Samedi 25 mai 2013
57 min

Hommage à Georges Moustaki

En hommage au chanteur disparu le 23 mai dernier, Karine Le Bail vous propose la rediffusion d'une émission réalisée en 2007, à partir d'une série d'entretiens réalisée la même année à son domicile parisien.

Avec Le Métèque, « hit » estampillé du printemps 1969, Georges Moustaki connaît un premier grand succès en tant qu'interprète. Succès en forme d'autoportrait vite affranchi des frontières hexagonales : il annonce en effet le renom international de ce citoyen du monde qui se sent « rarement étranger quelque part » ; pour preuve, dès l'été 1969 « le pâtre grec » enregistre Le Métèque en italien, en anglais, en allemand et en espagnol.
Moustaki sort alors « d'une ombre qu'il ne méritait pas » (Le Figaro, 6 juillet 1969). Cette entrée dans la lumière du chanteur « bohème » - tel que la presse se plaît alors à le surnommer - ne doit ni à un coup de poker d'une maison de disque ni au hasard. Moustaki, c'est en effet, depuis une quinzaine d'années, un homme au travail, et depuis la fin des années 1950 une valeur sûre. Sûre mais méconnue du grand public qui retient plus volontiers les interprètes que les auteurs-compositeurs.
Avec Le Métèque, les feux de la rampe l'éclairent donc sous un nouveau jour, seul, en vedette.
On ne saurait ici résumer la carrière de Moustaki, sa richesse, ses méandres. Contentons-nous de lever le voile sur les années préparant la reconnaissance. L'artiste y reviendra d'ailleurs lors des entretiens recueillis par les Greniers de la Mémoire.
Né Yussef Mustacchi à Alexandrie en mai 1934, le fils de Nessim et Sarah et futur chanteur arrive en France en 1951. Il est issu d'une famille d'origine grecque (Corfou) et de culture cosmopolite (juive, italienne, arabe, grecque, française), tout comme la ville du Caire, mère nourricière de son premier imaginaire. Il arrive dans la capitale française pétri de culture française. Il a fréquenté l'école française du Caire où son père tenait une librairie. Il s'installe chez sa sœur et son beau-frère, qui eux-mêmes tiennent une librairie, et il projette - s'en étonnera-t-on ? - de travailler dans l'édition. Mais il devient journaliste (pour un titre égyptien), barman, pianiste de bar, et il hante l'univers musical du début des années 1950. Dès 1955, il est chanté par Jacques Doyen, Catherine Sauvage, Irène Lecarte, propose ses chansons à Salvador. Il passe lui-même dans plusieurs cabarets : La Colombe, le Port du Salut, le College Inn. En 1954, il est saisi par la découverte de Georges Brassens - au point d'adopter son prénom. L'auteur du Gorille, qu'il rencontre, l'encourage à persévérer.
En 1958, nouveau rendez-vous déterminant, avec Piaf. A l'âge de 13 ans, il l'avait vu en concert au Caire, avec sa mère. Cette fois, il la rencontre par le biais du guitariste Henri Crolla et le soir-même dîne à la table de la chanteuse. Coup de foudre réciproque. Pour Piaf il écrit de nombreuses chansons, seul ou en collaboration : La Fille et le gitan, Les Orgues de barbarie, T'es beau tu sais (avec Henri Contet), Un étranger(avec Robert Chauvigny et Evan Geraint), bien sûr Milord (sur une musique de Marguerite Monod), etc. Avec quelques autres collaborations (Dalida par exemple, pour La Fille aux pieds nus, 1959), la fin de la décennie le confirme comme un des tout bons auteurs et auteur-compositeurs du moment.
Il enregistre un premier 33 t en 1960. Mais les huit titres de l'album (Les orteils au soleil - Les musiciens - Prés de chez moi - Eden Blues - Le jugement dernier - De Shanghai à Bangkok - Ce n'est pas la première fois - J'attends le jour) ne lui valent pas la reconnaissance qu'ils devraient lui valoir. L'année suivante, il décide de se consacrer à l'étude de la composition musicale et de la guitare classique.
Après Milord, c'est de nouveau comme auteur-compositeur qu'il connaît le succès, en forme de consécration, au travers de deux collaborations, avec Barbara, puis avec Serge Reggiani - que la « chanteuse de Minuit » vient d'adouber en l'invitant à la précéder sur scène, à Bobino. Georges Moustaki écrit et compose pour Barbara dès le début des années 1960. Il chante avec elle leur premier duo lors d'un Discorama de mai 1962 (Fleurs de méninges, la musique étant de lui et le texte d'Emile Noël). Mais c'est quatre ans plus tard qu'il lui offre une chanson plus mémorable : La Longue dame brune (1966), à laquelle succéderont notamment Moi j'me balance (1969), La Ligne droite (1972, musique de Barbara). S'agissant de Serge Reggiani, il collabore surtout avec lui pour ses albums de 1967 (Ma Solitude, Ma Liberté, Sarah) et 1968 (Madame Nostalgie, Moi j'ai le temps, Votre fille a vingt ans), avant de lui donner Tes gestes (1970).
Ces deux rencontres sont déterminantes. Tout d'abord, en 1967, considérant qu'elle ne pourra jamais chanter sur scène les duos sans lui (Fleurs de Méninges, La Longue dame brune), Barbara l'emmène en tournée. Tournée au cours de laquelle, à la suite d'un malaise de la chanteuse, Moustaki doit faire des débuts totalement improvisés sur une grande scène. Puis le travail avec Reggiani joue son rôle : le mouvement créé autour de la réussite du créateur des Loups entrouvre les portes des studios à Georges Moustaki. Il rêve d'enregistrer un album qui, sur la longueur, lui ressemblerait. La seule et première proposition ne porte cependant que sur un 45 tours. Il enregistre Joseph et Il est trop tard en 1968. De nouveau sans succès. Ces titres ne seront reconnus que l'année suivante, après la découverte du Métèque, autre 45 tours, par les radios et le grand public. Une chanson qui, du reste, avait été refusée à plusieurs reprises par les maisons de disque. Une lenteur propre à la maturation, qui lui permettra, en 1970, pour son premier Bobino, de dire, en un clin d'œil : « Je débute au music-hall » (L'Humanité, 5 janvier 1970). La chose est, on l'aura compris, en partie vraie. En partie seulement. Combat peut alors titrer : « Un débutant célèbre à Bobino » (6 janvier 1970).

