Les Grands Macabres
Programmation musicale
Vendredi 5 mars 2021
3 min

Patsy Cline, reine de la country music

Cette fille de Virginie a commencé à refondre radicalement les codes et l’audience de la musique de Nashville, mais elle avait déjà plusieurs fois échappé à la mort…

Patsy Cline, reine de la country music
Portrait de la chanteuse américaine Patsy Cline, vers 1970, © Getty / Michael Ochs Archives
  • Aujourd’hui, 5 mars, je voudrais vous parler de Patsy Cline, morte le 5 mars 1963 à l’âge de trente ans. 

Patsy Cline est à la country music ce qu’Amalia Rodrigues est au fado ou Édith Piaf à la chanson réaliste – le sommet d’un genre et son dépassement. Ce qui est curieux avec elle, c’est que Nashville porte aujourd’hui encore le deuil de Patsy Cline alors qu’elle n’a jamais fait mieux qu’une neuvième place du classement des ventes de 45 tours aux États-Unis et n’a été que deux fois n° 1 du classement country music. Mais sa mort, c’est comme une promesse qui n’a pas été tenue : elle aurait pu devenir la voix de l’Amérique tout entière – ce qu’aucune fille du Sud profond n’a jamais réussi à faire. 

Pour l’état civil, elle se prénomme Virginia, comme une Française peut s’appeler France, puisqu’elle est née en Virginie. Sa mère a seize ans, son père est ouvrier forgeron et ils déménagent souvent, en fonction de là où il trouve du travail. La gamine aide aux ressources du foyer et, au sortir de l’enfance, elle découpe des poulets dans un abattoir industriel. À treize ans, une infection gravissime à la gorge manque de la tuer. Quand elle rentre chez elle, sa voix est devenue grave, cuivrée, d’une puissance inattendue. Elle a quinze ans quand son père disparait de sa vie. Heureusement. Elle confiera sous le sceau du secret, plus tard, que son père la violait. 

Mais, entretemps, elle est allée au culot à la station de radio locale, où elle commence à chanter en direct des succès de variétés. Débuts patients, méticuleux, provinciaux. Après tout, il y a quelques dizaines de milliers de jeunes chanteuses aux États-Unis, ce qui laisse peu de chances d’atteindre les sommets, même si la radio, la télévision, les salles de spectacle et l’industrie du disque sont en pleine surchauffe dans ces années de prospérité euphorique. 

Il faut presque quinze ans pour qu’elle atteigne le trône à l’aube des années 60 – le même calendrier que Charles Aznavour en France. Il est vrai qu’elle n’a pas choisi le plus simple : elle chante pour tout le monde – country music en tenue de cowboy, ballades en robe du soir, gospel, pop, elle est un peu partout à la fois. Mais quand le Grand Old Opry, le plus grand show country de Nashville, l’embauche enfin, c’est en tête d’affiche. Les auditrices se reconnaissent en elle, les auditeurs regrettent d’avoir fait saigner son cœur – puisque c’est ce qu’elle chante, des amours malheureuses et des hommes qui font du mal aux femmes. 

Nous écoutons :
Crazy, chanson écrite et composée par Willie Nelson dans l’enregistrement de Patsy Cline, fin 1962, avec des chœurs assurés par les Jordanaires. C’est le plus grand succès de Patsy Cline en dehors de son public « naturel » de chanteuse de country.

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