Les Grands Macabres
Programmation musicale
Vendredi 18 juin 2021
3 min

Ghazala Javed ou la difficulté d’être pachtoune et libre

Dans un Pakistan en proie aux excès des talibans, elle essaie de mener une carrière artistique normale, mais se heurte à la roideur du patriarcat traditionnel.

Ghazala Javed ou la difficulté d’être pachtoune et libre
Couverture du disque "Best of Bulbul Sarhad" de la chanteuse pachtoune Ghazala Javed
  • Aujourd’hui, 18 juin, je voudrais vous parler de Ghazala Javed, morte le 18 juin 2012 à l’âge de vingt-quatre ans.

Ghazala Javed est née dans la vallée du Swat, sorte de Suisse du Pakistan, verte et propice au tourisme, jadis. Mais quand les talibans envahissent la région et y imposent la charia, sa famille quitte Mingora, la plus grande ville du Swat, pour se réfugier à Peshawar, à deux cents kilomètres plus au sud.
C'est là, dans la communauté des réfugiés pachtounes, qu’elle commence à chanter. Les pachtounes sont souvent considérés par les observateurs étrangers comme un groupe ethnique volontiers conservateur. Mais c’est un conservatisme 2.0. La musique est massivement autoproduite en utilisant des playbacks produits au kilomètre avec des synthétiseurs, des séquenceurs et des boîtes à rythmes à bon marché. Et il est très facile de la propager dans une communauté très connectée en Afghanistan, au Pakistan et partout dans le monde.
Sa renommée s’étend rapidement et, à l’aube des années 2010, Ghazala Javed chante à Dubaï ou à Kaboul pour des cachets que personne n’ignore – jusqu’à 15 000 dollars par soirée, ce qui est plus que n’importe quel autre artiste pachtoune. Elle enregistre plusieurs albums par an, le timbre un peu nasal de sa voix de tête étant encore accentué par l’autotune – comme dans toute la pop music du XXIe siècle.

Nous écoutons :
Shukriya Shukriya Yara O Bewafa, une chanson de Ghazala Javed, enregistrée lors d’un spectacle télévisé au Pakistan.

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