Depuis lors, Georges Moustaki égrènera ses disques sur les ans, avec un talent égal. Un talent serein, excursionniste, hédoniste. Un talent, aussi, à l'image de sa philosophie, résumée dans la parabole d'une vraie-fausse paresse doublée du refus de la chanson-marchandise.

ENTRETIEN AVEC GEORGES MOUSTAKI, prod. Karine Le Bail (Avril 2007)

PROGRAMME MUSICAL

Georges Moustaki & le Golden Gate's Quartet
Le Jugement dernier
(Archive INA 1960)

Barbara
Le Temps du lilas
(CD Philips 5108512)

Barbara & Georges Moustaki
La ligne droite
(CD Philips 5109052)

Serge Reggiani
Sarah
(CD Accord 139235)

Serge Reggiani
Tes gestes
(CD Polydor 8153632)

Georges Moustaki
Le Métèque
(Archive INA 1974)

Georges Moustaki
Les Eaux de mars
(CD Polydor 981624)

Georges Moustaki
Hiroshima
(CD Polydor 981639)

Georges Moustaki
Ma Liberté
(CD Polydor 2393001)

Bibliographie

Vidéo

Georges Moustaki chante 'Le Métèque'

INA 1969

Vidéo

Barbara et Georges Moustaki chantent 'La dame brune'

INA 1967

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