Les lundis de la contemporaine
Magazine
Lundi 1 juillet 2013
1h 8mn

Florilège Présences Electronique / Débat avec Karol Beffa, Claude Abromont et Gérard Condé

Choix de concerts de Présences Électronique

20h00 : LE CONCERT DU SOIR par Arnaud Merlin

21h30 : LE MAGAZINE DE LA CONTEMPORAINE
, par Arnaud Merlin avec les reportages de Pierre Rigaudière et l'interview "sur le vif" de Jean-Pierre Derrien


Le concert du soir

Edgardo Canton (né en 1934)
I Palpiti

Helena Gough
Feldspar

BIG
Apokalupsis

Frederick Galiay, basse
Edward Perraud, batterie

Kazuyuki Kishino (aka K. K. NULL)
Cryptozoon

C’était entre le vendredi 5 avril et le dimanche 7 avril dernier, au CentQuatre, rue Curial à Paris : le festival Présences électronique tenait sa neuvième édition, sous la direction artistique de Christian Zanési, que les auditeurs de France Musique connaissent bien, Christian Zanési qui est aussi l’un des principaux responsables du GRM, le Groupe de Recherches musicales de l’INA, l’Institut national de l’Audiovisuel ; c’est donc le GRM qui organise ce festival très prisé des amateurs de musique électronique, et qui a pour principe de mettre en perspective les créateurs d’aujourd’hui, venus d’un peu partout, avec des œuvres inscrites dans l’histoire - ainsi cette année le festival Présences électronique faisait la part belle à trois aînés.
On trouvait au programme l’Américain Morton Subotnick pour une œuvre emblématique du disque, "Silver Apples of the Moon", qui date de 1967, et le Français Jean-Claude Eloy, qui proposait une nouvelle version de "Shânti", une pièce d’envergure élaborée en 1972 et 1973 et reprise pour l’occasion - évidemment ces deux œuvres sont trop longues pour être diffusées dans le cadre de ce concert florilège.
Et le samedi soir, on pouvait aussi écouter une pièce écrite en 1966 par le compositeur argentin Edgardo Canton, qui avait été stagiaire au GRM quelques années plus tôt, entre 1960 et 1962 ; cette pièce s’intitule "I palpiti", elle est liée dans l’esprit du compositeur à l’idée de la palpitation, du frisson, du tremblement, que Canton apprécie notamment dans la musique de Donizetti.
Voici "I Palpiti", donné en concert le 6 avril dernier à Paris, dans le cadre du festival Présences électronique, dans une spatialisation signée Daniel Teruggi…

La veille, le vendredi 5 avril, le public du CentQuatre découvrait le talent de la compositrice Helena Gough, d’origine anglaise mais qui est installée sur l’île de Madère, après avoir étudié le violon et la composition, tout d’abord à la Royal Academy of Music, puis à l’Université de Birmingham.
La démarche de Helena Gough s’appuie sur l’utilisation de matériaux sonores tirés du "monde réel", qu’elle manipule ensuite à sa manière.

Le lendemain, dans la Nef Curial, on pouvait aussi apprécier le duo BIG, formé depuis une quinzaine d’années par le bassiste Frederick Galiay et le batteur Edward Perraud, mais les deux musiciens ne se laissent pas réduire à ces deux seuls instruments - en effet on a affaire ici à une sorte de symbiose qui englobe de nombreuses pratiques musicales, notamment le jazz le plus expérimental, le rock le plus progressif, et l’ensemble des champs des musiques électroniques.
Il y a dans cette rencontre une formidable énergie créatrice, qui dépasse les clivages et s’impose de manière très radicale, comme on peut en juger avec cette pièce, "Apokalupsis", qui rappelle l’étymologie de ce terme grec signifiant "dévoilement" ou "révélation", et qui coïncide avec la parution en mars dernier du nouvel album de ce duo précisément intitulé "Apokalupsis".

