiter, afin de faire entendre le grand ensemble "comme un seul et unique instrument capable de produire des couleurs et un discours variés mais porteur d'une seule identité"...

Comblement

Yan Maresz (né en 1966)
Entrelacs
Ensemble Intercontemporain
Emmanuelle Ophèle, flûte
Alain Billard, clarinettes
Michel Cerutti, vibraphone
Hidéki Nagano, piano
Pierre Strauch, violoncelle
Frédéric Stochl, contrebasse
Enr. 2001 (Ircam)
Accord 476 7200

I Was Looking at the Ceiling...

Arnaud Merlin

Le problème avec John Adams, ce n'est pas tant l'inégalité de son catalogue que le fait que ses partitions ne supportent pas la médiocrité. Après la belle reprise de son chef-d'Å“uvre "Nixon in China" au Châtelet l'an dernier, et le choc de la création de son oratorio "L'Evangile selon l'autre Marie", voici quelques semaines à la Salle Pleyel, on était impatient de retrouver le théâtre de Jean-Luc Choplin pour la nouvelle production d'un songplay de John Adams, "I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky".
Conçu pendant l'ère Clinton, dans l'actualité d'un tremblement de terre californien, au milieu des années 90, cette sorte d'objet hybride entre comédie musicale faussement dégagée et opéra résolument engagé bénéficiait des talents conjugués de la poétesse June Jordan, disparue depuis, et du metteur en scène Peter Sellars, dont on avait pu apprécier la réalisation à Bobigny en septembre 1995.
Dix-huit ans plus tard, les images animées de Giorgio Barberio Corsetti ont succédé aux graffiti de Los Angeles, et le procédé fonctionne plutôt bien. Hélas, c'est musicalement, sur scène comme dans la fosse, que la magie n'opère pas : il faut dire que John Adams s'est servi de tout son savoir-faire américain, en matière de musique savante comme en matière de jazz, de gospel, de rock et de pop. Or, ces genres musicaux demandent à être joués avec autant de sérieux et de musicalité que n'importe quelle partition écrite, et l'on sent bien que la distribution vocale souffre de quelques carences individuelles, et surtout que le petit combo réuni pour l'occasion ne parvient pas, en dépit de qualités ponctuelles, à créer le son de groupe que l'on attend d'une telle pièce.
Ce manque d'allant, cette absence de swing et de groove se révèlent d'autant plus criants qu'ils sont furieusement accentués par une sonorisation indigne. Les ensembles, et les parties les plus "minimalistes" de l'oeuvre sont quelque peu préservés, sans doute parce qu'ils demandent un investissement collectif que le bon esprit de la troupe parvient à sauvegarder, mais on reste sur sa faim. On espère que le prochain opéra de John Adams représenté au Châtelet, "A Flowering Tree", annoncé pour mai 2014, bénéficiera d'un traitement musical plus homogène.

Illustration musicale

John Adams (né en 1947)
I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky
N° 1 - Ensemble

Carlton Ford (Dewain), Hlengiwe Mkhwanazi (Consuelo), Joel O'Cangha (David), Janinah Burnett (Leila), John Brancy (Mike), Jonathan Tan (Rick), Wallis Giunta (Tiffany)
Franck Scalisi, clarinettes
Clément Himbert, saxophones
Paul Lay, Claude Collet, Martin Surot, claviers
Christelle Séry, guitares
Valérie Picard, basses
Philippe Maniez, batteries
Alexander Briger, direction
Enr. juin 2013 (Châtelet, Paris)
Document Châtelet - Théâtre Musical de Paris

La dernière production de John Adams au Châtelet

David Hudry au festival Extension

Pierre Rigaudière

En mai dernier, le festival Extension donnait un dernier écho aux cinquante ans de l'ensemble Ars Nova. Au programme figurait la création française de "Passage" de David Hudry, pour voix, ensemble et électronique, dont l'enjeu consistait pour le compositeur à mettre en perspective sa propre musique et des pièces de Luc Ferrari.
Après une répétition au Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, nous rencontrons David Jisse, directeur du festival, et David Hudry.

