Les Grands Macabres
Programmation musicale
Jeudi 3 décembre 2020
3 min

Rossano, une voix pour les émigrants

N’ayant pas accompli une carrière de grandes dimensions dans son Italie natale, il se tourne vers le public des Italiens partout ailleurs.

Rossano, une voix pour les émigrants
Pochette du disque "ti voglio tanto bene" de Rossano Attolico
  • Aujourd’hui, 3 décembre, je voudrais vous parler de Rossano, mort le 3 décembre 1976, à l’âge de trente ans. 

La chanson italienne, ça marche bien en Italie. Ça marche bien auprès des Français aussi, et des Allemands, et des Américains, et de plein de peuples dans le monde parce que, la chanson italienne, c’est tous les parfums de l’Italie telle que la rêvent les étrangers.
Mais la chanson italienne, ça marche aussi pour les Italiens à l’étranger. C’est un marché particulier qui a ses spécialistes, qui partent d’Italie pour aller chanter en italien pour des Italiens à Paris, Francfort ou Boston. Et Rossano est de ceux-là.
Avant d’être un chanteur italien pour les Italiens qui ont quitté l’Italie, il a chanté en Italie. Rossano Attolico – mais on l’appelle par son prénom seulement – Rossano, donc, enregistre un premier 45 tours à vingt ans, en 1966. Il participe à plusieurs concours dans lesquels il défend une chanson italienne sciemment datée, enracinée dans les vieilles valeurs de la variété du temps de ses parents ; et même plus tôt, d’ailleurs, puisque son plus grand succès, Ti voglio tanto bene, en 1969, est une reprise d’une romance de 1938. Bien sûr, il se présente au concours de San Remo, dans des émissions de télévision où s’affrontent de jeunes chanteurs… il essaye même de faire du cinéma. Mais ça ne marche pas. En revanche, sa maison de disques constate que les vieux l’aiment bien. Et plus encore que les vieux, il y a les jeunes qui ne connaissent rien à la nouvelle chanson italienne – eh oui, les émigrés.
Même quand ils ont l’âge de Rossano, ils suivent l’actualité musicale en français, en allemand, en suédois, en anglais – selon là où ils vivent – mais, pour les chansons italiennes, ils connaissent surtout les vieux disques de papa et maman.
Alors Rossano enregistre des vieilleries, ou des chansons nouvelles qui ont l’air de vieilleries. Et il court l’Europe et l’Amérique à la rencontre des Italiens de partout, qui parfois commencent à oublier la langue et même la cuisine du pays, mais pas la musique – la musique d’avant, celle qui se chante en pleurant un peu, la main sur le cœur. Et Rossano leur apporte cette musique-là, c'est-à-dire un peu de leur pays perdu. 

Nous écoutons :
Ti voglio tanto bene, le plus grand succès de la carrière en Italie de Rossano, en, 1969 – il s’agit de la reprise d’une chanson qui a déjà plus de trente ans d’âge. 

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