Nous allons refermer ce petit florilège du festival Présences électronique avec une pièce du compositeur japonais Kazuyuki Kishino, que l’on connaît aussi sous le nom de K. K. NULL, autrement dit K et K, les deux initiales de son prénom et de son nom, et NULL, qui fait référence au trio Absolu Null Punkt dont Kishino était l’un des fondateurs.
Kazuyuki Kishino est né à Tokyo, il a commencé par la danse Butoh, et par la suite il a été de nombreuses aventures depuis les années 80, essentiellement dans le domaine de la scène "noise" japonaise, qu’il a contribué à faire connaître en fondant son propre label dès 1985 ; plus récemment il a quelque peu délaissé la guitare qui était son instrument de prédilection pour se plonger dans l’électronique, ce que l’on entend dans cette nouvelle version de sa pièce "Cryptozoon", qui convoque la mémoire sonique de la terre, le son enterré dans le sol et celui qui flotte dans les airs, les échos sans fin et les vibrations du big bang…

Le Magazine

Tonal / atonal ?

Si le débat en matière de musique contemporaine figurait au programme des Jeux Olympiques, il y a fort à parier que cette drôle d’épreuve serait de longue date une spécialité hexagonale, et que la France collectionnerait médailles et podiums. Le "mundillo" de la musique d’aujourd’hui bruisse en effet à intervalles réguliers de ces joutes verbales, qui relèvent plus souvent du parti pris idéologique que de la pensée musicale… quand il ne s’agit pas, plus simplement, d’une revendication territoriale, aisément convertible en espèces sonnantes et trébuchantes.
Le semestre qui vient de s’écouler aura ainsi vu renaître cette querelle parfois bouffonne, parfois rance, selon le niveau de langage et des arguments, et selon les lieux où la controverse battit son plein, du Collège de France aux réseaux sociaux, en passant par la plume des éditorialistes.
Qu’en est-il vraiment, musicalement parlant, de cette opposition entre les "modernes" et les "néos" - la dichotomie "tonal / atonal" est-elle encore pertinente ? C’est sous cet angle concret que nous avons voulu convier ce soir autour de la table, pour ce dernier magazine de la saison, trois personnalités concernées par la discussion, trois musiciens, le pianiste et compositeur Karol Beffa, le musicologue et écrivain Claude Abromont, et le compositeur et critique musical Gérard Condé, dont les propos seront ponctués en cours de débat par les témoignages de trois compositeurs venus d’ailleurs : l’Américain Michael Gordon, le Belge Philippe Boesmans, et le Britannique George Benjamin, que notre reporter Pierre Rigaudière a joints par téléphone.

Illustrations musicales

Arvo Pärt (né en 1935)
Morning Star
Ars Nova Copenhagen
Paul Hillier, direction
Enr. 2010
Harmonia Mundi USA HMU 807553

John Adams (né en 1947)
Tromba Lontana (1986)
San Francisco Symphony
Edo de Waart, direction
Nonesuch 79144-2

François Sarhan (né en 1972)
Un petit détail
François Sarhan, voix principale
Ensemble Ictus
Sismal Records SR007

Arnold Schoenberg (1874-1951)
Dreimal tausend Jahre, op. 50a pour chœur mixte a cappella
BBC Singers
Pierre Boulez, direction
Enr. 1982
Sony Classical SMK 62022

Michael Gordon (né en 1956)
Timber
Slagwerk Den Haag
Cantaloupe Music

George Benjamin (né en 1960)
Three Inventions for chamber orchestra (1993-1995)
I. Invention I
John Wallace, bugle
London Sinfonietta
George Benjamin, direction
Enr. 1996
Nimbus NI 5505

Liens

Pour mieux connaître le duo BIG

K. K. NULL, le site

Karol Beffa sur Wikipédia

Claude Abromont sur Wikipédia

Pour retrouver l'allocution de Jérôme Ducros au Collège de France

Ailleurs sur le web

L'équipe de l'émission :