Illustrations musicales

David Hudry
Passage
Géraldine Keller, Ensemble Ars Nova
Enregistrement du compositeur

Luc Ferrari
Les Anecdotiques
CD INA-GRM

Extension 2013

Le site de David Hudry

Graciane Finzi

Jean-Pierre Derrien

Illustrations musicales

Fräulein Else pour quatuor à cordes et voix
Livret de Heinz Schwarzinger d'après Arthur Schnitzler
Juliane Banse, soprano
Quatuor Voce
Enregistrement Radio France à la création aux Bouffes du Nord le 15 avril 2013
Commande de ProQuartet

Concerto pour piano et orchestre
Jean-Claude Pennetier, piano
Orchestre Philharmonique de Montpellier, dir. Yoram David
Enregistrement Radio France

Kaddish pour voix, violoncelle et piano
Abdellah Lasri, ténor
Alexandre Castro Balbi, violoncelle
Bénédicte Harle, piano

Le site de la compositrice

Recommandations

Arnaud Merlin

Quelques recommandations pour cette semaine, avec tout d'abord la suite du festival ManiFeste : après-demain mercredi, on pourra retrouver l'ensemble Court-Circuit à l'Ircam pour un concert avec des oeuvres de Yan Maresz, Luis Fernando Rizo-Salom et Diana Soh ; vendredi prochain deux événements, une masterclass de percussion au CentQuatre à 18h30 et un concert du Balcon à 20h30 aux Bouffes du Nord, dans un programme Laurent Durupt et Fausto Romitelli ; samedi prochain ce sera la fête de la percussion au CentQuatre, et enfin lundi prochain, aux Bouffes du Nord, on retrouvera la chanteuse Barbara Hannigan et le Quatuor Diotima dans des oeuvres de Nono, Posadas et Philippe Schoeller.
Samedi prochain, le 22 juin au musée Claude Debussy à Saint-Germain-en-Laye, on pourra assister à la création de trois pièces écrites par le compositeur Bruno Giner pour le concours d'Orléans Brin d'herbe.
Le même jour, samedi prochain, à l'Abbaye de Noirlac, on suivra l'ensemble Musicatreize et son chef Roland Hayrabedian dans la suite de son hommage au compositeur Maurice Ohana pour le centenaire de sa naissance.
Enfin, dans un registre plus "classique", j'attire votre attention sur le concert qui aura lieu jeudi prochain à Saint-Denis dans le cadre du Festival de Saint-Denis, avec l'Orchestre Philharmonique, le Choeur et la Maîtrise de Radio France : on y entendra le Requiem de Fauré, mais aussi des pièces plus récentes, signées James McMillan, ou Michael Tippett.

Illustration musicale

Michael Tippett (1905-1998)
Five Negro Spirituals from "A Child Of Our Time"
V. Deep River

The Finzi Singers
Paul Spicer, direction
Enr. 1994
Chandos CHAN 9265

Kaija Saariaho

Jean-Pierre Derrien

Kaija Saariaho
Le Passage des frontières
Ecrits sur la musique

Edition établie par Stéphane Roth
MF, collection Répercussions

Après le Grand Prix des Lycéens, Kaija Saariaho a eu les honneurs d'une monographie en plusieurs concerts à la Cité de la Musique à Paris. La fête continue pour elle avec un remarquable volume où elle retrace son parcours depuis la Finlande à travers l'Allemagne, la France et les Etats-Unis.

Les "Écrits sur la musique" de Kaija Saariaho rassemblent pour la première fois l'intégralité des articles, textes de circonstance et notices d'oeuvres rédigés par la compositrice depuis le début de sa carrière. En couvrant trente années de recherche et de création musicales, ces textes apportent non seulement un nouveau regard sur la musique de Saariaho, mais également sur la création musicale des années 1980 à nos jours et sur l'évolution de la "musique spectrale" dans la lignée de Tristan Murail et Gérard Grisey. Il s'agit en outre, et là repose sans doute son intérêt majeur, d'un des très rares livres dévoilant le parcours d'une femme compositrice dans le monde de la musique contemporaine.
Kaija Saariaho vient de recevoir en mai 2013 le Polar Music Prize de l'Académie royale de musique de Suède, le "Prix Nobel de musique". Il est pour la musique l'équivalent du Prix Pritzker pour l'architecture.

Illustration musicale

Kaija Saariaho
Sept Papillons pour violoncelle seul
Alexis Descharmes, violoncelle
AEon AECD 0637

Editions MF

L'équipe de l'émission :