Les Grands Macabres
Programmation musicale
Mercredi 3 mars 2021
3 min

Karel Kryl, la voix libre des Tchèques

Passionné par le folk américain, il en utilise les outils dans la Tchécoslovaquie communiste, dont il devient une conscience dissidente après l’écrasement du Printemps de Prague.

Karel Kryl, la voix libre des Tchèques
Le chanteur Karel Kryl , © Getty / Miroslav Zaj/Corbis
  • Aujourd’hui, 3 mars, je voudrais vous parler de Karel Kryl, mort le 3 mars 1994 à l’âge de quarante-neuf ans. 

Oui, c’est oui ; et non, c’est non. Chez Karel Kryl, le non est une vertu cardinale. Il ne se dresse pas contre une minuscule puissance mais contre plus fort que lui, infiniment plus fort que lui – le totalitarisme. Et il va aussi se battre contre la faiblesse morale, l’opportunisme, les faux semblants, et avec peut-être plus de colère encore que contre le communisme.
On ne dira pas que Karel Kryl est le Bob Dylan tchèque ; on dira plutôt qu’avec un peu plus d’exigence, Bob Dylan aurait pu être le Karel Kryl des États-Unis.  
Karel Kryl naît en Moravie en avril 1944, alors que les Nazis tiennent encore solidement la Tchécoslovaquie. Il a quatre ans quand ses parents sont expropriés de leur petite entreprise d’imprimerie par le pouvoir communiste qui s’est installé après la guerre. Puisqu’il vient de la « bourgeoisie », il n’a pas le droit de faire d’études à l’université. Il doit épouser la condition ouvrière et travaille dans une usine de céramique sanitaire. Le jeune homme a donc du temps libre. Il lit des poètes et écoute des disques venus d’Occident, il se sent nettement plus proche des hippies que de la figure mythique du jeune communiste idéal.
D’ailleurs, il est en phase avec une bonne partie de son pays. Quand il arrive à Prague en 1967 pour y travailler à la radio, il participe à l’effervescence d’un pays qui aspire à la liberté. Il compose des chansons folks qu’il présente sur les scènes qui émergent partout. Mais, en août 1968, les chars soviétiques écrasent le Printemps de Prague. 

Nous écoutons :
Bratříčku zavírej vrátka, la chanson qui, en 1969, fait connaître Karel Kryl à tous les Tchécoslovaques, bien qu’elle soit interdite de diffusion. Cri contre l’invasion du pays par les forces du Pacte de Varsovie pour mettre fin au Printemps de Prague, cette chanson est le début d’une œuvre de grand poète et musicien populaire et contestataire. 

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